Ines (Dauvillier & D’Aviau)

Ines
Dauvillier – D’Aviau © Drugstore – 2009

Inès est une petite fille qui vit au milieu d’un couple qui se déchire. Un père violent et alcoolique et une mère qui n’a plus une once de confiance en elle pour tenter de prendre LA décision.

100 pages.

100 longues pages de violence verbale, physique, morale dans une ambiance en noir et blanc, ce qui accentue le contraste et accroît le sentiment de malaise.

Au milieu de tout ça, une petite fille évolue dans la petite bulle que tente de lui maintenir sa mère.

Huis-clos, on étouffe.

Coups, peurs, regards et pensées intimes.

Les dessins sont hyper expressifs, beaucoup de choses sont suggérées (la violence physique essentiellement, car la violence verbale est accessible).

Cette lecture donne un coup de sang comme jamais. La tension est palpable dès la première planche et le ton monte crescendo. C’est poignant, on ne lâche pas le bouquin tant qu’il n’est pas fini… mais c’est glauque, oppressant, malsain. Je suis très partagée sur cet ouvrage.

pictobofpictobofUn sentiment de malaise reste à la fin de la lecture, ce qui est inévitable compte tenu du thème de l’ouvrage… cependant toute cette violence nous a été donnée à voir et on ne peut que rester impuissant face à cette déferlante. Aucune morale à en tirer excepté les balivernes habituelles « le pot de terre contre le pot de fer », « c’était couru d’avance » ou encore « la pauvre, elle n’a pas eu de chance ».

Quel est le but de cette lecture ? Pourquoi est-ce un duo d’hommes qui en parle ? On prend logiquement le parti de cette femme battue et méprisée, mais qu’en est-il de cet homme malade englué dans son fonctionnement vicieux ? Et cette petite fille, ne voit-elle donc rien ? Alors « oui » trop de gens sont confrontés à cette réalité, et « non » je ne suis pas d’accord pour dire qu’il n’y a rien à faire !

La Preview est ici et Lo est d’un avis contraire au mien.

Ajout : un lien vers des interviews.

Inès

One Shot

Éditeur : Drugstore

Collection : Roman graphique

Dessinateur : Jérôme D’AVIAU

Scénariste : Loïc DAUVILLIER

Dépôt légal : mars 2009

ISBN : 978-2-356-26097-0

Bulles bulles bulles…

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Inès – Dauvillier – D’Aviau © Drugstore – 2009

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19 commentaires sur « Ines (Dauvillier & D’Aviau) »

  1. J’ai souvenir de n’avoir pas du tout aimé cette bd. A part faire pleurer dans les chaumières effectivement y’a rien… Même chose pour ‘in the clothes named fat’ je suis pas allée plus loin que qq pages du début.

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  2. Ben je commente assez peu de choses par rapport à ce que je lis, parfois par manque de temps, mais surtout parce que sur certains bouquins g rien à en dire (et dans ce cas précis vaut mieux encore que je m’abstienne). Tu es libraire? bonne soirée

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  3. bonjour Morue la fée, Je me permets d’intervenir en qualité d’auteur de ce livre. Je trouve que ta critique est intéressante. Avant « mon avis », il y a un petit texte critique qui te permet d’aller plus loin que le résumé donnait par l’éditeur. Ce que tu en dis me plaît beaucoup car on dire que tu écris notre note d’intention. tu dis « cette lecture donne un coup de sang comme jamais ». pourtant, si tu fais une analyse complète, tu observeras qu’à aucun moment nous ne prenons position pour l’un ou pour l’autre. Nous préférons laisser le lecteur prendre lui même position. Dans ton passages « mon avis », tu composes ta dernière note critique en deux parties. Dans la première, on peut lire « pourtant, cette violence nous a été donnée à voir et on ne peut que rester impuissant. » Une nouvelle fois, tu réponds à nos intentions. En qualité de lecture, tu te trouves à la fin du livre dans la même position que les voisins. Ils ont connaissances mais ils ne peuvent rien faire… pire, ils n’ont rien fait. Dans ta dernière partie, tu finis par une série de question. Encore une fois, tu te places dans la situation ou nous avons voulu te placer. Comme je te disais, nous ne nous sommes pas placés en donneur de leçon. Nous ne prenons pas parti pour l’homme, ni pour la femme. C’est le lecteur qui par son analyse de la situation va en tirer une conclusion. Bien évidement… comme toi, il va sortir avec une série de malaise… mais également avec une série de question. D’ailleurs, les questions que tu te poses ne sont pas d’ordre dramaturgique mais généraliste… le fait que nous soyons des hommes n’a aucune importance dans l’histoire. Pourtant, tu dis « pourquoi est ce un duo d’hommes qui en parle ? » Ce livre te fait te poser des questions généralistes sur le sujet… Nous sommes peut-être les voisins ? Nous sommes peut-être la petite fille ? Nous sommes peut-être la femme ? (la violence conjugale ne victimise pas que les femmes) Nous sommes peut-être l’homme ? Je suis très content de lire ta critique. Que tu es aimé ou pas, cela n’a pas d’importance. Dans tes mots, dans tes phrases, je peux lire que tu te places dans la situation ou nous voulions mettre le lecteur. Nous voulions faire réagir… je pense que c’est gagné. Loïc

