Amer Béton (Matsumoto)

Amer Béton
Matsumoto © Tonkam – 2007

Noiro et Blanko sont deux gosses des rues surnommés « Les Chats » par les services de Police et les gangs de Takara.

Blanko a 9 ans, Noiro pas beaucoup plus, et ils font régner leurs lois dans « leur ville ». Côtoyant les chefs de gangs, les clochards et certains Yakuzas, « Les Chats » sont respectés. Entre passages à tabac, quelques amitiés éparses et de petits accords… ils survivent tantôt profitant d’un vieux couple de restaurateurs qui les a à la bonne, tantôt ne comptant que sur leurs modestes ressources issues du vol et du racket. Mais la vie est rude pour des petits orphelins, sans aucun adulte pour leur apporter une protection bienveillante et leur fixer des repères stables.

Ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes, se soutiennent, se protègent et se réconfortent. Mais la folie n’est pas loin.

Après quatre essais de lecture infructueux, un pitoyable record atteint de la page 22 (!)… et grâce au soutien de mon coach ^^, je suis parvenue sans soucis à lire d’une traite (presque) cette intégrale de plus de 600 pages.

La difficulté à rentrer dans ce récit est avant tout due aux graphismes campant des personnages à la limite du vulgaire, mettant en avant des visages déformés voire grimaçants, des perspectives (premiers plans, arrières plans) tronquées… je trouve cela assez peu esthétique. S’ajoute à cela un scénario assez saccadé en début d’album, des échanges qui sautent du coq à l’âne à l’image de cette garde-à-vue présente dès la 6ème planche où le prévenu ressasse inlassablement la même musique du « c’est pas moi » et l’un des flics qui divague sur sa libido avec son collègue « vous savez, je suis complètement frigide ». Je n’aurais la certitude que plusieurs planches plus loin que cet agent de police est un homme qui tente de se repérer dans sa nouvelle affectation et fait entendre à qui veut que « j’ai vraiment envie d’tirer un coup d’flingue »… Un Inspecteur Harry un peu frustré donc. Enfin, l’accueil que nous réserve Blanko, l’un des « Chats » m’a bien refroidie. Petit garçon égaré entre son monde imaginaire et la réalité, il parle de lui à la troisième personne et aime à inventer des chansons éphémères. La première que nous entendons est celle-ci :

La deuuumer, la deumer fait plof plof… la teeeeub, la teub fait bim-bim… et les eiiiinsss, font zoiiiiiiing !! ».

Bref, une entrée en matière difficile.

Passé le cap de la page 22, le rythme s’assoit, les principaux personnages sont repérés (deux autres viendront s’ajouter rapidement) et les quelques repères que nous pouvons comprendre de cet univers s’installent. On adhère rapidement à ce type d’ambiances graphiques, mi structurées, mi-déstructurées et le recours réguliers à des angles de vue déformants colle très bien au récit. Ces éléments contribuent à donner une âme et matérialisent Takara comme un personnage principal de l’histoire à part entière, obligeant ses habitants à s’adapter à elle en permanence. On y côtoie des petites frappes, des Yakuzas, des SDF… des gens pas toujours recommandables et mais assez attachants. De l’autre côté de la médaille, deux flics intègres difficile à cerner (il nous faudra pour cela avancer loin dans la lecture). Qu’à cela ne tienne, cela contribue à faire planer un des nombreux mystères qui se dévoileront petit à petit.

L’auteur aborde ici le thème des violences urbaines, de l’individualisme. Une société en mutation matérialisée par cette ville étrange où des crocodiles nagent dans le fleuve et des tortues déambulent en liberté dans les rues de la ville (entre autre). A la frontière entre un monde imaginaire peuplé de chimères et de vieux démons, une satire sociale caricaturant notre réalité, ce récit se veut optimiste malgré tout. Il s’appuie pour cela sur des valeurs telle que l’amitié, l’entraide et la confiance. Même le plus noir des personnages de ce monde ne masquera pas ses faiblesses et la présence de Blanko, enfant étrange au milieu de cette cohue, viendra apporter un peu de poésie à un monde qui en est dépourvu. Chaque personnage ici présent se bat contre sa propre folie, entre névrose et psychose, il est parfois difficile de faire la différence et de trouver le juste milieu.

