Holy Wood (Redolfi)

Redolfi © La Boîte à bulles – 2016
Redolfi © La Boîte à bulles – 2016

« Holy wood, le « Bois Sacré », est une sombre forêt de conifères, peuplée de monstres de foire et de vieilles caravanes ; c’est là-bas que naissent les stars de cinéma qui font tant rêver les spectateurs.
Dans l’espoir d’en devenir une à son tour, la fragile Norma vient s’installer dans cette étrange ville-fantôme qui lui permet, malgré l’obscurité ambiante, de se retrouver sous le feu des projecteurs.
Passé les premiers échecs, la frêle jeune femme se retrouve au cœur de l’attention du couple Wilcox, énigmatique fondateur de « Holy wood ».
Grâce à eux, Norma Jeane Baker devient Marilyn. LA Marilyn. Une femme très différente de la véritable Norma. Trop, peut-être ?
Le portrait revisité de Marilyn Monroe dans un Hollywood fantasmagorique, fascinant et inquiétant. » (synopsis éditeur).

Nous avons tous plus ou moins besoin de reconnaissance. Le regard d’un père et d’une mère suffisent à beaucoup. Mais lorsque ceux-ci n’ont jamais été présents, auprès de qui briller ? Combien de regards faut-il pour combler l’absence d’un seul ? Cent ? Deux cents ? Mille ? Jamais suffisamment en tout cas.

C’est avec ces mors que s’ouvrent le récit de Tommy Redolfi. Et c’est sur ces mots que l’on fait la connaissance du personnage principal alors même qu’il pose pour la première fois les pieds à Holy Wood, « l’unique endroit qui fait briller un seul visage pour que des millions l’admirent sur écrans géants ». Un personnage effacé, timide, fascinée par le lieux, éblouie par les promesses de carrière qu’il murmure. Jeune femme timide qui peine à parler, butant sur chaque mot, tant elle est impressionnée par tout ce que cela représente et ses ambitions de gloire qu’elle espère atteindre. Le scénariste lui permet de s’appuyer sur la présence rassurante de son propriétaire, un vieil homme reconvertit par la force des choses dans l’industrie cinématographique, mémoire vivante de l’essor de ce lieu et de l’histoire du cinéma.

En s’appuyant sur la lente ascension médiatique de son héroïne, nous passons de la petite prétendante qui va de casting en casting à la charismatique Marilyn Monroe. Le lecteur est aux premières loges pour mesurer les étapes de la métamorphose d’une femme. Tommy Redolfi propose une réflexion sur le monde du cinéma, la manière dont les producteurs façonnent des carrières, modèlent des personnalités pour les rendre conformes aux attentes du public, pour donner du rêve aux spectateurs… Mensonge, profit, vanité, le combat entre ceux qui imposent les règles et les anonymes en quête de gloire est déloyal. Paraître, faux-semblant, séduction sont les rares armes que les prétendants au succès peuvent employer.

– Rien n’est pire que le lieu d’où vous sortez, croyez-moi. De nous, ils ont exploité la laideur… Et ils vont bientôt s’occuper de la vôtre aussi.
– Vous vous trompez. Sauf votre respect, je ne suis pas comme vous.
– Oh, que si ! On a tous un monstre qui sommeille en nous. Et ils ne vont pas tarder à trouver le vôtre

Cet ouvrage aborde aussi les thèmes de la dépression et de la solitude. En effet, la chaleur des projecteurs et la peau dans laquelle se glisse l’acteur ne suffisent pas à panser les maux de l’enfance. Pire encore, elle les exacerbe. Le scénario n’hésite pas à faire appel aux placebos auxquels les uns et les autres ont recourt pour prolonger le vernis dont ils se protègent : médicaments, alcool et autres drogues sont de parfaites prothèses pour écarter les doutes et autres vieux démons trop envahissants. De parfaites béquilles… dont on ne voit les inconvénients que trop tard. L’emploi de métaphore est récurrent, tant dans le récit que dans le dessin. Graphiquement, le trait délicat de Tommy Redolfi caresse les personnages et montre la fragilité de l’héroïne. Son regard, la moue de sa bouche, le léger voutement de ses épaules sont autant d’indications qui accentuent le poids des humiliations dont elle fait l’objet. Les ocres, marrons, jaunes sont les couleurs dominantes, donnant à l’ambiance graphique une chaleur bénéfique tout en faisant ressentir le caractère agressif de ce monde.

PictoOKUn bel album qui, outre le fait de rentre hommage à Marilyn Monroe, ose un clin d’œil à l’album éponyme de Marilyn Manson sorti en 2000 dont l’un des thèmes majeurs était la culture de la célébrité en Amérique. Un voyage surprenant dans un monde impitoyable.

Extrait :

« Je vais te dire où il est, le mal. Le mal, il est dans tout ce fric qu’on perd à cause de tes conneries intellectuelles. Voilà où il est, le mal ! Les gens n’en ont rien à foutre de réfléchir. Ils veulent du cul et de quoi s’marrer ! Il se trouve que t’es bonne là-d’dans, alors contente-toi de faire ce que tu sais faire et laisse les belles phrases aux acteurs ! Et entre nous, je préfère clairement faire rire trois millions de personnes plutôt que d’en faire « réfléchir » quinze ! Et je SAIS qu’t’en penses pas moins ! » (Holy Wood).

Holy Wood

– Portrait fantasmé de Marilyn Monroe –

Editeur : La Boîte à bulles

Collection : Clef des Champs

Dessinateur / Scénariste : Tommy REDOLFI

Dépôt légal : juin 2016

256 pages, 32 euros, ISBN : 978-2-84953-249-2

Bulles bulles bulles…

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Holy Wood – Redolfi © La Boîte à bulles – 2016

Chroniks Expresss #26

Sélection de lectures estivales…

Romans : Juste avant le bonheur (A. Ledig ; Ed. Pocket, 2014), Le vieux qui lisait des romans d’amour (L. Sepulveda ; Ed. Points, 1995), Les Yeux jaunes des crocodiles (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2008), La Valse lente des tortues (K. Pancol ; Ed. Le Livre de Poche, 2009), Combien de fois je t’aime (S. Joncour ; Ed. J’ai Lu, 2015à

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Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014
Juste avant le bonheur – Ledig © Editions Pocket – 2014

Julie a vingt ans. Mère célibataire, caissière, locataire d’un petit studio HLM pour lequel elle parvient difficilement à payer le loyer. Pourtant, sa vie avait bien commencé. La mention en poche pour un bac scientifique, elle rêvait de faire des études supérieures et devenir ingénieur en biologie moléculaire. Mais une soirée d’anniversaire trop arrosée, ce rapport non protégé… cette grossesse qui a conduit son père à la mettre à la porte et ne lui laissant aucune possibilité de revenir l’a amputé de la possibilité de pouvoir faire ses études supérieures. Ce qui l’aide à tenir, c’est Lulu, son petit garçon de trois ans.

Un jour pourtant, elle fait la connaissance de Paul, un ingénieur à quelques années de la retraite. Sa femme vient de le quitter. Peu habitué à s’occuper de la maison, le frigo vide lui signale tout de même qu’il doit se décider à faire les courses. Celles-ci échouent sur le tapis roulant de la caisse de Julie. Touché par cette jeune caissière qui semble profondément triste, il engage la conversation.

Deux semaines plus tard, et sans aucune arrière-pensée, il lui propose de venir passer ses vacances dans sa maison de Bretagne. Jérôme, le fils de Paul, est du voyage. Après quelques hésitations, Julie accepte. Les quelques jours qu’ils vont passer ensemble vont les changer à tout jamais.

J’ai hésité à lire cet ouvrage qu’une collègue bien intentionnée m’avait prêté. Beaucoup de simplicité dans la manière dont les choses sont posées. Peut-être un peu trop, ce qui m’a étonnée. Un échange courtois au moment de passer quelques articles en caisse, une invitation au restaurant que la jeune femme accepte, un séjour en vacances avec deux inconnus… Connaissant ma collègue, autant de légèreté dans une lecture était surprenante. J’ai pourtant hésité à poursuivre, trouvant tout cela inconsistant et peu crédible.

Pourtant, la plus d’Agnès Ledig est fluide. On la suit sans difficulté. On ne bute sur aucun mot. Pire, on s’émerveille face à cette rencontre qui nous est racontée. Tout est simple, naturel. Jamais un mot plus haut que l’autre. Absolument rien de malsain. On est face à des personnages qui se dévoilent progressivement à nous, qui apprennent à se connaître. Tous ont cette fragilité en eux qui risque de les faire chanceler mais le scénario nous montre comment, au contact les uns des autres, ils vont dépasser leurs difficultés et chasser leurs vieux démons. Julie la fille-mère, Paul qui apprend la vie de célibataire, Jérôme qui noie dans l’alcool la tristesse provoquée par son récent veuvage.

