Kushi, tome 1 (Marty & Zhao)

Marty – Zhao © Editions Feï – 2017
Marty – Zhao © Editions Feï – 2017

Kushi est la petite-fille de la chamane du village. Kushi est une élève douée et fait preuve d’une maturité qui met mal à l’aise la plupart des adultes du village. Excepté le jeune vétérinaire et son instituteur, la plupart des villageois la regardent du coin de l’œil. Kushi est une enfant solitaire ; les autres enfants ne l’approchent pas, seul Tilik – un de ses camarades de classe – passe outre les recommandations parentales et la compte parmi ses amies.

Dès qu’elle en a l’occasion, la fillette part galoper dans la steppe. Là, elle est en harmonie parfaite avec la nature, connaît sur le bout des doigts les vertus de la flore, les habitudes de la faune, les signes qui annoncent un changement de saison. Un savoir devenu inhabituel et, la plupart du temps, considéré comme archaïque. Désormais, place à la modernité et aux esprits visionnaires. Nous sommes en 1985 et la plupart des Mongols aspirent à la modernité.

… vous vivez comme au temps des Khans. Le monde a changé. On n’appartient plus à la steppe, c’est elle qui nous appartient et nos enfants ont besoin de voir autre chose.

Le pire d’entre eux s’appelle Bold. Il est désormais assis sur un joli pactole. Sa richesse, il l’a obtenue grâce à ses agissements véreux, ses magouilles, manipulant par ci et mentant par là pour parvenir à ses fins. Aujourd’hui, ce bandit local a un nouveau projet. Pour le mener à bien, il saigne la steppe à blanc afin de tirer parti de ses inépuisables ressources. Mais Kushi découvre ses agissements et s’oppose ouvertement à lui. Elle ne pourra compter que sur elle-même, sa connaissance de la steppe et son amie de toujours : sa chienne sauvage qui se prénomme Khulan. Les superstitieux murmurent qu’elle a un autre allié et non des moindres en la personne de Tengger, le dieu de la steppe.

Golo Zhao était déjà parvenu à nous embarquer dans une superbe aventure avec « La Balade de Yaya », le voilà qui récidive à l’occasion de cette nouvelle série. Les paysages à perte de vue, la steppe et ses couleurs attrayantes, ces visages mangés par de grands yeux, cette douce sensibilité dans les dessins, cette habitude de s’arrêter le temps nécessaire sur un personnage pour en détailler la gestuelle et les expressions de son visage lorsqu’il se laisse surprendre ou bien encore lorsqu’il se heurte à, une frustration. Le dessin parle au moins autant que le scénario. Cela fait partie du jeu induit par Golo Zhao, une invitation à prendre le temps, à s’arrêter pour observer.

Au scénario, Patrick Marty (« Le Juge Bao », « L’Ombre de Shanghai »). Après une première collaboration avec Golo Zhao (sur le dernier tome de « La Balade de Yaya »), le voilà qui associe sa plume au crayon du dessinateur chinois. Au cœur de son histoire, il installe une fillette entière, aussi généreuse qu’exigeante et qui défend avec force ses convictions. L’auteur nous fait une place dans un microcosme humain perdu au cœur de la Mongolie-Intérieure. Cette petite communauté balbutie encore avec la notion de « progrès » et l’idée qu’elle en a. Il est question d’une ouverture à la modernité mais la réflexion de fond tient justement à ce choix que de nombreuses sociétés ont eu à faire : est-ce que la construction de l’avenir passe obligatoirement par le rejet de traditions ancestrales ? Croyances et modernité sont-elles obligatoirement des antonymes ? Faut-il abandonner une identité forte pour avancer et trouver sa légitimité face au monde dit « civilisé » ?

PictoOKQuand science et superstitions ancestrales n’ont donc pas de terrain d’entente possible !? Une réflexion qui n’est pas dépourvue d’intérêt. Un récit faussement naïf qui interroge sans heurter la sensibilité des plus jeunes. Vivement la suite de cette histoire prometteuse et pimentée.

