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Journal d'une bipolaire

P. Guillon - E. Guillon - Samson © La Boîte à Bulles - 2010

Camille est une brillante étudiante en Droit. En 2001, elle part pour un voyage de plusieurs semaines au Canada et y rencontre Julien. Ils tombent amoureux. Les vacances se terminent, Camille rentre en France mais Julien a du mal à s’y résoudre et lui demande de revenir. A l’aide de mails et d’appels téléphoniques quotidiens, il la harcèle pour qu’elle accepte de vivre avec lui.  Cette pression est l’un des déclencheurs de la maladie. L’autre, c’est l’angoisse de rater ses examens. De fil en aiguille, la jeune fille se laisse dévorer par le stress et entre dans le cercle vicieux de la bipolarité plus connu sous le nom de maniaco-dépression.

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On connaissait Patrice Guillon sous un autre pseudo. C’est en signant ”Pierre Henri” qu’il a marqué les esprits avec Dans la secte (ouvrage autobiographique dans lequel Marion parle des années qu’elle a passées dans un mouvement sectaire). Il réitère dans le récit autobiographique avec le témoignage de sa fille, Emilie Guillon, qui a écrit les dialogues « en vrac » et Patrice Guillon les a ensuite structurés. Ces informations, nous les obtenons dès la première planche et une vague de suppositions a déferlé : une femme parle de son parcours en sachant que le premier lecteur sera son père. Un homme travaille sur un témoignage, celui de sa fille… sachant que dans ceux-ci il est question de tentatives de suicide, d’automutilations… peut-être la raison de l’utilisation du pseudo Camille/Emilie. Pas simple de se lancer dans une telle aventure ! Première planche toujours et première appréhension de l’éditeur : “Faudra trouver un dessinateur qui voudra bien embarquer dans votre histoire…” ! J’imagine la difficulté, d’autant que du côté du dessinateur (Sébastien Samson), il s’agit de sa première BD !

Malgré tout, j’ai eu du mal à entrer dans le récit. La raison? Le graphisme. Je trouve  le trait trop délicat, il ne fait pas suffisamment, à mon sens, ressortir les émotions et les angoisses de Camille, leur donnant ainsi une fausse apparence d’insouciance là où il n’y en a pas. J’en suis restée trop détachée, attentive au contenu des propos mais sans ressentir plus d’empathie qu’à l’accoutumée. J’aurais plutôt vu un style plus proche de celui d’Alfred, marquant visuellement le récit d’une noirceur, accentuant ainsi le fait que le personnage perd pied.

La qualité du témoignage aura finalement raison de ce grief.

Passé le premier chapitre introductif, où on effleure plus qu’on ne comprend les prémices de la maladie, on entre dans le vif du sujet. Camille/Émilie investit le récit, accepte-t-elle enfin de se raconter ?  L’écueil du cliché pathétique est évité, le récit est sincère et surtout accessible. Angoisses, manque de confiance en soi, idées suicidaires, manie, compulsion…  je trouve que le cercle vicieux de la bipolarité est bien décrit. On ressent la culpabilité de l’auteure sur les conséquences que sa maladie a eues sur ses proches. L’album s’appuie sur l’alternance des phases maniaques et des phases dépressives pour rythmer la narration, c’est là sa force.

Il est triste de constater que si la maniaco-dépression est tout de même assez courante et que les spécialistes ont accès aux comptes-rendus de séminaires, études…, Camille devra attendre cinq longues années avant qu’un psychiatre nomme enfin la maladie dont elle souffre et lui en explique les symptômes. Cinq ans où elle enchaîne les prises en charge, sans amélioration de son état.

Un récit intimiste et touchant d’une jeune femme qui tente encore de comprendre et d’accepter. Un ouvrage qui, à n’en pas douter, dédiabolise les représentations que génère le terme médical de bipolarité ou de maniaco-dépression, lui donne un visage humain et permettra peut-être à certains de mieux comprendre leurs propres souffrances ou les difficultés que rencontrent leurs proches. A n’en pas douter, ce témoignage servira un support pour les groupes de parole réunissant des malades (forum des bipotes, forum Trouble bipolaire / Maniaco-dépression).

Extrait :

“Entre deux états dépressifs, je passais par des phases euphoriques de relâchement total, des envies d’achats frénétiques. Moi qui n’avais jamais pris vraiment soin de moi, je me suis découvert une passion pour les crèmes de beauté. Je me suis aperçue, plus tard en quittant la clinique, qu’il me restait des pots et des tubes que je n’avais jamais ouverts” (Journal d’une bipolaire).

Journal d’une bipolaire

One Shot

Éditeur : La Boîte à Bulles

Collection : Contre-Cœur

Dessinateur : Sébastien SAMSON

Scénaristes : Émilie GUILLON & Patrice GUILLON

Dépôt légal : octobre 2010

Bulles bulles bulles…

Journal d’une bipolaire – E. Guillon – P. Guillon – Samson © La Boîte à bulles – 2010
Journal d’une bipolaire – E. Guillon – P. Guillon – Samson © La Boîte à bulles – 2010
Journal d’une bipolaire – E. Guillon – P. Guillon – Samson © La Boîte à bulles – 2010