PictoOK« Juste avant le bonheur » est un roman surprenant. Surprenant car on se surprend, contre toute attente, à le quitter à regret. On s’est lové là dans le quotidien de ces trois individus appartenant à des générations différentes que la joie et la naïveté d’un petit garçon de trois ans vient réchauffer.

Une lecture-détente qui nous laisse penser que la vie n’est finalement pas si compliquée qu’elle en a l’air et ça n’est pas désagréable. Un livre qui fait du bien… un peu comme cette chanson que l’on y croise régulièrement et qui dit qu’Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux, il faut se satisfaire du nécessaire

Le site d’Agnès Ledig.

Extraits :

« Parfois, dans la vie, on a le sentiment de croiser des gens du même univers que nous… Des extra-humains, différents des autres, qui vivent sur la même longueur d’onde, ou dans la même illusion » (Juste avant le bonheur)

« – Je n’ai guéri personne.
– Non, mais tu as mis du baume sur notre vie, comme on en met sur la peau pour l’aider à cicatriser.
– Et vous en voudrez encore, du baume, une fois que ce sera guéri, pour Jérôme et toi ?
– Ça ne guérit jamais vraiment. Et quand c’est guéri, il y a d’autres plaies à soigner. C’est ça, la vie. Des coupures, des écorchures, des entorses, et des baumes. » (Juste avant le bonheur)

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995
Le vieux qui lisait des romans d’amour – Sepulveda © Points – 1995

« Antonio José Bolivar connaît les profondeurs de la forêt amazonienne et ses habitants, le noble peuple des Shuars. Lorsque les villageois d’El Idilio les accusent à tort du meurtre d’un chasseur blanc, le vieil homme se révolte. Obligé de quitter ses romans d’amour ? seule échappatoire à la barbarie des hommes ? pour chasser le vrai coupable, une panthère majestueuse, il replonge dans le charme hypnotique de la forêt. » (synopsis éditeur)

« Le vieux qui lisait des romans d’amour » est le premier roman de Luis Sepulveda. Ecrit en 1992, il raconte l’histoire d’un homme – Antonio José Bolivar Proaño – qui a quitté la montagne pour s’installer en pleine forêt amazonienne avec sa femme. Celle-ci est décédée de la malaria deux ans après leur arrivée dans cette nouvelle contrée dont ils ne connaissaient pas. Les Shuars, voyant la détresse de cet homme, l’initie à la chasse et à la pêche, lui apprenne à reconnaître les fruits comestibles et à utiliser les ressources naturelles qui l’aideront notamment à construire sa maison. En quelques années à peine, Antonio José Bolivar Proaño – alias « le vieux qui lisait des romans d’amour » – apprend à vivre dans son nouvel environnement et à le respecter. Une ode à la nature.

Il était condamné à rester, avec ses souvenirs pour seule compagnie. Il voulait se venger de cette région maudite, de cet enfer vert qui lui avait pris son amour et ses rêves. Il rêvait d’un grand feu qui transformerait l’Amazonie entière en brasier. Et dans son impuissance, il découvrit qu’il ne connaissait pas assez la forêt pour pouvoir vraiment la haïr.

L’auteur nous permet de faire la connaissance du personnage principal en douceur. Dans un premier temps, il l’installe en tant que personnage secondaire puis, une fois le premier contact réalisé, nous apprend que le péché mignon du vieil homme est la lecture de romans d’amour.

« – Ecoute, j’avais complètement oublié, avec cette saloperie de mort : je t’ai apporté deux livres.
Les yeux du vieux s’allumèrent.
– D’amour ?
Le dentiste fit signe que oui.
Antonio José Bolivar Proaño lisait des romans d’amour et le dentiste le ravitaillait en livres à chacun de ses passages.
– Ils sont tristes ? demandait le vieux.
– A pleurer.
– Avec des gens qui s’aiment pour de bon ?
– Comme personne ne s’est jamais aimé.
– Et qui souffrent beaucoup ?
– J’ai bien cru que je ne pourrais pas le supporter. »

PictoOKUn roman qui nous emmène là où on ne l’attendant pas. Superbe.

Extrait :

« Il lisait lentement en épelant les syllabes, les murmurant à mi-voix comme s’il les dégustait et, quand il avait maîtrisé le mot entier, il le répétait d’un trait. Puis il faisait la même chose avec la phase complète, et c’est ainsi qu’il s’appropriait les sentiments et les idées que contenaient les pages.
Quand un passage lui plaisait particulièrement, il le répétait autant de fois qu’il l’estimait nécessaire pour découvrir combien le langage humain pouvait aussi être beau. » (Le Vieux qui lisait des romans d’amour)

 

Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008
Les Yeux jaunes des crocodiles – Pancol © Le Livre de Poche – 2008

D’un côté, il y a Joséphine Cortès. Jeune quadra, chercheuse au CNRS et spécialisée dans l’histoire du XIIème siècle, Joséphine est le portrait craché de la gentille fille, un peu gourde, toujours prête à se saigner aux quatre veines pour venir en aide à celui qui le lui demande. Elle est mariée à Antoine et mère de deux filles, Hortense et Zoé. Ils vivent dans une ambiance doucereuse, mais la routine… la routine. Rien ne vient noircir leur quotidien si ce n’est le chômage d’Antoine. Sous nos yeux médusés, leur couple vole en éclats. Seule, Joséphine doit réapprendre à vivre et faire face à l’éducation de ses deux filles. Elle angoisse, notamment parce que son petit salaire ne lui permet pas de faire face aux charges. Elle culpabilise d’avoir laissé partir son homme. Elle s’en veut de n’avoir pas vu qu’il avait une relation avec Mylène, l’esthéticienne du quartier. Antoine part refaire sa vie en Afrique… avec Mylène.

Il y a aussi Iris, la sœur de Joséphine. Mère au foyer, elle est mariée à Philippe, un richissime avocat de la place parisienne. Iris est oisive et se roule dans l’oisiveté. Faire le shopping, se tenir informée des ragots qui circulent, s’occuper d’elle encore et encore, voilà ses passe-temps favoris. Elle élève vaguement Alexandre, leur fils unique, le complice de toujours de Zoé.

Il y a encore Henriette, la mère de Joséphine et d’Iris. Henriette est une carne. Après la mort de son premier époux alors que Joséphine n’avait que 10 ans, elle se remarie avec Marcel, un riche industriel. Henriette est une femme austère, méchante, vile, matérielle. Rien ne lui plait plus que de mener son monde à la baguette. Marcel avait espéré un temps qu’elle accepterait de lui faire un enfant mais la seule chose qui a toujours intéressé Henriette, c’est qu’il la mette à l’abri du besoin. Résigné, Marcel a fini par accepter la réalité. Il accepte même les brimades, les humiliations. Avec Henriette, il se vit comme un moins que rien. Heureusement pour lui que la petite entreprise qu’il a montée il y a quarante ans lui rapporte. Il a les moyens Marcel… il a les moyens de payer les moindres caprices de sa femme. Et Heureusement qu’il a Josiane, sa secrétaire, sa Choupette, son amante. Les parties de jambes en l’air qu’ils s’octroient lui offrent une seconde jeunesse.

Il y a enfin Shirley, la voisine de palier de Joséphine qui s’avère être un important soutient pour notre héroïne. Mystérieuse Shirley qui élève seule Gary, son fils unique, et vivote en tentant de faire prospérer son petit commerce de gâteaux. Avec le temps, Shirley devient la meilleure amie de Joséphine, celle à qui Joséphine se confie, celle qui prête son épaule rassurante pour que Joséphine puisse pleurer, celle qui fait preuve d’une écoute bienveillante et toujours de bons conseils.

Et puis il y a les autres…

« Les Yeux jaunes des crocodiles » ouvre avec brio le triptyque « Joséphine Cortès » qui se poursuit avec « La Valse lente des tortues » et « Les Écureuils de Central Park sont tristes le lundi ». Un récit choral où chaque personnage de cette saga familial prend la parole et devient le narrateur, le temps de quelques pages. Bien sûr, Joséphine reste le noyau central de l’histoire mais la plume de Katherine Pancol et l’aisance de l’auteure à déplier son scénario permettent au lecteur de s’attacher à tous les protagonistes. Certains tarderont à se dévoiler, comme Philippe qui semble tout d’abord accessoire au récit principal et qui prend peu à peu de la consistance et parviendra même à provoquer un revirement radical dans le train-train de cette famille atypique, où l’argent coule souvent à flots.

Le lecteur ne se prend jamais les pieds dans les fils narratifs et voit son intérêt pour le récit croître à mesure qu’il tourne les pages. On se déplace facilement d’une maison à l’autre, d’un personnage à l’autre. On ajuste en permanence notre regard sur les faits. On se place tantôt sur l’épaule de Joséphine, tantôt sur celle d’Iris, de Shirley, d’Antoine, de Marcel… sans devenir girouette.