La chronique de Johanne.

Kushi

Tome 1 : Le Lac sacré
Série en cours (4 tomes prévus)
Editeur : Editions Feï
Dessinateur : Golo ZHAO
Scénariste : Patrick MARTY
Dépôt légal : janvier 2017
96 pages, 9,50 euros, ISBN : 978-2-35966-234-4

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Kushi, tome 1 – Marty – Zhao © Editions Feï – 2017

Le Crime qui est le tien (Zidrou & Berthet)

Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015
Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015

Australie. Début des années 1970.

« Dubbo City. Nouvelle-Galles du Sud. Qui aurait l’idée de venir s’enterrer dans un trou pareil ? A part moi, je veux dire… »

Greg Hopper est en cavale depuis 27 ans. Recherché pour le prétendu meurtre de sa femme, il a préféré se faire oublier plutôt que de croupir dans une cellule. Plus de nuages à l’horizon, les jours passent et se ressemblent. Cette solitude lui va comme un gant. Seul ? Non, il est en compagnie de ses fantômes.

Une fin courue d’avance. Un scénario à couper au couteau, tendu comme un arc. Sec. Plein de rancœur. De regrets. De nostalgie. Zidrou imagine le repentir d’un homme. Un repentir que l’on pense destiné à soulager sa conscience.

L’ignorance est un luxe. On ne le découvre – hélas ! – que quand la vie vous crache ses quatre vérités au visage.

Un scénario dont on devine le dénouement très tôt mais on ignore jusqu’au bout le chemin qu’il va prendre pour se révéler. Un scénario qui imagine l’hébétude d’un homme, l’incompréhension qu’il ressent quant à la confidence que son frère a faite sur son lit de mort. Un flot de questions qui le forcent à sortir de sa tanière et à se montrer au grand jour. Un homme qui sort de sa zone de confort pour venir se heurter au monde des vivants. Zidrou nous donnera sur le fil les clés de ce thriller. Un scénario cynique et désabusé, viril où la honte et la culpabilité sont les pires des fardeaux à porter.

On retrouve le trait du dessinateur de « XIII » et de « Pin Up » . Nez aquilins, architecture propre, décors bien rangés, trait précis. Le tout baigné dans une atmosphère où une poisse chaleur colle aux basques des personnages, une chaleur qui échauffe les esprits et rend l’atmosphère électrique. Philippe Berthet sert parfaitement le récit.

PictoOKUn petit voyage en Australie avec Zidrou et Jérôme ça ne se refuse pas ! A lire aussi, la chronique d’un lecteur curieux que je remercie pour ce dépaysant voyage 😉

Le Crime qui est le tien

One shot
Editeur : Dargaud
Collection : Ligne Noire
Dessinateur : Philippe BERTHET
Scénariste : ZIDROU
Dépôt légal : octobre 2015
64 pages, 14,99 euros, ISBN : 978-2-5050-6343-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le Crime qui est le tien – Zidrou – Berthet © Dargaud – 2015

Sweet Tooth, volume 3 (Lemire)

Lemire © Urban Comics – 2016
Lemire © Urban Comics – 2016

Depuis 2009, l’humanité est rongée par un mystérieux mal. Des enfants hybrides naissent tantôt avec des bois, tantôt avec de la fourrure, une nouvelle espèce mi-homme mi-animale. En parallèle, les hommes sont décimés par une épidémie qui se répand à une vitesse vertigineuse. Attaque chimique ? Intervention divine ? Nul ne le sait, quoi qu’il en soit, sur Terre, c’est le chaos. Les morts jonchent les rues partout sur la planète et les survivants tentent de trouver des solutions alternatives pour enrayer le phénomène. Des milices armées barricadent les villes pour empêcher l’intrusion d’étrangers et éviter ainsi la contagion. Des bases de l’armée deviennent des tombeaux à ciel ouvert pour les enfants hybrides, laboratoires de l’horreur où les enfants sont disséqués, étudiés, catalogués afin de trouver les causes du virus et mettre au point un remède. Le monde est devenu hostile. Les hommes, effrayés par la perspective que leur race va disparaître, sont capables de toutes les abominations.