Album récompensé d’un Eisner Award – Meilleur Album (série japonaise) en 2008.

PictoOKL’ultime objectif (atteindre la page 44, soit le double de mes tentatives précédentes) est finalement venu à bout de mon scepticisme puisque j’ai du, au final, mettre moins de 2 heures pour m’engouffrer cette intégrale.

Ce que les copains de k.bd en ont pensé : David et Champi. Cette lecture m’a également été conseillée par Choco dans le « Faites-moi lire » du mois de mai.

Une lecture que je partage dans les BD du mercredi de Mango.

Extraits :

« – Dis-moi frère. Ces fameux Chats sont-ils aussi fort qu’on le dit ?
– On raconte des choses terribles à leur sujet. On dit qu’ils volent par dessus les immeubles et aussi qu’ils tuent des Yakuzas. Ils sont déjà une légende » (Amer Béton).

« Dans cette ville, si on donne sa confiance à quelqu’un, on ne vit pas longtemps » (Amer Béton).

« C’est Dieu qui a fait tous les hommes hein ? Alors pourquoi il a pas fait tout le monde pareil ? » (Amer Béton).

« Les êtres humains ont tous peur de l’obscurité. Alors ils allument des lumières partout. Ils ne veulent voir que les bons côtés de cette ville et essayent d’oublier toutes les ombres qui s’y trouvent » (Amer Béton).

Amer Béton

Roaarrr ChallengeIntégrale (les 3 tomes ont été publiés entre 1996 et 1997)

Éditeur : Tonkam

Collection : Découverte

Dessinateur / Scénariste : Taiyou MATSUMOTO

Dépôt légal : avril 2007

ISBN : 978-2-7595-0007-9

Bulles bulles bulles…

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Amer Béton – Matsumoto © Tonkam – 2007

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22 commentaires sur « Amer Béton (Matsumoto) »

    1. oui, le dessin n’est vraiment pas évident… mais en insistant, l’histoire se laisse découvrir avec plaisir… Mais j’ai eu du mal tout de même pour me lancer

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  1. Une oeuvre majeure sans aucun doute. A la hauteur d’un Akira par ses thèmes et sa qualité.
    Et oui parfois, il faut laisser ses apriori sur le côté pour découvrir ce genre de choses.
    Sous la violence, il y a une sorte de poésie urbaine avec cette ville-mère et ces enfants sauvages en quête d’un idéal. C’est passionnant !
    Bravo à ton coach !

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    1. mon coach sur le coup-là, c’était Choco ^^ Pas évident en tout cas d’aborder cette pavasse mais oui, je ne suis pas restée insensible à la poésie de cet album et à ces enfants, mais j’ai eu du mal à les comprendre et à les accepter

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  2. Jamais lu celui-là (ni number 5 malgré les injonctions répétée de mon amoureux) mais je suis en train de lire Samouraï Bambou du même auteur et je dois dire que j’aime bien… En tout cas cet auteur semble capable de nous faire entrer à chaque fois dans des univers bien différents, aussi bien au niveau de l’histoire qu’au niveau du graphisme.

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    1. pas sure. Les ambiances graphiques jouent un role important dans l’adhésion que l’on peut avoir avec une BD. D’autant qu’ici, 600 pages… c’est une affaire ^^ Si tu n’aimes pas, je crois qu’il y a une production BD suffisamment importante pour se consoler avec d’autres choses ^^ Balade Balade de Kokor par exemple ^^

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    1. mdr. Il y a mieux avec le triptyque de Lorsque nous vivions ensemble (je crois que chaque tome fait près de 700 pages). Mais ça vaut le coup d’oeil ^^

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    1. Une très belle lecture oui ! Je ne sais pas si vous l’avez lu et si ce n’est pas le cas, je ne doute pas que vous passerez un bon moment en compagnie de cet ouvrage
      Au plaisir de vous lire

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