Le récit est prenant et l’on prend plaisir à s’enfoncer dans cet univers riche en rebondissements. On s’attendrit au contact de nombreux personnages, on espère que certains casseront rapidement leur pipe, comme Henriette à qui l’on souhaite les pires tourments. Une vieille peste aigrie que cette Henriette. Le premier tome du triptyque se finit en apothéose. Certes, il aurait pu se suffire à lui-même. Certes, si je n’avais pas eu l’information qu’une suite existait, je m’en serais contentée. Mais la suite est là… « La Valse lente des tortues », et je m’y suis engouffrée sitôt « Les Yeux jaunes des crocodiles » dévoré. De l’humour, quelques jeux de mots mais surtout, une écriture fluide qui permet un réel moment de détente. A chaque fois que je reprenais ma lecture, je faisais abstraction du reste.

PictoOKPictoOKDe l’humour, de la cruauté, de la cupidité, de la modestie, du suspens, des revirements de situations, des émotions, des sentiments, des métaphores, quelques réflexions à prendre sur le sens de la vie, aucune leçon de morale… Un divertissement que j’ai réellement apprécié en cette période estivale.

La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009
La Valse lente des tortues – Pancol © Le Livre de Poche – 2009

« La Valse lente des tortues » est une suite haletante de ce premier tome. Katherine Pancol n’hésite pas à malmener les personnages et les embarque dans un tourbillon. Joséphine – l’héroïne principale – doit une nouvelle fois trouver son équilibre mais c’est sans compter les meurtres perpétrés dans son quartier par un tueur en série, le fait qu’elle est tiraillée entre l’amour et la raison, qu’elle cherche à se réconcilier avec sa sœur, son obstination à éloigner sa propre mère et sa détermination à protéger ses filles.

Le troisième et dernier tome de la trilogie, intitulé « Les Ecureuils de Central Park sont tristes le lundi » est d’ores et déjà sur ma PAL.

PictoOKLecture détente d’été que je vous recommande chaudement.

 

Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015
Combien de fois je t’aime – Joncour © J’ai Lu – 2015

Ce recueil de nouvelles décline les différentes variantes de l’amour. De l’amour maternel à celui de l’amant, du quotidien écrasant de routine à la relation virtuelle fantasmée, différents narrateurs prennent la parole à tour de rôle et se confient. Qu’ils dessinent les contours d’une relation naissante ou décrivent les aspérités d’une union qui s’essouffle, il s’agit toujours pour eux de trouver leur place dans ce nouvel environnement qui se profile en tentant de comprendre l’autre, de relativiser pour ne pas s’emporter ou se laisser abattre.

pictobofUn livre prometteur pourtant, je suis restée de marbre face à ces personnages de papier. Les sentiments qu’ils expriment sont pourtant touchants, les situations qu’ils rencontrent sont pourtant crédibles… mais leurs récits m’ont paru si insipides que j’ai refermé définitivement ce livre avant d’atteindre le point final.

Lectures sous le soleil de Grèce (2)

Deuxième billet et trois autres romans d’été, à découvrir absolument, si ce n’est pas déjà fait😉

 

Elsa Flageul – Les mijaurées

9782260022121« En ce jour de rentrée Lucile m’a choisie, elle a vu plus loin, elle a vu plus grand que moi, elle m’a vue en mieux, elle m’a aimée tout de suite. »

Septembre 1992. Paris. « Dans le meilleur collège de France à ce qu’il parait ». La rentrée des classes et le début d’une amitié. Lucile et Clara.

Il y a des personnes dont le chemin qui mène à elles vous semble escarpé, tortueux : il y a des embûches, il y a des impasses, vous en sortez les joues griffées et le regard perdu, avec la sensation de ne pas parler la même langue, vous savez beau y mettre du vôtre, vous n’y comprenez rien. Et puis il y en a d’autres où le chemin est clair, droit, parfaitement balisé, le Petit Poucet serait déjà passé par là que ça ne vous étonnerait pas, dont vous suivez la trace sans effort, sans tracas, sans équivoque. Il en est ainsi pour Lucile et moi, les chemins qui nous mènent l’une à l’autre sont parfaitement limpides, il n’y a aucun détour, aucun malentendu, aucun recoin caché et sombre, nous nous comprenons sans même chercher à le faire.

Oui, je vous entends vous écrier « Koaaaaaaa, encore une histoire d’amitié… Aucune originalité ! » Je sais, et pourtant, lisez ce délicieux roman, d’abord, il fait un bien fou ! Et puis il y a des passages lumineux sur l’amitié, sur le basculement dans la vie d’adulte… C’est délicat, simple, vif, drôle, émouvant, fragile, vrai … vivant ! Lisez le !

Et en plus, y a des mouettes qui s’engueulent, qui s’ébattent et qui se marrent alors comment résister ?!

Extraits

« … il m’attrape par la taille, colle son torse contre le mien, respire mes cheveux, la tête me tourne tant son odeur est forte, masculine et alcoolisée, tant il semble me désirer et tant il le montre, aucun garçon à Paris ne m’a jamais frôlée ni désirée aussi franchement, aussi clairement, et je réalise alors que je n’attendais que ça, que le premier venu même aurait fait l’affaire si tant est qu’il sache s’y prendre, je ne demande qu’une chose c’est qu’on me veuille et qu’on me le dise en y mettant un peu les formes, je me sens fille facile non pas parce que je n’ai aucune vertu mais parce que j’ai trop envie d’être aimée, par n’importe qui. J’ai honte d’une telle pensée. Il faudra que je raconte ça à Lucile. J’aime lui raconter précisément ce dont j’ai honte. »

« Parfois pourtant, nous sommes saisies de terreur, de terreur oui le mot n’est pas trop fort, tant chaque choix nous semble alors si important, si définitif alors que, nous ne le savons pas encore non, ce ne sont pas des choses qui s’apprennent à l’école et encore moins dans celles que nous avons fréquentées, il y a tant d’errances dans une vie, tant de chemins rebroussés, tant de routes abandonnées et d’autres prises presque par hasard, par accident dirait-on mais justement les accidents mes amis, les échappées, les embardées qui font virer de bord et prendre des chemins de traverse qui se révèlent être des routes, il y a tant de moments d’égarement dans une vie qui ne sont pas des faiblesses non mais des respirations, des ponctuations. »

Les billets de Charlotte, de Sabine, de Caroline et de Clara  …

Elsa Flageul, Les Mijaurées, Juliard, 2016.

 

Robert Galbraith – Tome 2 et 3

imagesLe ver à soie

« Quand l’écrivain Owen Quine disparaît dans la nature, sa femme décide de faire appel au détective privé Cormoran Strike. Au début, pensant qu’il est simplement parti s’isoler quelques jours – comme cela lui est déjà arrivé par le passé –, elle ne demande à Strike qu’une seule chose : qu’il le retrouve et le lui ramène.

Mais, sitôt lancée l’enquête, Strike comprend que la disparition de Quine est bien plus inquiétante que ne le suppose sa femme. Le romancier vient en effet d’achever un manuscrit dans lequel il dresse le portrait au vitriol de presque toutes ses connaissances. Si ce texte venait à être publié, il ruinerait des vies entières. Nombreux sont ceux qui préféreraient voir Quine réduit au silence.

Lorsque ce dernier est retrouvé assassiné dans de mystérieuses circonstances, la course contre la montre est lancée. Pour mettre la main sur le meurtrier – un tueur impitoyable, tel qu’il n’en a encore jamais rencontré dans sa carrière –, Strike va devoir d’abord percer à jour ses motivations profondes.»

 

9782246861249-001-X_0 (1)La carrière du mal

« Lorsque Robin Ellacott reçoit ce jour-là un mystérieux colis, elle est loin de se douter de la vision d’horreur qui l’attend : la jambe tranchée d’une femme.

Son patron, le détective privé Cormoran Strike, est moins surpris qu’elle, mais tout aussi inquiet. Qui est l’expéditeur de ce paquet macabre ? Quatre noms viennent aussitôt à l’esprit de Strike, surgis de son propre passé. Quatre individus capables les uns comme les autres, il le sait, des plus violentes atrocités.

Les enquêteurs de la police en charge du dossier ne tardent pas à choisir leur suspect idéal – mais Strike, persuadé qu’ils font fausse route, décide de prendre lui-même les choses en main. Avec l’aide de Robin, il plonge dans le monde pervers et ténébreux des trois autres coupables potentiels. Mais le temps leur est compté, car de nouveaux crimes font bientôt surface, toujours plus terrifiants…»

 

Je suis plongée dans ces lectures, ces pavés, ces polars (alors que je ne lis JAMAIS de polars, j’aime pas, ça me fait peur !) à cause de Noukette, cette divine tentatrice😉 Impossible de résister après ses billets à découvrir et puis  !