C’est dans ce contexte qu’est né Gus. Premier enfant hybride. Sa naissance coïncide avec l’apparition du virus. Il a vécu les premières années de sa vie dans un bois avec son père, méconnaissant tout de ce qui se passe partout sur Terre. Mais un jour, son père meurt, emporté par la maladie. Pour survivre, Gus doit donc sortir du bois. C’est là qu’il rencontre Jepperd, un homme désabusé, un prédateur solitaire qui ne pense qu’à combattre pour assurer sa propre survie. Jepperd va prendre Gus sous son aile. Pour Jepperd, Gus est « Gueule sucrée ». Ce dernier ayant entendu parler d’une réserve où les enfants hybrides seraient en sécurité, Jepperd décide d’y accompagner l’enfant. Mais nombre d’embûches jalonnent leur chemin et de leur long périple va naître une profonde amitié.

J’ai perdu l’habitude de chroniquer une série tome par tome. C’est que, au bout d’un moment, si je trouve intéressant d’ouvrir l’échange sur un one-shot, un tome de lancement de série complète, je ne vois plus l’intérêt – pour un lecteur – de partager son ressenti détaillé sur un tome d’une série déjà bien avancée. Alors certes, il y aura toujours des personnes qui verront un intérêt à savoir qu’une série se poursuit et que la qualité est toujours au rendez-vous. Certes. Mais une série, n’est-ce pas aussi un univers à prendre en compte dans son ensemble ? Et puis, oser écrire sur l’album central d’une série qui compte… je ne sais pas… trente tomes !… quel intérêt ? Bonjour la figure de style. Bonjour l’exercice d’équilibriste pour ne pas spoiler ! Bref, je n’aime pas « saucissonner » une série et je fais allègrement l’impasse sur les chroniques qui se l’autorisent. Mais comme il y a toujours des exceptions à la règle…

« Sweet tooth » est une série de Jeff Lemire initialement pré-publiée dans des revues comics. Les quarante épisodes ont ensuite fait l’objet de cinq intégrales parues entre 2009 et 2013 aux Etats-Unis. Pour la France… il a fallu attendre 2015 pour que la série soit traduite. Un projet éditorial suivi par Urban Comics. Décembre 2015 – décembre 2016. Un an pour proposer « Sweet tooth » au lectorat francophone. Une trilogie consistante qui nous téléporte dans un monde post-apocalyptique dans lequel on est en alerte. A l’affut du moindre rebondissement, on s’inquiète rapidement pour les personnages et cela ne va pas en s’améliorant à mesure qu’on s’approche du dénouement.

Au début pourtant, le périple semblait simple : un homme, un enfant, un environnement hostile. Déjà, la relation privilégiée qui s’instaure entre l’adulte et le gamin est un point d’ancrage auquel on s’accroche. Cette relation est la petite flamme d’humanité sur laquelle repose tout le récit. Au fil des pages, des personnages secondaires viendront épauler le duo Jepperd-Gus. Leur périple est fait de haltes, imposées ou choisies, temps de répits ou temps de tension, temps de repos ou de réflexion. Des horreurs, ils en croiseront ; sur ce point, on dépasse largement le cadre de la fiction pour s’ancrer dans quelque chose qui nous est bien trop familier : les camps où sont parqués les enfants hybrides n’ont rien à envier – dans l’horreur – aux camps de concentration des nazis. C’est un album photo de la bêtise humaine et de ce que l’homme peut créer de pire (fanatiques, despotes, fous, désespérés…) et une incroyable quête pour la survie. Jeff Lemire montre un monde dans un état déplorable, un monde qui court à sa perte, il imagine le devenir de l’humanité de façon pessimiste. Il intègre à son scénario des références religieuses et mythologiques qui donnent une toute autre dimension au récit, le rendant à la fois plus profond et plus mystérieux encore.

