Malamine (Edimo & Mbumbo)

Malamine
Edimo – Mbumbo © Les Enfants Rouges – 2009

Malamine vit à Paris depuis 10 ans. Arrivé en France en 1997, il y fait des études universitaires en économie et les finance avec un poste de brancardier. Au quotidien, il est confronté chaque jour aux normes d’une société  différentes de celles auxquelles il était habitué.

Malamine s’est construit un nouveau tissu relationnel en France. Entre directeur de thèse, réseaux d’entraide et cercles hebdomadaires de parole, il s’est assuré des lieux pour parler de sa situation, partager une forme de nostalgie, revendiquer ses origines. Mais les Africains qu’il côtoie ont des conceptions et revendications parfois bien différentes des siennes et il est difficile de faire la part des choses…

J’ai eu besoin de plusieurs planches avant d’accepter (en partie) le récit. Les allers-retours passé/présent ont freiné ma lecture, les jeux d’ombre et de lumière ne permettent pas toujours l’identification des personnage. Pour le reste, il y a un côté chaleureux à cet album qui nous permet de « voir » les difficultés inhérentes à un déracinement à court, moyen et long termes. Pourtant, je suis restée extérieure aux personnages. Théoriquement, on comprend leurs difficultés mais individuellement, je n’ai eu aucune empathie pour eux, excepté pour une jeune femme de leur communauté qui m’a réellement surprise (arrivée clandestinement en France, elle se fait plaquer par son ami qui bénéficiait d’un titre de séjour de longue durée).

Migrants, cultures, acculturation, intolérance, racismes et fanatisme : voici les thèmes majeurs de cet album… et de nombreux sujets sous-jacents en découlent. Les auteurs parlent de problèmes de logement, de précarité et de classes sociales, de difficulté d’obtention de titres de séjour, du sentiment de déracinement et de celui de l’utilité sociale, de la difficile acceptation de soi, de solidarité… mais également d’une forme d’aliénation qui résulte de tout cela. Étonnamment, la barrière linguistique est très peu présente. Logiquement, la question du racisme est récurrente, faisant fi de la couleur de peau : racisme des blancs vis-à-vis des noirs et inversement, racismes inter-ethniques. Tout est à double-tranchant, y compris cette rassurante solidarité inter-africaine qui vient rompre la sphère de l’isolement par moments et accentue une sorte de rancœur, exacerbant ainsi le sentiment de rejet et le fait d’avoir une place « à part » dans la société… Théoriser pendant des heures sur l’avenir de l’Afrique et le positionnement de la France à son égard n’est pas aidant en soi. Et le héros est très doué pour théoriser et assez ambigu. Issu d’une classe sociale aisée (dans le sens où sa famille a pu lui assurer des études en France, le poste de brancardier viendra par la suite), Malamine est également très cultivé contrairement à la majorité des Africains qu’il fréquente en France. Il sait lire, écrire et est en apparence intégré mais il est aigri par le manque de reconnaissance de ses diplômes et compétences, il se vit en victime.

pictobofDe cet album, je retiens un constat : les difficultés rencontrées par les migrants les empêchent de prétendre à toutes perspectives d’avenir (excepté le personnage de l’éditeur de Malamine, aucun Noir de cet album n’est réellement intégré car cela semble impossible).

Je crois qu’il n’est pas bon de maintenir collées les étiquettes sous prétexte d’une couleur de peau. Je trouve ce récit intéressant mais pathétique, pertinent mais trop peu fouillé pour être crédible. Disons que ce qui ne me plait pas, c’est que ces deux auteurs camerounais ne nous laissent pas réellement la possibilité de penser différemment d’eux…

David et Mathilde proposent un regard totalement différent sur cet ouvrage.

Malamine

« Un Africain à Paris »

One Shot

Éditeur : Les Enfants Rouges

Dessinateur : Simon-Pierre MBUMBO

Scénariste : EDIMO

Dépôt légal : septembre 2009

ISBN : 978-2-35419-022-4

Extraits :

« Ce que ce peuple est vulgaire… Pourquoi donc imposer ses instincts sexuels aux autres ? Et ils vont dire que c’est moi l’animal » (Malamine).

« – Que fais-tu dans la vie Malamine ?
– Je suis Docteur en Économie de la Sorbonne.
– Oui. Et tu fais quoi dans la vie ? » (Malamine).

Bulles bulles bulles…

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Malamine – Edimo – Mbumbo © Les Enfants Rouges – 2009

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6 commentaires sur « Malamine (Edimo & Mbumbo) »

  1. Juste une remarque sur ta conclusion :
    « Je trouve ce récit intéressant mais pathétique, pertinent mais trop peu fouillé pour être crédible. Disons que ce qui ne me plait pas, c’est que ces deux auteurs camerounais ne nous laissent pas réellement la possibilité de penser différemment d’eux… »
    Au contraire, ils offrent une ouverture. Expliquant que l’intégration n’est possible que si elle est volontaire et qu’elle n’est pas pas une fin en soit, surtout quand l’arrivée en France est vécu comme un traumatisme. Le choix est là, le choix est présent à chaque page de l’album même. On n’est pas dans le cliché ici. Ils prennent le parti de parler d’un intellectuel, d’un homme qui pourrait rentrer dans les cadres de « l’immigration choisie ». Ils montrent le pourquoi du départ et proposent une belle vision de la femme africaine.
    Je ne fais pas partie de la communauté africaine, il est donc difficile pour moi de juger. Mais je trouve le propos d’une grande cohérence. On peut parler de points de vue mais pas d’absence d’ouverture.

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    1. on a arrêté de philosopher sur Malamine avec David ^^ Je ne sais pas si tu as eu l’occasion de lire cet album, je ne l’ai pas trouvé chez toi en tout cas. Je suis parfois assez tranchée sur des sujets sensibles comme celui-ci

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