 

Dès le 1er tome, je me suis follement/irrémédiablement attachée à Cormoran Strike et à Robin sa partenaire-secrétaire-et-peut-être-sait-on-jamais-bien-plus-que-ça. Depuis le 1er tome de cette série policière écrite par J.K. Rowling, j’ai aimé les deux comparses/héros/détective-et-apprenti qui font, il faut bien le dire, tout le sel de l’histoire…  Vraiment quel talent ! Les 2 tomes se lisent comme un rien (avec une préférence tout de même pour le dernier). Un poil d’angoisse, de l’intrigue, des rebondissements totalement fous, du rythme, des personnages peints avec grand art, des meurtres sordides, un soupçon de romantisme et de flirt… et une chute…. Rhaaaa ! Qui m’a laissée toute chose !

De la parfaite lecture d’été ;-) Punaise ce régal, l’auteure a annoncé 7 tomes ! Voilà de quoi nous faire rêver pendant encore quelques étés héhé !

 

Extrait (Tome 3)

« Il avait eu beau frotter, il restait encore du sang. À sa main gauche, sous l’ongle du majeur, une raie sombre en forme de parenthèse. Il essaya de la retirer, pourtant il aimait bien la voir : elle lui évoquait les plaisirs de la veille. Après avoir gratté en vain pendant une minute, il porta l’ongle à sa bouche et suça. Le goût métallique rappelait l’odeur du sang qui s’était déversé sur le sol carrelé, éclaboussant les murs, trempant son jean, imbibant les serviettes de bain – moelleuses, sèches, bien pliées – couleur pêche.

Ce matin, les couleurs paraissaient plus vives, le monde plus joli. Il se sentait serein, exalté, comme s’il l’avait absorbée, comme si sa vie s’était transfusée en lui. Dès qu’on les tuait, elles vous appartenaient : une possession qui allait bien au-delà du sexe. Le simple fait de les regarder mourir, de voir leur expression à cet instant-là, constituait l’expérience la plus intime qui soit, bien supérieure à toutes les sensations que peuvent éprouver deux corps vivants.

Personne ne savait ce qu’il avait fait, ni ce qu’il prévoyait de faire ensuite, songea-t-il avec un frisson d’excitation. L’esprit en paix, le cœur léger, il se suçait le doigt tout en observant la maison d’en face, le dos appuyé contre le mur tiédi par les premiers rayons du soleil d’avril. »

 

Robert Galbraith, Le ver à soie, Grasset, 2014.

Robert Galbraith, La carrière du mal, Grasset, 2016.

 

Lectures sous le soleil de Grèce (1)

Nous voilà partis pour 3 semaines en Grèce, un petit tour du Péloponnèse et 2 jours à Athènes, avec, dans mes bagages, 2 nains de jardin, un poilu et quelques milliers de pages de livres ;-)

Résumé : un soleil de plomb, le bleu de la Méditerranée, de la brasse coulée, du souvlaki, de la randonnée, des paysages sublimes, un nouveau monde,  des sites antiques, médiévaux, byzantins…., de la voiture rouge et des kms engloutis, des parties de cartes endiablées, du café frappé, des rencontres, des sourires, de la tragédie grecque , des légendes et du sang qui coule à flot, des oursins, des poissons et des criques rien qu’à nous, des couchers de soleil, des rires, des engueulades, de la poésie, des larmes d’émerveillement, un brin de fatigue, des tortues toutes neuves, du ouzo, de la sieste, des nuits sans sommeil, des poils, des blagues de Toto, du foot, des transats, de la gourmandise, des papilles régalées, des câlins et des baisers à en perdre haleine, des trésors cachés, du port de pêche, du bout du monde, des villages désertés, une chaleur torride, des oliviers à perte de vue, des chats partout, de l’hospitalité et de l’infinie gentillesse, des plages dorées, une nature grandiose, de l’amour fou, de la légèreté, ce bonheur infini d’être ensemble, du temps et des heures qui s’étirent mollement, et…. peut être, le plus joli matin du monde…

Avec, évidemment, de la lecture à foison, des pages et des pages avalées toutes crues, dont voici un petit récap’ ! Attention des pépites se cachent dans ces ouvrages ;-)

Voilà la liste de mes lectures grecques :

Nicolas Delesalle – Un parfum d’herbe coupée
Julie Estève – Moro-sphinx
Elena Ferrante – L’amie prodigieuse
Elena Ferrante – Le nouveau nom
Elsa Flageul – Les mijaurées
Robert Galbraith –Le ver à soie
Robert Galbraith – La carrière du mal
Julie Lamiré – Un foyer
Anna Mc Partlin – Les derniers jours de Rabbit Hayes
Stéphanie Pelerin – (Presque) jeune, (presque) jolie, (de nouveau) célibataire

C’est parti pour 3 billets sur ces belles lectures d’été😉

 

9782253045458-001-TNicolas Delesalle – Un parfum d’herbe coupée

 

«Pour la première fois depuis que je suis né,  j’ai la force de me retourner pour regarder le paysage. C’est une torsion fabuleuse et nouvelle et je n’ai pas envie de fixer ce qui traine juste derrière moi, non, je cherche l’horizon lointain, l’étoile la moins brillante, les débris les moins évidents, ce passé de la fin du XXe siècle, quand j’étais encore un gamin, quand mon seul but dans la vie était de gagner des billes ».

 

Ce livre est un petit bijou, fait de jolis riens, de bouts de souvenirs, de morceaux d’enfance …  Kolia (Nicolas Delesalle), qui « chevauche sa quarantième année »  raconte « ces petits moments qui ont changé [ses] joues, ces fragments d’enfance ordinaire de banlieue parisienne en homme ordinaire du XXIe siècle… »

Et c’est beau, tendre, émouvant, juste, sensible et poétique ! A picorer sans modération aucune ;-)

Extrait – 

J’ai changé
Je me suis levé sur la pointe des pieds. Mes sœurs devaient rentrer de soirée à minuit. Il est trois heures du matin. L’adolescence. J’entends grésiller sa clope. Il est assis sur la terrasse de la petite maison de location. La cendre attachée à la cigarette est très longue. Il aurait dû la tapoter depuis longtemps. L’air est tiède, iodé, un peu collant. Au loin, je vois les reflets argentés de la lune sur la Méditerranée. Je le regarde depuis la porte entrouverte. Lui ne me voit pas. Il a les jambes croisées. Je le regarde et c’est la première fois que je vois ça. Je ne comprends pas, je ne comprends pas pourquoi cela se passe maintenant, à cet instant-là ; je ne me doutais même pas que cela pouvait arriver, et je ne parviens pas à déterminer les causes, les raisons, je suis désemparé, je suis une poule devant un couteau. Cela n’a sans doute rien à voir avec le retard de mes sœurs, rien à voir avec ces vacances en bord de mer. Autour de nous, je n’entends que le cisaillement des grillons. Je ne sais pas quoi faire. Alors je ne dis rien et je ne fais rien. Je retourne me coucher. Je retourne me coucher mais j’ai changé. C’est la première fois que je vois mon père pleurer. »

Les billets de Bricabook, de Séverine, de Clara, de L’irrégulière  …

Nicolas Delesalle – Un parfum d’herbe coupée, Préludes, 2015.

 

 

9782234080959-001-X_0Julie Estève – Moro-sphinx

Encore un 1er roman découvert grâce aux divines 68 premières fois !

« Sa jupe lui serre les cuisses. Elle est trop courte comme d’habitude. Ca gondole avec le tissu. Elle choisit toujours une taille en dessous de la sienne. Ce qu’elle aime : les couleurs qui en jettent. A son âge, elle croit encore qu’un jaune fluo c’est le soleil et qu’un rouge Ferrari c’est du jus de grenade. »

Lola, la trentaine… ne sait pas vivre, ne sait plus. Elle promène son mal de vivre dans les rues de Paris depuis longtemps déjà, depuis la mort de sa mère, depuis sa rupture avec lui …. Lola, un peu morte à l’intérieur, baise à perdre en haleine, boit, encaisse, « bonne qu’à ça ». La baise, « ça lui donne l’assurance de vivre un peu », Lola se gave d’oubli, le temps d’un corps à corps sans tendresse, brutal, sale, histoire de partir loin, d’exister….

Que c’est triste cette solitude. Cruel. « Un gout de fer ». Un vide immense. Une douleur infinie.

Comment fait-on pour être seule à ce point ? Il n’y a plus d’amour, il n’y a que des souvenirs. Comment fait-on pour vivre comme ça ? On devient un animal errant, ou un taudis, une maison à l’abandon, vide et insalubre, squattée par des fantômes qui traversent les murs. C’est irrespirable d’habiter là-dedans. C’est pas humain. C’est pas humain d’avoir personne. Personne….

Et qu’il est difficile de vous dire si j’ai aimé ou pas ! De très beaux passages, au ton cru, aux mots acérés, justes, durs. Et pourtant je suis restée sur le côté, un peu en dehors, un peu comme Lola finalement…Me suis pas attachée, ni à elle, ni à cette histoire. Il m’a manqué un petit quelque chose, un fil, une émotion pour m’emporter…. Peut être que le soleil grec n’était pas propice à ce roman, peut être que ce n’était simplement pas le moment…

Extrait

« Elle pousse la porte du Délézy, un troquet-hôtel à Pantin. Elle entre comme une dame en faisant glisser sa fausse fourrure sur ses épaules. Au Delézy, pas de dentelles. On parle de pétrin et de panade, de la vie qui ne sert qu’à attendre la fin. Les habitués patientent la mort un verre entre les mains. Sur le zinc, se répètent des visages vagues, des gueules brouillées. Ils sont là ses camarades, inquiétant le comptoir. Lola est chez elle. »

 

68 premières fois

Julie Estève – Moro-sphinx, Stock, 2016, 18€.