Graphiquement, Jeff Lemire me fait décoller. Ses personnages ont une expressivité incroyable malgré l’imprécision apparente qui tape l’œil quand on feuillète « Sweet Tooth ». Par contre, je trouve important de préciser que certains passages peuvent heurter la sensibilité de certains lecteurs ; c’est violent, il y a du sang et des cervelles qui explosent, une série à mettre dans les mains de lecteurs avertis. Le travail de José Villarrubia me fait même apprécier la couleur sur les dessins de Jeff Lemire que pourtant je préfère en noir et blanc.

PictoOKPictoOKUne trilogie magnifique qui, je l’espère, deviendra un classique dans les années à venir.

Chroniques sur le blog : tome 1 et tome 2.

… Et mon petit doigt me dit que vous n’avez pas fini d’entendre parler de cette série puisque Jérôme présente le premier volume aujourd’hui. Sa chronique en cliquant sur ce lien.

la-bd-de-la-semaine-150x150Pour ce mercredi, les pépites des lecteurs de la « BD de la semaine » sont chez Noukette !

Sweet Tooth

Volume 3
Trilogie terminée
Editeur : Urban Comics
Collection : Vertigo Essentiels
Dessinateur / Scénariste : Jeff LEMIRE
Dépôt légal : décembre 2016
384 pages, 28 euros, ISBN : 978-2-3657-7941-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Sweet Tooth, volume 3 – Lemire © Urban Comics – 2016

Un coup d’œil dans le rétro (année 2016)

J’ai dû chercher un peu pour retrouver le dernier bilan que j’avais fait : 2013

Comparée à 2015, l’année 2016 a marqué le retour à davantage de régularité dans les publications ! Étonnant !! Et pourtant, il y eu des absences… de mi-juillet à fin août, en décembre… sans compter les micro-pauses…

Framboise s’est posée au Bar depuis maintenant un an et demi. Depuis un an et demi, elle rédige également des chroniques pour « La Bibliothèque de Noukette ».

Année à marquer d’une pierre blanche : la première chronique solo de Julia (avec interview inside silvouplé)… j’espère qu’il y aura d’autres occasion de te lire madame 😉

Ce que je retiens…

Les échanges, les partages… carburant nécessaire pour faire vivre le blog.

Merci !
Merci !

Quelques chiffres…

Cette année, le blog a accueilli 166 livres (BD et romans confondus). C’est peu, C’est à se demander si je ne me suis pas trompée dans mon culcul ! Je vais tâcher de faire mieux cette année.

26118 pages que j’ai présenté ici auxquelles s’ajoutent les pages des ouvrages présentés par Framboise.

Au total, 2016 représente 139 articles dont seulement 3 articles pour « Sixtine » (je manque à tous mes devoirs !). Je n’ai plus que deux challenges en cours (et je n’irai pas jusqu’à dire que je participe activement) : celui du « Tour du monde en 8 ans » et celui des « Ignorants ». Mon engouement pour ces « lectures thématiques » s’est tout bonnement volatilisé ! En revanche, chaque mercredi, je ne mâche pas mon plaisir de partager mes lectures avec d’autres bédéphiles. Noukette, Stephie et Moka m’ont proposé de les rejoindre pour animer la « BD de la semaine »… une invitation à laquelle j’ai répondu non sans appréhensions (pensez donc… il s’agit d’être à la hauteur pour accueillir du beau monde une fois par mois !!).

8 articles publiés dans la catégorie « Chroniks Expresss »… on se rapproche doucement de la publication mensuelle et j’en suis ravie.