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  4. C’est vrai que le malaise que l’on ressent tous à la lecture de ce livre est pour moi un élément de la réussite de la bande dessinée. Vraiment très réaliste, on est mal à l’aise, comme sûrement si on était victime ou témoin d’une telle situation. Les peurs au ventre de la mère sont très bien suggérées, on les ressent quasi physiquement… ! Quand je l’ai lu, je n’ai pas cherché à placer le livre au sein d’un débat sur les violences conjugales. C’est juste une histoire – très grave – qui m’a totalement embarquée, une histoire réaliste sur un thème que je n’avais jamais vu dessiné en BD.

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  5. Bien sûr, il n’y a aucune raison valable de ne rien faire, ni aucune raison acceptable d’exercer cette violence. Mais les faits sont là : l’alcool en rend plus d’un violent, et beaucoup de témoins ne font rien, ou rien à temps…

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  6. Merci d’avoir pris le temps de me répondre. Je trouve très intéressant qu’une discussion s’installe… C’est vraiment le but de ce livre. Pour répondre à ton besoin de t’isoler plutôt que de t’entourer, je peux te proposer un contre-exemple. La maison des femmes de Bordeaux utilise l’ouvrage pour libérer la parole. C’est donc l’inverse de l’enfermement. Je pense que l’on régit en fonction de son histoire… tu ne crois pas ? Depuis la sortie du livre, nous sommes surpris par les témoignages que nous recevons. Ces témoignages viennent parfois de personnes très proches… Ce livre a permis et permet de briser le silence… Cela n’a rien à voir avec l’enfermement. Comme je te disais,je pense que l’on réagit en fonction de son histoire. Je ne peux nullement affirmer que tu as eu tord en t’enfermant… C’est ta vision et je la respecte énormément. Concernant le message si fataliste… Malheureusement, Une femme meurt tous les trois jours de violences conjugales en France. Ce n’est pas de la science fiction. C’est un fait. Un créateur a le choix de représenter un monde idéal ou de tenter d’inscrire son travail dans le monde où il vit. La deuxième proposition est la mienne. Je crois que les personnes grandissent par les questionnements…. Et c’est ce que nous avons voulu (modestement) faire avec cet ouvrage. Nous avons voulu que le lecteur se pose des questions sans jamais imposer une vision. Voici un nouvel exemple. Des lecteurs pensent que la femme est morte mais certains pensent qu’elle n’est pas morte…. Lorsque l’on me pose la solution, je demande au lecteur ce que lui a vu. Sa réponse est la bonne…. Parce que moi, je ne sais pas ! Oui, la femme sort sur un brancard. Pourtant, le drap n’est pas relevé sur elle. Donc, ça devrait dire que la personne est vivante… Ma compagne est infirmière. Elle est confrontée à la disparition de malade. Lorsqu’une personne vient à décéder, le corps doit être évacué. Très souvent, le drap n’est pas posé sur le visage du défunt. La pose du drap provoque des réactions très fortes… et pour éviter cela, on évacue le patient sans le cacher. La mort est tabou en France. On tente de cacher nos morts… donc, pour l’inconscient collectif, une personne qui n’est pas dissimulée sous un drap n’est pas morte…Hors, c’est faux. Nous avons construit ce récit en pensant que le lecteur est le seul responsablede la fin de ce livre. Concernant la position de la voisine, tu peux te refuser à croire qu’elle représente « la masse ». C’est ton droit… Pourtant, c’est un fait. Une nouvelle fois, les associations comme la maison de Simone ou l’apafed (centre d’accueil) font un énorme travail pour que les mentalités évoluent. Dans les sujets abordés par ces asso., il y a un problème de vocabulaire… On parle souvent de dénonciation (terme qui fait écho à une sombre période) alors que le terme exact est signalement. J’ai bossé 5 ans sur ce livre. Je peux te dire que la solidarité ne signifie pas grand-chose dans le cas des violences conjugales. Il n’y a que les associations militantes… mais souvent, la famille, les amis, les voisins ne veulent pas voir. Je t’invite à visite les forums de discussion… accroche toi, tu vas découvrir la nature de l’homme contemporain. Dans la suite de ton message, tu parles de l’avenir de cette femme… Elle va pouvoir prendre des décisions. Si la femme est vivante, Dans un premier temps, ce n’est pas elle qui va prendre la décision mais une tiers personne (assistante sociale, juge à la famille, éducateur) qui vont la prendre pour elle. Le rôle des acteurs sociaux sera de l’aider à se reconstruire et à envisager une autre voix. Oui, nous avons fait un huis-clos oppressant. Tu as parfaitement raison… mais c’était notre but. Tu me dis qu’il ne t’est pas possible d’accepter de ne rien faire. Il en est de même pour moi (pour nous). C’est la raison qui m’a conduit à faire un livre sur le sujet. Je n’écris pas pour rassurer les masses, j’écris pour dénoncer, pour faire réagir. Lorsque j’ai présenté le projet à Jérôme, je lui ai dit : « il faut s’attendre à se prendre des retours très négatifs ». A notre surprise, les retours ont été très positifs. Ce livre est utilisé par des associations d’accompagnement…. C’est le plus beau des cadeaux que l’on pouvait nous faire. Nous avons fait des débats avec des femmes en foyer… avec des avocats, des psy… et c’est incroyable de se rendre compte que ce livre fait écho à une situation réelle. Je peux parfaitement comprendre que ce livre peut déranger… qu’il laisse un goût amer de fatalité…. Si nous désirons que les choses changent, nous avons (à notre niveau) le pouvoir de les faire évoluer… mais ce n’est pas en décrivant une situation idéale (ou idéalisée) que nous ferons bouger les choses. C’est la jusitification du ton de ce récit. Pour les associations de soutien aux femmes battues, tu auras compris que nous avons fait et faisons, des rencontres, des débats, des expositions des planches dans les centres. Hier, on m’a proposé une rencontre sur Angers (je suis à Libourne-Bordeaux)… j’ai accepté. Je veux accompagner ce livre… je veux être utile (à mon niveau) à cette cause. Concernant notre positionnement d’homme sur le sujet, je peux juste te dire que j’envisage mon travail d’auteur comme un acte militant. Si je suis un homme, je suis également une personne qui écrit. Mon parcours m’a amené à n’interroger sur ce problème. Je n’ai jamais été confronté directement à la question de la violence conjugale… par contre, indirectement, ça n’arrête pas. C’est d’ailleurs cela qui m’a amené à me questionner sur ce sujet. Je n’avais pas pour intention de faire un livre…. Et puis, cela a été une évidence. J’ai eu besoin de le faire. Contrairement à ce que tu crois, nous ne posons pas d’opinion sur le couple…. Si nous posons une interrogation claire sur la souffrance d’une personne, c’est celle de la fin (que je ne tiens pas à dévoiler ici). Je ne parlerai pas de la position de Jérôme. Elle est différente de la mienne de par son histoire. Je pense qu’en surfant sur le web, tu comprendras par ses mots, ce qu’il en est. En tout cas, la question que tu soulèves n’est pas la notre… mais puisque nous laissons le lecteur face à ses questions, nous ne pouvons qu’accepter celle que tu penses que nous nous posons. Merci à toi Loïc