 

Elena Ferrante – Tome 1 et 2 

product_9782070138623_195x320Tome 1 – L’amie prodigieuse, Enfance, adolescence

« «Je ne suis pas nostalgique de notre enfance : elle était pleine de violence. C’était la vie, un point c’est tout : et nous grandissions avec l’obligation de la rendre difficile aux autres avant que les autres ne nous la rendent difficile.» 

Elena et Lila vivent dans un quartier pauvre de Naples à la fin des années cinquante. Bien qu’elles soient douées pour les études, ce n’est pas la voie qui leur est promise. Lila abandonne l’école pour travailler dans l’échoppe de cordonnier de son père. Elena, soutenue par son institutrice, ira au collège puis au lycée. Les chemins des deux amies se croisent et s’éloignent, avec pour toile de fond une Naples sombre, en ébullition.»

 

product_9782070145461_195x320Tome 2 – Le nouveau nom 

« Naples, années soixante. Le soir de son mariage, Lila comprend que son mari Stefano l’a trahie en s’associant aux frères Solara, les camorristes qui règnent sur le quartier et qu’elle déteste depuis son plus jeune âge. Pour Lila Cerullo, née pauvre et devenue riche en épousant l’épicier, c’est le début d’une période trouble : elle méprise son époux, refuse qu’il la touche, mais est obligée de céder. Elle travaille désormais dans la nouvelle boutique de sa belle-famille, tandis que Stefano inaugure un magasin de chaussures de la marque Cerullo en partenariat avec les Solara. De son côté, son amie Elena Greco, la narratrice, poursuit ses études au lycée et est éperdument amoureuse de Nino Sarratore, qu’elle connaît depuis l’enfance et qui fréquente à présent l’université. Quand l’été arrive, les deux amies partent pour Ischia avec la mère et la belle-sœur de Lila, car l’air de la mer doit l’aider à prendre des forces afin de donner un fils à Stefano. La famille Sarratore est également en vacances à Ischia et bientôt Lila et Elena revoient Nino.»

  

Une saga ! Italienne qui plus est ! En avais une envie folle ! Depuis la sortie de ce 1er tome. J’ai trainé… Acheté le tome 2. Les ai posés au pied de mon lit. Sans succès. Il a fallu des vacances pour me lancer et ne plus arrêter ! Punaise, comme j’ai aimé cette saga ! Toutafé addictive ;-)

Elena Ferrante raconte Elena et Lila, à Naples dans les années 50. Deux filles qui vont grandir en miroir, deux parcours différents, deux vies qui s’éloignent… Et pourtant, Elena et Lila viennent de la même misère, du même quartier, partagent la même enfance…

Elena Ferrante met en scène cette amitié, ce lien indestructible malgré la vie, les coups durs, les trahisons, les jalousies, l’éloignement, les déchirements, les rancœurs….

Elle dit surtout une époque et un monde, celui d’un bout de l’Italie, d’un quartier pauvre de Naples, où les jeunes filles ont un destin tout tracé, celui de leurs mères… Elena et Lila s’espèrent autrement, se veulent libres, se rêvent émancipées et s’inventent une destinée…

Elena Ferrante analyse au plus près, au plus juste les circonvolutions de l’adolescence,  décrit à merveille ce passage à l’âge adulte, les errements, les digressions. Sans tricher. Elle porte un regard acéré sur la société italienne, sur les femmes de cette époque. Elle retrace le destin incroyable et intimement lié d’Elena et de Lila.

Quelle incroyable écriture, fine, sensuelle, décapante, intime et universelle… Remarquable. C’est un immense coup de cœur (le 2ème tome peut être encore plus savoureux que le 1er, c’est dire comme j’attends les 2 prochains tomes !)

 

Extrait

« Sans raison évidente, je me mis à observer les femmes sur le boulevard. […]Elles étaient nerveuses et résignées. Elles se taisaient, lèvres serrées et dos courbé, ou bien hurlaient de terribles insultes à leurs enfants qui les tourmentaient. Très maigres, les joues creuses et yeux cernés, ou au contraire dotées de larges fessiers, de chevilles enflées et de lourdes poitrines, elles trainaient sacs à commissions et enfants en bas âge, qui s’accrochaient à leurs jupes et voulaient être portés. Et, mon Dieu, elles avaient dix, au maximum vingt ans de plus que moi. Toutefois, elles semblaient avoir perdu les traits féminins auxquels, nous les jeunes filles, nous tenions tant, et que nous mettions en valeur avec vêtements et maquillage. Elles avaient été dévorées par les corps de leurs maris, de leurs pères et de leurs frères, auxquels elles finissaient toujours par ressembler – c’était l’effet de la fatigue, de l’arrivée de la vieillesse ou de la maladie. Quand cette transformation commençait-elle ? Avec les tâches domestiques ? Les grossesses ? Les coups ? »

Elena Ferrante, L’amie prodigieuse, Gallimard, 2014.

Elena Ferrante, Le nouveau nom, Gallimard, 2016.

Le Monde entier – François BUGEON

9782812610318« Chevalier préférait aller à son travail en Mobylette quand il faisait beau, et il portait toujours le même casque, orange, sans visière. Ce jour-là, il avait sur le dos une chemise à manches courtes que le vent de la course faisait flotter autour d’un genre de bermuda. De loin, on voyait d’abord le blanc livide de ses mollets, puis son ventre laiteux que la chemise découvrait par saccades. »

Il n’y a pas de femme dans la vie de Chevalier, pas qu’on sache en tout cas. De même qu’il n’y a pas beaucoup de tendresse entre sa mère et lui. Pourtant, il n’a jamais eu l’envie d’aller s’installer ailleurs que dans ce village où il a grandi, où il aime aller pêcher dans les étangs, avec son vieux copain Ségur. Jusqu’à ce soir d’août où son chemin a croisé une voiture renversée sur le bord de la route... »

C’était un samedi, le soleil venait de se coucher, Chevalier rentrait de l’usine en Mobylette. Après un virage, dans la forêt, une voiture git sur le toit. Chevalier va s’arrêter et sa petite vie va en être bouleversée….

Tout est beau dans ce 1er roman :

L’histoire qui met en scène des petites gens, des vies simples et ordinaires …

L’écriture qui est lumineuse, tendre et belle…

Le temps qui s’écoule, qui prend ses aises, doucement, pleinement… Pour une respiration nécessaire, une parenthèse qui fait un bien fou…

Les personnages  qui peuplent ce roman : beaux et  formidables, vraiment… Chevalier évidemment mais aussi Ségur, la voisine qui tombe folle, les copains, le vieux Meune, la fille, Flavio …

Les gens disaient qu’il était d’un naturel entêté, mais c’était en dessous de la réalité : il était obstiné jusqu’à la rage, à en crever si quelque chose lui résistait, et tout cela avec une infinie patience. Ce qui faisait de lui un vrai pêcheur, un chasseur à l’affut respectable, un braconnier calme. Jusqu’aux femmes des autres qu’il savait piéger, baiser pendant trois semaines dès que le mari avait tourné le dos et ne plus jamais toucher ensuite, juste un petit coup d’œil complice en les croisant.

 Ce 1er roman d’une infinie délicatesse, il vous faut, je crois, le découvrir absolument ;-)

Extrait

« Il n’y a pas beaucoup de tendresse entre sa mère et lui, les sentiments avaient du être lessivés avec le reste, avec le linge des gens pour qui elle faisait le ménage, ou avec celui de la famille, des trois filles et du père mort depuis vingt ans et qu’on regrettait sans regretter, vu qu’il buvait. Les trois sœurs de Chevalier était parties loin, vers d’autres continents […] Il n’y avait que le fils qui soit resté, mais pourtant sa mère agissait comme si elle n’attendait rien de sa part, ou plutôt, comme si elle n’attendait rien qu’elle ne lui eût déjà demandé auparant. Ce qu’il faisait pour elle semblait toujours être le résultat d’un ordre, avec pas plus de sentiment visible qu’une relation de travail. On n’aurait pas dit une mère et un fils, des collègues peut-être, ou bien une propriétaire et un locataire, mais pas des gens qui s’aiment. Chevalier acceptait cela sans rechigner, semblait trouver normal de devoir tout à sa mère sans jamais rien recevoir en retour, ni sourire, ni paroles tendres, ni autre chose que les deux bises distraites du bonjour et de l’au revoir. Bien sûr, les gens disaient qu’il était dévoué à sa mère, mais ils pensaient aussi qu’elle ne méritait pas son fils, que celle-là ne méritait pas grand-chose de toute façon, qu’avec son mari déjà … Comme si l’alcoolisme de père Chevalier avait trouvé sa source entre les cuisses de sa femme, que cela avait été sa faute à elle. »

 

68 premières fois

Ce livre est assurément un coup de cœur ! Merci merci encore et toujours aux 68 premières fois  !

