Silence (Comès)

Silence
Comès © Casterman – 1980

« Silence est « l’idiot du village » des habitants de Beausonge, petit bled perdu des Ardennes. Silence est muet.

A la solde d’Abel MAUVY, un exploitant agricole aussi méchant qu’avare, Silence est affecté à tous les menus travaux de la ferme de son « maître ». Ce dernier n’hésite pas non plus à proposer les services de Silence aux fermiers de BEAUSONGE, accentuant ainsi la dette des autres à son égard.

Une ambiance malsaine règne sur ce bourg dont on sent que ses habitants cachent un terrible secret… » (synopsis éditeur : Silence – Comès © Casterman – 1980).

Une vieille BD que voici et qui pourtant n’a pas pris une ride. Un univers atypique, une lecture qui semble austère de prime abord… mais on rentre facilement dans le récit.

La mise en bouche est signée Henri GOUGAUD. Il nous livre une magnifique préface. En voici un extrait : « Silence est un être que l’on oublie pas. Je le préfère à Comès. Il a la grâce, lui, il a le cœur ailé. Il est Comès dépouillé de ses pesanteurs. Comès a souvent la tête lourde, il n’y arrive pas, il s’empoisse dans des problèmes d’homme intelligent, c’est-à-dire des fadaises, mais inextricables. Pas Silence. Silence est un simple profondément et très naturellement religieux. Il est de ces gens sans malice (…). Silence n’a pas besoin d’avoir la foi, de se creuser des questions métaphysiques. Il sait. Ce n’est pas lui qui est ignorant et fou, c’est le monde qui ne se rend pas à l’évidence de son savoir, de sa lumière ».

Silence suscite de l’empathie. On oscille en permanence entre des extrêmes qui pourrait se résumer schématiquement à l’éternel conflit entre le Bien et le Mal. Le graphisme accentue cela : du noir, du blanc, jamais de gris sur le trait de COMES identifiable au premier coup d’œil.

Le récit fait s’opposer religion et superstition sans tomber dans la caricature. A cela s’ajoute un mélange d’onirisme et de fantastique. Et puis, avec justesse, nous voyons des gens simples  et rassurés par leur routine. Le changement, les étrangers… ils s’en méfient. Leur quotidien est rythmé par les travaux de la ferme fluctuant au gré des saisons, les « bonjours » lancés à la volée et le tube cathodique qui déverse son flot de programmes. On pourrait croire ces gens rationnels pourtant  leurs croyances parfois aveugles (religion, sorcellerie) démontre le contraire. Certains sont matérialistes, d’autres mesquins ou fourbes mais pas Silence. Il évolue au milieu de ces gens laids avec son faciès de primate et ses bulles de pensées sont écrites en langage phonétique, ce qui accentue le caractère tronqué du regard qu’il pose sur son environnement (compréhension altérée des choses et des sentiments, erreur d’interprétation des attitudes de chacun…). Mais Silence n’est pas sourd et capable d’interagir a minima avec les autres… a minima, car les gens comprennent ce qu’ils ont envie de comprendre. Dans cet album, il est donc question d’intégration et des difficultés qui y sont liées. Dans une interview, Comès avait déclaré « Je voulais illustrer le problème de l’incommunicabilité, et plus précisément la méfiance instinctive à l’égard des gens « différents », méfiance qui débouche souvent sur la violence ».

On nous invite à réfléchir sur ce que la Différence suscite. L’Autre qui ne pense et n’agit pas comme  » la masse  » fait peur. On s’en méfie mais du moment qu’il fait partie des meubles, on le tolère.

Lecture de mai pour k.bd :

PictoOKPictoOKUn incontournable.

Autres avis sur Silence : krinein, kriblogs (article plus complet sur Comès).

Autres albums de Comès sur le blog.

Extraits :

« Dans cette campagne ardennaise, où le Diable et le Bon Dieu font bon ménage, des êtres, comme « La Mouche » craints et redoutés, ont énormément d’importance, d’autant plus que la sorcellerie sert la haine ! Et la haine, ce n’est pas ce qui manque à Beausonge » (Silence).

« Le Cirque de la Gaieté !… Quelle dérision !… Un petit cirque minable assassiné par cette saloperie de télévision !… Il appartient à Julio, avec quelques crèves-la-faim comme lui, il sillonne les pays à la recherche d’une utopie ! » (Silence).

Silence

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

One Shot

Éditeur : Casterman

Collection : Les Romans (à suivre)

Dessinateur / Scénariste : Didier COMES

Dépôt légal : octobre 1980

ISBN : 2203332093

Bulles bulles bulles…

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Silence – Comès © Casterman – 1980

20 commentaires sur « Silence (Comès) »

  1. Félicitation pour cette chronique vraiment juste. Tu rends très bien l’univers de Silence. Vraiment, un album à part, un grand classique !

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  2. En effet je l’ai mis aussi dans ma liste d’incontournables, mon premier Comès… Et un jour, je ferais mon article dessus, c’est sûr!! 😉 Mais toi c’est la première fois que tu le lis?

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