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  7. Je ne désire pas que tu retires les pages de ton site. Tu fais un blog critique et je respect ton point de vue. Je n’attends pas que tu changes d’avis. Si des explications peuvent permettre de comprendre une démarche, il n’en reste pas moins que ton premier sentiment de lectrice est très très respectable. MERCI loïc

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  8. Le lecteur est devant une caméra de surveillance : il est témoin et ne peut rien faire. Le lecteur voit, apprend, ressent… Et finalement se fait un jugement, avec ça, et avec ce qu’il a vécu. Et c’est un procédé assez rare de narration, qui laisse toute la place au lecteur. Et une place qui nous manque : l’activité (c’est pas devant un shonen, bourré d’action que paradoxalement on est très actif). Sur le fond : je n’ai pas bien compris ce que tu reproches à la BD. Tu n’as rien appris ? Tu savais que le monde est d’un côté noir, et d’un autre côté blanc ? On dirait que tu reproches aux auteurs l’existence de ces violences insidieuses et secrètes (de la cellule familiale)… quand tu dis « pourquoi accepter le fait qu’il n’y a rien a faire face à la violence ». Moi j’ai compris pourquoi les femmes battues restaient si longtemps. Que tout n’est pas si simple que ça… et à lire tes remarques, je suis de plus en plus convaincu qu’ils ont réussi leur bouquin. J’ai été très ému par cette histoire, et par la découverte du moteur de cette femme, en particulier lorsqu’elle en prend conscience. Et au contraire de toi, je ne pense pas qu’il s’agisse d’une BD d’hommes !

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  9. Ping : Inès | K.BD

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