Pour en savoir plus sur l’auteur :
https://insatiablecharlotte.wordpress.com/2016/07/27/francois-bugeon-le-monde-entier-et-les-68-premieres-fois/#comment-5443

Le Monde entier – François BUGEON, Rouergue, 2016, 17,80€

Chroniks Expresss #25

Vide-grenier des chroniques restées en rade en juillet… et trop de projets par ailleurs pour pouvoir assurer des publications régulières sur le blog😦

BD : Dolorès (B. Loth ; Ed. La Boîte à bulles, 2016)

Romans : Comme on respire (J. Benameur ; Ed. Thierry Magnier, 2011), Pedro Páramo (J. Rulfo ; Ed. Gallimard, 2009), Millenium #4 (D. Lagercrantz ; Ed. Actes Sud, 2015), Mort aux cons (C. Aderhold ; Ed. Le Livre de Poche, 2009)

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Bandes dessinées

 

Loth © La Boîte à bulles – 2016
Loth © La Boîte à bulles – 2016

France, de nos jours.

Marie vit en maison de retraite. Son quotidien s’égrène tranquillement, baigné de rituels, de soins infirmiers, des visites de sa fille cadette. Marie perd la tête ; elle se réfugie de plus en plus dans ses souvenirs d’enfance, au point de ne plus parler en français. Elle communique désormais naturellement en espagnol, sa langue maternelle, et précise à qui veut l’entendre qu’elle se prénomme Dolorès.

Ses proches s’étonnent. Personne ne lui connaissait des origines hispaniques d’ailleurs, personne ne connait réellement son passé. Sa fille décide donc de profiter de ses vacances pour partir sur les traces de sa mère. Direction l’Espagne.

Seul aux commandes de cet album, Bruno Loth (« Apprenti« , « Ouvrier« …) revient ici sur un thème et une période chers à son cœur : la guerre civile espagnole. Après Ermo, jeune orphelin qui était au cœur des événements, place à Dolorès. D’ailleurs, Dolorès est née grâce à Ermo… un travail de commande expliqué par Bruno Loth en postface : « il y a deux ans, Santiago Mendieta, de la revue Gibraltar, connaissant mon travail sur la guerre d’Espagne avec la série Ermo, me demandait de réaliser une BD en dix pages maximum sur le thème de la mémoire à vif ». L’impulsion de donner vie à Dolorès était prise, l’auteur a eu ensuite l’envie d’étoffer ce personnage ainsi que le thème. Cette dernière incarne la peur du peuple espagnol face au régime franquiste et le choix, résigné, que beaucoup ont fait de fuir l’Espagne et cette guerre fratricide. Le scénario se resserrera finalement sur la plage d’Alicante (1939).

Dans les deux œuvres, on perçoit bien cette volonté de témoigner des événements qui ont animés l’Espagne au milieu du siècle dernier, comme un devoir de mémoire. Contrairement à « Ermo« , je n’ai pas ressenti le même degré d’affection et d’attentions de l’auteur à l’égard de ses personnages. Dans « Dolorès« , les personnages principaux (Dolorès et sa fille cadette) semblent n’être qu’un prétexte, une « porte d’entrée », qui permet d’aborder le fond du sujet.

La particularité de cet album est de pouvoir aborder dans un même temps deux périodes différentes : celle de l’Espagne franquiste et celle a fait notre actualité beaucoup plus récemment puisque Bruno Loth suit les élections qui ont eu lieu en 2015 (l’auteur ne manque pas de faire des liens entre les deux périodes).

PictomouiConcrètement, nous voilà face à un album didactique qui relève plus du documentaire ; peut-être d’ailleurs aurait-il été plus pertinent d’assumer pleinement cette part de recherches documentaires et de rester dans la pure veine du documentaire. On ressent un peu trop le fait que les personnages sont instrumentalisés aux besoins de la narration, même s’il y a ici une part d’autofiction : « Au printemps 2015, je partais vivre quelques mois à Madrid pour écrire la suite du récit de Dolorès. Je me suis glissé dans la peau de mon personnage, la fille de Dolorès, et ce sont mes propres rencontres qui ont structuré et enrichi le scénario initial » (Bruno Loth).

Pour le reste, la présence de ces deux femmes a l’avantage de permettre d’imbriquer une destinée individuelle à la grande Histoire de l’humanité.

La chronique de Sabine que vous trouverez dans son « Petit carré jaune ».

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Romans

 

Benameur © Editions Thierry Magnier – 2011
Benameur © Editions Thierry Magnier – 2011

« L’absurdité de la guerre condamne les enfants au silence. Quand l’écriture et les livres peuvent sauver de biens des maux…

Un livre-manifeste sur le pouvoir des mots. Ce texte de Jeanne Benameur a été spécialement écrit pour la quatrième édition d’Un Livre une Rose, organisée par les libraires à l’occasion de la Saint-Jordi » (synopsis éditeur).

Court recueil de nouvelles ou plutôt de réflexions, comme pour fixer une émotion éphémère, fragile, volatile. Comme pour poser une pensée volatile qui risquerait de s’échapper contre notre volonté. Et pourtant, les mots posés ici décrivent des situations douloureuses, des vies malmenées, des parcours chaotiques. Des enfants livrés à la tourmente de la guerre, de l’exil, de l’exode.

Mais ces mots, semblables à de courtes lettres que l’on adresserait à quiconque souhaiterait les lire, ne se concentrent pas uniquement sur des enfants victimes de la guerre. Au cœur des propos, il est aussi question de la souffrance que portent en eux tous ceux qui ont été confrontés à cette situation. A cette souffrance, une autre souffrance jaillit, issue de l’impuissance de pouvoir les aider pleinement. L’interlocuteur à qui l’on se confie peut certes prêter une oreille attentive, mais il n’a souvent d’autre choix que de constater son propre échec à panser correctement leurs plaies, soigner totalement le traumatisme qu’ils ont vécu. L’interlocuteur qui reçoit ces témoignages n’a souvent d’autre alternative que celle d’écouter attentivement et permettre à cet enfant traumatisé, à cet adulte apeuré, de mettre des mots sur l’horreur et de s’apaiser grâce à la parole.

Ces nouvelles contiennent également d’autres réflexions comme l’importance de la langue maternelle dans l’identité de chacun, la liberté, l’importance de défendre certaines valeurs morales/sociales. Jeanne Benameur nous propose enfin une très belle réflexion sur l’identité de l’écrivain et son rapport à l’écriture.

PictoOKUn recueil de trente-six pages que je vous invite à découvrir.

La chronique de Jérôme et celle de Noukette (madame… je te remercie une nouvelle fois d’avoir glissé cet ouvrage entre mes mains😉 )

Extraits :

« Je voudrais retourner la main de ces enfants, leur dire que là, dans leurs paumes ouvertes, toutes ces lignes, c’est leur vie.
La vie.
Je voudrais leur dire la bonne aventure. Comme on retournerait le mauvais sort.
Secouer la paume offerte.
Embrasser.
Souffler.
Mon baiser n’effacera rien. Je sais.
Mais juste pour que l’air passe entre la main et ce qu’elle a formé, répété. Pour que le souffle ait une chance.
Refermer un à un les doigts là-dessus.
Je serre les poings. » (Comme on respire)

« Je marche au bord de la mer. Je respire.
J’ai besoin du large.
Une phrase s’est formée dans ma gorge à moi. « Je respire le même air que ceux qui font souffrir ».
J’ai horreur alors.
Je ne veux pas partager le même air.
C’est cela être humain ? C’est vivre en sachant cela ?
Je ferme les yeux. Je respire l’océan.
Ce qui entre dans mes poumons ne m’appartient pas.
Inspirons.
Expirons.
Nous sommes semblables.
Et c’est parfois terrifiant.
Qu’on ne me parle plus jamais de sécurité.
Il me faudrait une sécurité ontologique. Le trou de cette sécurité-là est un abîme et personne ne distribue de numéro. (Comme on respire)

 

Rulfo © Gallimard – 2009
Rulfo © Gallimard – 2009

La mère de Juan Preciado vient de mourir. Sur son lit de mort, elle a fait promettre à son fils de se rendre à Comala pour rencontrer son père. Elle lui a fait promettre puis s’est éteinte. Au début, Juan Preciado ne pensait pas se rendre à Comala. Il ne sait dire ce qui l’a fait changer d’avis.

