From Hell (Moore & Campbell)

From Hell
Moore – Campbell © Guy Delcourt Productions – 2000

Cet ouvrage volumineux ausculte à la loupe l’hypothèse de Stephen KNIGHT et les faits qui, selon lui, ont permis l’existence de Jack l’Eventreur.

Pour KNIGHT, la reine Victoria aurait sollicité les francs-maçons afin de l’aider à cacher l’existence d’un enfant illégitime du Prince Albert… et ainsi couper l’herbe sous le pied aux potentielles rumeurs et au chantage dont elle pourrait faire l’objet.

La théorie de KNIGHT inspire donc MOORE pour bâtir les fondations de From Hell et réaliser une fiction très réaliste qui se déroule à Londres, de 1884 à 1896, avec une partie conséquente consacrée à 1888, année des meurtres. Un prologue et un épilogue se situent dans une période plus récente (1923). On y voit deux hommes qui ne s’expliquent pas le fait d’être sortis indemnes (en apparence) de ces événements. L’influence des francs-maçons et leur rôle auprès de la couronne d’Angleterre, les enjeux de pouvoirs, les secrets d’État et la condition des femmes sont les principaux thèmes de cette œuvre qui est aussi détaillée et volumineuse qu’un roman.

Cet ouvrage me captive et me révulse à la fois. Une chronique assez difficile à faire car j’ai l’habitude de tenir compte de l’atmosphère créée par le scénario et le graphisme… et d’écouter mon ressenti sur l’ensemble. Il me semble qu’ici s’impose la nécessité de distinguer le fond et la forme.

Le fond tout d’abord : dans From Hell, nous avons un scénario hyper chiadé. MOORE une nouvelle fois fait preuve de justesse, de finesse, de diablerie tant il nous mène par le bout du nez et nous captive. Tout au long de la lecture, on ne peut que saluer l’énorme travail de recherche qu’il a réalisé pour écrire From Hell et construire une ambiance propre à cette bande-dessinée. L’intrigue, telle qu’il la construit, est aussi passionnante que crédible. MOORE nous fait entrer dans le cerveau de Jack l’Éventreur. Comment s’y prend-il ??? Quoiqu’il en soit, il parvient à nous rendre les motivations et les actes de l’assassin compréhensibles. J’en suis même venue à avoir un peu de pitié pour ce détraqué mental… Il campe un personnage à la fois habile, fragile, manipulateur et intelligent. Un Docteur Jekyll et Mister Hyde version MOORE. Ma-gni-fique !

From Hell – Moore – Campbell © Guy Delcourt productions – 2000

J’ai en tête des passages d’une force inouïe et d’une fluidité remarquable, tel ce chapitre qui confronte le Dr GULL (Jack l’Éventreur) et NETLEY (son cocher). Nous y faisons une visite guidée des principaux monuments de Londres, de leurs histoires, du contexte dans lesquels ils sont arrivés en Angleterre, de leurs significations mystiques et du pourquoi de leurs emplacements géographiques… ils interagiraient les uns avec les autres…C’est surprenant.

La forme enfin. Je n’accroche pas. Pourtant, la tonalité de ce graphisme est pertinente : oppressante et noire à souhait. Mais les dessins de CAMPBELL sont austères et desservent le scénario. Soutenir ce graphisme plus de 500 pages durant est lourd, pesant.

From Hell – Moore – Campbell © Guy Delcourt productions – 2000

On passe de cases fouillées, détaillées et agréables à des cases saturées et illisibles. Ce sont ces dernières que l’on trouvera en grande majorité. Les scènes de nuit sont souvent un gros gribouillage noir (bien que le rendu à l’écran soit meilleur que sur papier).