Les romans qui prennent un peu plus de place que les années précédentes.

Seulement 15 lectures communes cette année. Je m’engage avec parcimonie 🙂

Petit à petit, l’habitude s’installe de consigner dans le blog toutes mes lectures (y compris celles que je fais avec mes fils) mais… je suis encore loin du compte.

Les coups de cœur de l’année :

Quelques perspectives pour 2017 :

  • En avril prochain, le « Bar à BD » fêtera ses 8 printemps. Si je parviens à bricoler un petit quelque chose pour l’occasion…
  • Etre là, fidèle au poste (parce que vous le valez bien 🙂 )
  • Reprendre le suivi du projet « Sixtine »
  • Il n’est pas impossible que le « Loto BD » revienne…

Sans oublier que..

Je vous souhaite une très belle année 2017 !

Egratignures (Hureau)

Hureau © Jarjille – 2015
Hureau © Jarjille – 2015

Lorsqu’il était enfant, il rêvait d’un voilier qu’il ferait naviguer dans le bassin du parc. La vie lui a apporté autre chose.

Lorsqu’il était enfant, il passa une journée à tenir compagnies à deux dames dans un parc. Il les amusa, il les ravit, mais ce qui reste réellement de cette journée, c’est une carte de visite qu’un homme lui remit ; son avenir professionnel lui apparut alors comme une évidence.

Un jour, lorsqu’il était petit, il fit tout pour plaire à une fillette. Ce jour-là, il apprit à dompter sa peur.

Lorsqu’il était petit, il n’avait pas de toit. Sa maison, c’était la rue. Son occupation, c’était de trouver un moyen de survivre. Puis un soir, il rencontra cette fillette qui s’était perdue. Pour elle, il prît des risques. Il eut peur pour sa vie.

Puis il y a Numa, Lelio, Ninon, Thalia, Noé, Susa et cette fillette.

Sept enfants orphelins, abandonnés ou vendus à un contremaitre qui les fait travailler d’arrache-pied tous les jours de la semaine dans une briqueterie. Mais ce jour-là est à eux, il marque un tournant dans leurs vies. Au loin une révolution commence à se faire entendre. Le patron s’agite, préoccupé. Les outils resteront rangés.

La briqueterie n’est qu’une silhouette parmi d’autres dans le paysage. Ce jour-là elle dort, elle est silencieuse. Et eux ont toute la journée pour rêvasser. « Il devint clair que la journée s’ouvrait pour nous sur d’insondables possibles ». Alors, dans un même élan, ils partent découvrir d’autres lieux.

Nous n’avions plus qu’à inventer notre nouvelle vie, trouver de quoi en alimenter les besoins élémentaires.

Petites leçons de vie mises en images et en mots par Simon Hureau (« Mille parages » , « L’Empire des Hauts-Murs » , « Intrus à l’étrange » …) qui nous émerveille une fois de plus. La beauté des illustrations qu’il réalise est réelle. La minutie, le souci du détail, ce trait à la fois précieux et vivant sont autant d’éléments dont on se saisit et qui nous permettent de sauter la tête la première dans ce recueil. Une histoire principale, celle des sept enfants des rues. Le rêve fou qu’ils font et dans lequel ils croient. Rendus plus forts grâce à ce lien qui les unit. Ils sont une famille, unis, solidaires, ils veillent les uns sur les autres, insouciants du danger, ne sachant pas ce que la vie est capable de leur réserver le meilleur comme le pire. Carpe diem, c’est ainsi qu’ils vivent.

Au terme de chaque temps fort du récit, une parenthèse qui nous permet de découvrir d’autres enfants issus, quant à eux, d’un milieu social plus aisé. La richesse des uns contraste avec la pauvreté des autres mais tous ont ce point commun de croire en l’impossible. Le rêve, l’enfance, des bleus à l’âme, des bleus suite aux coups de bâtons reçus… autant d’accrocs que l’insouciance de l’enfance permet parfois de dépasser plus vite que d’ordinaire. Le tranchant de la vie et sa caresse.