Quoi qu’il en soit, le voilà qui arpente les ruelles du hameau de Comala. Il a choisi de rester même s’il a très tôt appris que Pedro Páramo – son père – est décédé. Pourtant ici, il n’y a en apparence nulle âme qui vive. Le silence pèse sur chaque pierre du petit village. Et pas un souffle de vent pour épargner le voyageur de la chaleur qui règne ici. Pourtant, au détour d’une ruelle, il n’est pas rare d’entendre des voix et après quelques instants à errer au milieu des habitations, des habitants apparaissent dans l’encadrement d’une porte. Les conversations s’engagent, le gîte est offert. Juan Preciado est épuisé de son voyage. Il s’enfonce rapidement dans un sommeil agité où il côtoie les indigènes, les vivants et les morts. Et à son réveil, le doute l’assaille. En ce lieu, les défunts semblent habiter les lieux.

Troublant roman de Ruan Rulfo, auteur mexicain. On erre entre rêve et réalité, un rêve éveillé où l’on ne parvient pas à faire la part des choses. On se perd entre passé et présent, on se demande si l’on n’a pas atteint le royaume des morts, on se questionne au sujet de notre guide – le narrateur -, est-il vivant ?

On avance pourtant dans la lecture de ce récit chorale où les narrateurs se succèdent, quelle que soit leur génération, ils racontent la vie de Pedro Páramo, celle de ses ancêtres et celle de ses descendants. Celle des habitants du hameau est intiment mêlée à la vie de cette famille.

Ici, la vie n’est que misère. Commérages et superstitions alimentent les conversations. Rien que du factuels dans cet univers rural étriqué où les voix des morts se mêlent à celles des vivants. Les anecdotes du passé sont le quotidien de ceux qui vivent encore, comme si l’histoire des uns et des autres ne pouvait pas être oubliée. Comme si les défunts bousculaient les vivants pour que ces derniers ne les oublient pas.

PictoOKUn roman atypique et complexe. J’ai eu du mal à rester concentrée durant la lecture. Rien n’est à sa place ici, présent en passé sont si enchevêtrés qu’il en est parfois difficile de savoir où se situer. Alors on lâche prise… et c’est peut-être ainsi que l’on profite le mieux de ce texte. Les bouts de récits patchwork s’organisent et l’ensemble prend tout son sens.

La chronique de Jérôme et la présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

Extrait :

« Il n’y avait pas d’air. J’ai dû boire celui qui sortait de ma bouche en l’arrêtant de mes mains avant qu’il ne s’échappe. Je le sentais aller et venir, de plus en plus imperceptible, jusqu’au moment où il est devenu si ténu qu’il m’a glissé entre les doigts à jamais. Je dis bien à jamais. » (Pedro Páramo)

 

Lagercrantz © Actes Sud – 2015
Lagercrantz © Actes Sud – 2015

« La revue Millénium a changé de propriétaires. Ses détracteurs accusent Mikael Blomkvist d’être un has-been et il envisage de changer de métier.

Tard un soir, Blomkvist reçoit un appel du professeur Frans Balder, un chercheur de pointe dans le domaine de l’IA, l’intelligence artificielle. Balder affirme détenir des informations sensibles qui concernent le service de renseignement des Etats-Unis. Il a également été en contact avec une jeune femme, une hackeuse hors du commun qui ressemble à s’y méprendre à une personne que le journaliste ne connaît que trop bien.

Mikael Blomkvist espère tenir enfin le scoop dont Millénium et lui ont tant besoin. Quant à Lisbeth Salander, fidèle à ses habitudes, elle suit son propre agenda. » (synopsis éditeur)

C’est avec plaisir que j’ai retrouvé les personnages de Lisbeth Salander et de Mikael Blomkvist. Nous les avions laissé quelque peu épuisés suite aux événements du troisième opus de la série (le procès de Lisbeth, la traque menée contre elle par son père). L’intrigue de ce quatrième tome se déroule dix ans après. Dix ans durant lesquels Lisbeth a imposé le silence et qu’elle refuse tout contact avec Blomkvist, dix ans durant lesquels elle continue à traquer les malfrats sur internet, dix ans durant lesquels Blomkvist fait son métier de journaliste… mais avec moins de passion.

J’avais apprécié les trois intrigues de Stieg Larsson (« Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes », « La Fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette » et « La Reine dans le palais des courants d’air ») et me rappelle encore lorsque, prise dans la lecture, j’étais incapable d’interrompre ma lecture malgré l’heure très tardive. Il y avait une réelle accroche, une fascination à l’égard de cet univers, une peur palpable quant à ce qui pouvait arriver à Lisbeth ou Mikael. Malheureusement, Stieg Larsson n’est plus et les quelques manuscrits qu’il a laissés (Larsson envisageait 10 tomes pour « Millénium » et avait déjà construit le squelette des 7 tomes non encore édités), structurant déjà la forme et le contenu des autres tomes de la série. Sa mort prématurée crée la discorde auprès de ses ayants-droits, sa femme s’opposant notamment à ce que la série se poursuive tandis que le frère et le père de Larsson y sont plutôt favorables. Ces derniers auront le dernier mot… et l’éditeur charge David Lagercrantz d’écrire ce quatrième roman.

Alors oui, lorsque j’ai appris la sortie de « Ce qui ne me tue pas » l’année dernière, je me doutais bien que j’y viendrais tôt ou tard. La curiosité de savoir comment Lisbeth et Mikael ont cheminé, l’envie de retrouver ces angoisses saisissantes induites par la lecture, le plaisir de côtoyer des personnages devenus familiers… Malheureusement, David Lagercrantz n’a pas le talent de son prédécesseur… il n’a certainement pas la même vision de l’univers et de ses protagonistes. Il arrive-là en terrain conquis. Il a certes accepté de relever un challenge ambitieux qui en aurait effarouché plus d’un et il a eu le courage de s’y attaquer. Mais même armé des notes de Stieg Larsson, son écriture ne lui arrive pas à la cheville. A l’instar des trois romans précédents, un temps est nécessaire pour installer tous les pions de l’échiquier narratif. En cela, je n’ai aucun grief à apporter. Il faut accepter d’attendre avant que la tension ne monte et ne vous assaille.

PictomouiLe bât blesse car la mayonnaise ne prend jamais réellement. Il y a bien quelques passages durant lesquels le rythme s’emballe, il y a bien quelques moments où l’on craint le pire pour les personnages. Mais Lagercrantz ne tient pas la longueur, bichonne ses personnages et rassure le lecteur prématurément. Dommage, car la force de « Millénium » tenait à cela, à cette particularité qui soudait le livre à nos mains, nous faisait vibrer et angoisser. Ce quatrième tome est plus lisse et s’il fouille correctement les différents sujets abordés (piratage informatique, espionnage industriel), il délaisse le travail de fond qui permettait à l’ambiance de nous saisir. bien qu’il soit bourré de références et de clins d’œil aux trois précédents tomes, bien qu’il permette à l’univers de peaufiner sa construction et qu’il apporte des informations que nous ne détenions pas sur le passé des personnages principaux (essentiellement concernant Lisbeth)… la claque escomptée n’est pas au rendez-vous et c’est bien dommage.

 

Aderhold © Le Livre de Poche – 2009
Aderhold © Le Livre de Poche – 2009

Tout commença par un soir de canicule. Alors que le chat du voisin avait profité – tout comme à son habitude – de passer d’un balcon à l’autre pour s’introduire dans le salon du narrateur, il passa la soirée en sa compagnie mais eu l’idée saugrenue de le griffer. Ni une ni deux, le narrateur, avant d’aller se coucher, balance le greffier par la fenêtre… un saut de cinq étages dont le félin ne se remit pas. Constatant l’émergence d’un élan de solidarité suite à la mort du chat, l’homme décide d’étendre ses méfaits à l’ensemble du quartier afin, en tout cas l’espère-t-il, de rallumer la flamme d’entraide qui peut rapprocher ses congénères. Le voilà parti pour zigouiller les animaux domestiques des alentours. Chats, chiens… il développe une technique imparable mais s’était sans compter l’intervention de Suzanne, sa concierge qui, sans le vouloir, sapait tous ses efforts. La pauvre ne se remit pas d’une soirée partagée autour d’un porto avec notre homme. Dès lors, il récidive avec le voisin envahissant d’un couple d’amis, un chauffard repéré sur l’autoroute ou bien encore l’agent qui traite son dossier à la Sécurité Sociale. Dans cette période, il prend la décision de saisir la moindre occasion de débarrasser la société des cons qui croiseront sa route. Récit farfelu et entrainant d’un tueur en série.

Pour son premier roman publié en 2009, Carl Aderhold ose le tout pour le tout en nous faisant profiter du récit initiatique d’un homme en tous points ordinaires qui va opter pour la voie du crime afin de soulager la société des empêcheurs de tourner en rond. Individu à l’humour vaseux, fonctionnaire qui expédie les administrés pour garantir sa tranquillité, clochard haineux et hargneux… c’est généralement le fruit du hasard qui met le personnage principal sur le chemin de ces personnes… personnes qui passeront de vie à trépas dans les jours qui suivent.