From Hell – Moore – Campbell © Guy Delcourt productions – 2000

Les scènes diurnes se passent généralement sous un Londres abondamment arrosé par la pluie…  (les auteurs ont fait des recherches et il semblerait que cette année-là, les précipitations aient été particulièrement abondantes) et sont tout autant illisibles que leurs consœurs nocturnes. C’est trop brouillon ! CAMPBELL sait retranscrire à la perfection certains monuments londoniens, ce qui n’est pas le cas des personnages. Les dessins sont grossiers, parfois vulgaires et régulièrement les personnages deviennent méconnaissables d’une case à l’autre.

PictoOKSe mettre dans la lecture de ce roman graphique n’est pas chose aisée. Les liens entre les protagonistes se tissent peu à peu mais j’aurais tendance à dire qu’il n’est parfois pas simple de saisir où l’auteur veut nous emmener. L’intrigue se met en place comme un puzzle, les 100 premières pages sont difficiles… car il faut raccrocher les wagons. Ensuite, la lecture sera plus fluide. Quand le premier meurtre arrive (au cinquième chapitre), le ton change.

Assez rapidement nous avons accès au second, plus sanglant… et ça va crescendo dans la descente vers l’enfer et la folie. Ouvrage de 500 pages, auxquelles on rajoutera environ 70 pages d’annexes (40 pages d’annotations de l’auteur qui partage les fruits de ses recherches) et une grosse vingtaine de pages intitulées « Le bal des chasseurs de mouettes » (postface dans laquelle MOORE nous donne son opinion sur la théorie de KNIGHT).

Mon abdomen a eu du mal a digérer cette pavasse dont j’avais gardé un bon souvenir de lecture. Il met mal à l’aise et dérange. Je revois donc mes copies et suis somme toute assez déçue à la relecture quelques 7 années plus tard, une relecture qui m’a pris environ 2 semaines !!

Une œuvre qui a été récompensée à plusieurs reprises : en 1993, From Hell a obtenu l’Eisner Award de la Meilleure histoire publiée sous forme de feuilleton. En 2000, un nouvel Eisner Award récompensait le travail de réédition et en 2001, l’album a été primé du Grand Prix de la Critique de l’ACBD.

From Hell,
une autopsie de Jack l’Éventreur

Roaarrr ChallengeOne Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Contrebande

Dessinateur : Eddie CAMPBELL

Scénariste : Alan MOORE

Dépôt légal : octobre 2000

ISBN : 978-2-84055-514-8

Bulles Bulles Bulles…

Un dessin tantôt dynamique tantôt plus doux.

Dans la planche qui suit, la première bande est très chargée et on sent un crayonné nerveux. La seconde bande ressemble plus à une aquarelle. Noir et blanc s’équilibrent. Une troisième bande assez minimaliste et épurée ou domine le blanc.

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From Hell – Moore – Campbell © Guy Delcourt productions – 2000

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

15 réflexions sur « From Hell (Moore & Campbell) »

  1. Pas lu cette BD que j’ai pourtant à la bib, mais ce graphisme ne me plait pas. Par contre, j’ai vu le film (excuse, j’en parle) et le l’ai trouvé très bien, surtout Johnny, ah, même opiomane, il est très bon !

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  2. Je découvre ton article après avoir mis le mien en ligne et je vois qu’on est plutôt d’accord sur la forme…Quant au fond, je me suis arrêtée à 100 pages, juste quand tu dis que ça devient plus facile à lire… Je n’ai pas eu le courage de poursuivre, ni de le reprendre 😉
    Mais j’ai bien aimé le film, preuve que le scenario était bon 😉

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    1. Je te comprends aisément. Pourtant, j’avais gardé un bon souvenir de ma première lecture !
      Vu le pavé que c’est, je comprends aussi que ce soit difficile de retenter l’expérience 😉 Si tu veux te frotter à un autre tueur en série, tente « Torso« 

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    1. Les deux supports sont différents. J’avais fait le chemin inverse : album puis film. Il m’a forcément manqué des choses dans l’adaptation cinématographique. Par contre, cette dernière est beaucoup plus lisible. J’ai eu beaucoup de difficulté à déchiffrer certaines illustrations de Campbell… un dessin un peu trop instinctif pour moi 😉

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