PictoOKSept nouvelles, sept sucreries où l’on se régale les pupilles. Pour ne rien gâcher, l’objet-livre est superbe. Une belle invitation à la lecture.

Une lecture commune avec Jérôme (merci pour la découverte Monsieur ! 😉 )

Egratignures

One shot
Editeur : Jarjille
Dessinateur / Scénariste : Simon HUREAU
Dépôt légal : octobre 2015
120 pages, 18 euros, ISBN : 978-2-918658-49-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Egratignures – Hureau © Jarjille – 2015

Le Retour à la terre (Ferri & Larcenet)

Manu Larssinet et sa femme, Mariette, décident de s’installer à la campagne, aux Ravenelles. Emporté par son élan, Manu n’avait pas vraiment réalisé ce qu’impliquait le fait de changer aussi radicalement de mode de vie. Passer de la banlieue parisienne… au petit patelin perdu au milieu des champs. Si Mariette semble satisfaite de leur nouveau cadre de vie, Manu va quant à lui prendre la mesure du changement quelques semaines après leur installation.

La connexion internet qui rame, le propriétaire qui a en permanence le nez collé à leur fenêtre (et pour cause, son potager est sur le terrain mitoyen du leur), les copains qui sont loin, les gens du coin qui parlent en patois… Le choc est rude. Mais Mariette tient le cap et Manu se fait peu à peu à son nouveau rythme de vie.

Le Retour à la terre – Larcenet – Ferri © Dargaud – 2002 à 2008
Le Retour à la terre – Larcenet – Ferri © Dargaud – 2002 à 2008

Une série marrante, le genre de bouffée d’air et de bonne humeur que l’on aime prendre. Univers loufoque et pour cause : Jean-Yves Ferri scénarise la vie de Manu Larcenet.

C’est moi vu par Ferri mais dessiné par moi !

Manu et sa casquette rouge, Mariette et son flot orange, Monsieur Henri (le proprio qui est partou)t, la boulangère très… alléchante, Speed (le chat) incapable de s’acclimater à la campagne, un ermite, Esope le garçon aux chaussures rouges, les Atlantes, Tip Top son frère et puis le silence, le manque d’inspiration et son contraire, la solitude rompue par le téléphone qui sonne ou les amis qui débarquent pour le week-end, la déprime, les questions et les doutes.

Une intégrale regroupant les trois premiers tomes a été publiée. Contrairement aux tomes de la séries qui se présentent dans un format classique, son format à l’italienne met en valeur chaque strip. Au rythme d’un gag par page, cette découpe nous donne une furieuse envie de dévorer le bouquin tant on a vraiment l’impression d’une liberté dans la création, comme un plaisir surdimensionné à le réaliser et à imaginer toutes ces situations cocasses. La vie à la campagne est certes caricaturée mais sans le côté hautain et dévalorisant. On finit même par s’attaquer au personnage le plus horripilant qui soit : Madame Mortemont, la vieille acariâtre du village.

Outre les délires quotidiens de Manu et le décalage provoqué par ce « débarquement » d’un citadin à la campagne, on a des passages totalement déconnectés de la réalité, des échanges métaphysiques avec un ermite qui vit dans un arbre et l’apparition ponctuelles des Atlantes, peuple aquatique qui vit dans un étang non loin du village, sorte de cousin dégénéré des mythiques habitants de l’Atlantide. Ils deviennent les compagnons imaginaires du personnage principal, sorte de gardes fous qui lui rappellent au moindre doute que la folie le guette.

PictoOKDes années que je voulais découvrir cette série et ma foi, je n’ai pas été déçue.