Le scénario nous amène à découvrir ses cas de conscience, ses motivations, son modus operandi… et explique comment il parvient progressivement à trouver un certain apaisement, un certain équilibre, grâce à ses crimes. C’est drôle, totalement insensé mais on ne peut s’empêcher de suivre ses pérégrinations qui offre une certaine bonne humeur et prête à sourire.

« Ce qu’il y a de particulièrement frappant dans l’histoire, c’est que non seulement les cons ont tout loisir de sévir, mais qu’en plus ils prennent la pose et, sans doute portés par le souffle du cataclysme qu’ils sont en train de déclencher, se croient obligés de délivrer quelques mots historiques. Je dirais même que l’on reconnaît à coup sûr un con en histoire à la fortune de son trait ».

Pourtant, le récit manque de souffle et rapidement, l’impression qu’il traîne en longueur se fait ressentir. Les morts de [supposés] cons s’enchaînent à une vitesse vertigineuse et je me suis demandée à plusieurs reprises où l’auteur souhaitait nous emmener. Interrompre la lecture devient rapidement une nécessité et j’ai longtemps hésité à refermer définitivement l’ouvrage sans aller jusqu’à son dénouement. Puis, soudainement, à la mort d’un personnage secondaire essentiel dans l’univers, le rythme de la narration change et l’accroche se fait. Le narrateur prend alors de la consistance et sa quête [l’éradication des cons] se structure. Les meurtres se poursuivent mais cette fois, la raison de chaque acte étant mieux définie, on plussoie. Dommage que ce virage dans l’écriture ne se produise qu’à la moitié du roman… je pense en effet de Carl Aderhold a perdu plus d’un lecteur dans ses tergiversations et que les quelques deux cent premières pages auraient mérité un écrémage.

PictomouiMalheureusement, un manque de constance ramènera le lecteur à son impression première puisque dans la cinquantaine de pages qui le sépare du dénouement, le récit reproduit les mêmes erreurs : il y a des longueurs, le narrateur tue à tour de bras comme s’il utilisait le moindre prétexte pour assouvir ses penchants meurtriers.

Le postulat de départ de ce premier roman de Carl Aderhold est sympathique. Pire même, il promet à son lecteur de passer un moment bien plus jubilatoire qu’il est réellement en mesure d’apporter. Le plaisir ressenti lors de cette lecture est un peu trop timide.

Extrait :

« A chacune de nos rencontres, notre liste conative s’allongeait. « Combien de cons trouvés aujourd’hui ? » me lançait Marie à la fin de nos séances.
Nous commençâmes par ceux qui nous paraissaient évidents, enfin sur lesquels il n’y avait pas de débat entre nous : le con joint, qui partage la vie de l’autre et finit par la lui pourrir (en moi-même, je pensai à Christine) ; le con sanguin, qui s’énerve pour un oui ou pour un nom, surtout quand son interlocuteur est une femme ou fait trois têtes de moins que lui, car le con sanguin est rarement un con fort (là, je plaçais le con de la tour) ; le con fraternel, celui qui vous prend en affection et ne vous lâche plus, gentil mais très vite pesant, toujours prêt à se mettre à pleurer et à vous reprocher votre dureté ; le con disciple, celui qui a trouvé un maître, ne jure que par lui, et n’a de cesse de vous convertir à sa vision (« Fabienne » me dis-je) ; assez proche de ce dernier, le con vecteur, qui propage la rumeur et les on-dit (entraient dans cette catégorie Suzanne et les concierges, mais aussi les cafetiers et parfois les journalistes) ; le con citoyen, qui trie ses ordures avec méticulosité, allant jusqu’à laver ses pots de yaourt avant de les jeter ; le con tracté, très répandu celui-là, qui s’énerve au volant (mon chauffard sur l’autoroute en était l’archétype) ; le con casseur, qui sévit surtout dans les banlieues (le fils du beauf au chien et sa bande)… Nous décidâmes aussi, pour plus de justesse et par souci de précision, d’instaurer des degrés dans leur niveau de connerie, entre celui dont c’est héréditaire (le con génital), celui qui reste égal à lui-même quelle que soit la situation (le con stable), celui qui bat tous les records (le con sidérant ou le con primé), et enfin celui qui est guéri (le con vaincu), ce dont moi-même je doutais fortement, pensant qu’il s’agissait d’un trait de caractère tandis que Marie, lui, penchait pour un état pouvant se révéler passager.
Puis il y avait ceux sur lesquels nous n’étions pas d’accord, en fait surtout lui car, dans mon envie de la plus large palette possible, je me montrais beaucoup plus conciliant. Il me contesta ainsi les cons courant le dimanche ou les cons tondant leur pelouse. » (Mort aux cons)

L’Inversion de la courbe des sentiments (Peyraud)

Peyraud © Futuropolis – 2016
Peyraud © Futuropolis – 2016

Lever à 6 heures, mal réveillé, mal luné, mal rasé, Robinson s’habille, sort de la chambre et quitte l’appartement. Amandine, de son côté, continue sa nuit… enfin, aimerait pouvoir continuer sa nuit mais un appel téléphonique la pousse à quitter la couette. Il fait un saut aux toilettes… juste ce qu’il faut pour qu’elle s’agace de le voir trainer encore un peu chez elle. Après tout, elle ne se voit pas engager une relation avec un mec rencontré sur un site de rencontres. Une fois l’énergumène mis à la porte, elle peut enfin se réjouir de la nouvelle : son amie Charlène est de retour en France après un voyage de plusieurs mois en Amérique du Sud. La journée s’annonce bien.

Dehors, il prend doucement le chemin de son appartement et tombe nez-à-nez avec son ex qui avait pris rendez-vous pour venir récupérer ses dernières affaires. Evidemment, il avait oublié. Et évidemment, elle est avec son nouveau mec. Il enchaîne en allant au travail. Tout aurait pu rentrer dans l’ordre si son père n’avait pas décidé de faire irruption pour lui annoncer que sa mère l’avait mis à la porte… et sa frangine qui lui annonce la disparition de son neveu. Autant finir la soirée en lisant les messages laissés sur le compte qu’il s’est ouvert sur un site de rencontres. Une sale journée en perspective.

Et si tout cela annonçait un changement majeur ?

Sur un ton bon enfant et bercé de couleurs pimpantes, Jean-Philippe Peyraud (« Le Désespoir du singe ») installe définitivement son personnage dans une période qui s’annonce délicate. Les mauvaises nouvelles font varier les contrariétés, le scénario place en quelques pages les cartes maitresses de l’intrigue. Le tout est agrémenté d’une bonne dose de cynisme et d’autodérision… la farce ne s’annonce aucunement oppressante mais en revanche, on peut logiquement se poser la question de savoir si elle est en mesure de capter notre intérêt. Et puis on avance dans la lecture, les couleurs perdent leur clinquant, les personnages s’enfoncent dans des problèmes qui les dépassent mais gardent la tête haute et le sens de la dérision. Des situations improbables surgissent, les mauvaises nouvelles pleuvent. On aspire à quelque chose de tangible, de crédible, on n’y croit plus et pourtant, progressivement, on se rend compte qu’on s’accroche à ces personnages, qu’on attend davantage d’improbable parce que tout en est devenu si probable. Le scénario risque gros mais parvient pourtant à ses fins. L’impression du début fond comme neige au soleil, on se rend compte que la petite historiette que l’on pensait quitter prématurément prend de la consistance et que les pages se tournent avec plaisir.

J’ai suivi le même mouvement à l’égard du graphisme. En début d’album, je le trouvais relativement insipide et ne donnant pas envie de prendre les personnages au sérieux. Et puis – presque sans s’en apercevoir – on est rentré dans la psyché des personnages et on s’aperçoit que ce dessin si naïf en apparence nous a dupés. Alors qu’on pensait que le trait se contentait d’effleurer des personnages, on prend conscience qu’il s’est attelé à nous livrer sincèrement, presque crument, des individus fragiles, bourrés de doutes, cherchant à se protéger maladroitement des mauvais coups que leur réserve la vie. Les yeux s’écarquillent, les épaules tombent, les sourires sont souvent timides… des expressions naturelles que les illustrations ne cherchent pas à surjouer.

PictoOKUn bon divertissement, c’est indéniable. Un accueil inattendu et une satisfaction surprenante. Alors que durant le premier quart d’heure de lecture je voyais déjà s’esquisser les « dispensable », « gentillet », « « longueurs inutiles » qui rythmeraient les arguments de ma chronique, j’ai été surprise par les rebondissements de cet album ainsi que par son aisance à nous surprendre.

Jean-Philippe Peyraud nous livre un album distrayant qui visite avec humour les jeux de l’amour et du hasard.

L’Inversion de la courbe des sentiments

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Jean-Philippe PEYRAUD

Dépôt légal : juin 2016

192 pages, 26 euros, ISBN : 978-2-7548-1198-9

Bulles bulles bulles…

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L’inversion  de la courbe des sentiments – Peyraud © Futuropolis – 2016