Le Retour à la terre

Série terminée (cinq tomes)
Editeur : Dargaud
Dessinateur : Manu LARCENET
Scénariste : Jean-Yves FERRI
Dépôt légal : 2002 à 2008
230 pages (soit 5 tomes de 46 pages)

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le Retour à la terre – Larcenet – Ferri © Dargaud – 2002 à 2008

Le Temps des Sauvages (Goethals)

– Le chef de caisse lui a demandé d’accélérer, elle a dit qu’elle pouvait pas à cause de ses rhumatismes. Quand il l’a menacée, elle a lâché qu’elle était syndiquée.
– … syndiquée ?
– Dix ans de maison, pas un jour de maladie, pas un retard, pas chiante pour un rond, mais elle est syndiquée.
– Autant lui avouer direct qu’elle fait partie d’une secte satanique. Et qu’elle sacrifie des bébés les soirs de pleine lune.

Goethals © Futuropolis – 2016
Goethals © Futuropolis – 2016

Jean est chef de la sécurité dans un grand supermarché. Cette fois, il est chargé de coincer deux salariés en apportant la preuve à son employeur qu’ils ont une relation amoureuse. Avoir des rapports extra-professionnels est interdit par le règlement de l’entreprise et passible d’une rupture de contrat. Les « coupables » sont convoqués dans le bureau du directeur. Jacques, assistant-chef du rayon primeur, et Martine, caissière, doivent se justifier. Mais l’entretien tourne mal et Martine meurt suite à une mauvaise chute. Jacques parvient à fuir. Il va directement trouver les fils de Martine : quatre jeunes loups délinquants qui viennent de braquer un fourgon. Gris, Blanc, Brun et Noir vont vouloir venger leur mère.

Dans une société légèrement futuriste, société qui conduit les individus à réfléchir en prédateur. La crise a profondément modifié les rapports sociaux et a donné lieu à une société qui s’appuient sur de nouveaux codes : les jeux vidéo, le profit, le consumérisme… Génomes humains modifiés, procréation hautement réglementée, recherche de la rentabilité, de l’efficacité, l’homme se compare désormais à la valeur ajoutée qu’il est capable d’apporter à son entreprise. A la valeur ajoutée qu’il peut mettre sur le marché du travail, valeur qui le rend attractif pour une société, qui lui permet de se vendre au plus offrant. L’homme-animal est devenu carriériste au pire… il défend bec et ongles le peu qu’il est parvenu à obtenir, protégeant son poste.

Je n’ai pas lu le « Manuel de survie à l’usage des incapables », roman de Thomas Gunzig dont s’est inspiré Sébastien Goethals pour réaliser « Le Temps des sauvages ». Et c’est tant mieux… du moins je crois. La qualité d’une œuvre adaptant une autre œuvre s’évalue-t-elle uniquement à la fidélité qu’elle témoigne au récit originel ? Quoi qu’il en soit, cet album-là offre un dépaysement réel. On pourrait être sur Terre ou ailleurs, dans le passé, le présent, le futur ou dans une dimension parallèle… on part. On mord à l’hameçon, on nage dans ce monde aussi absurde que familier, on réfléchit, on se marre.

PictoOKPourquoi y aller par quatre chemins ? Et si vous le lisiez ?

Extrait :

« On a beau tourner les choses dans tous les sens. La seule réponse à l’existence de l’homme sur Terre, c’est qu’il est là pour contrôler le système. C’est ce qu’il sait faire de mieux. C’est son plus grand talent » (Le temps des sauvages).

la-bd-de-la-semaine-150x150Un album que je partage dans le cadre de la BD de la semaine.
Les liens sont aujourd’hui chez Moka.

Le Temps des sauvages

One shot
Editeur : Futuropolis
Dessinateur / Scénariste : Sébastien GOETHALS
Adaptation du roman de Thomas GUNZIG : « Manuel de survie à l’usage des incapables »
Dépôt légal : octobre 2016
266 pages, 26 euros, ISBN : 9782754815529

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Le temps des sauvages – Goethals © Futuropolis – 2016