Les Rues de Sable (Roca)

Les Rues de Sable
Roca © Guy Delcourt Productions – 2009

Un jeune homme a un rendez-vous important. Il doit rejoindre sa compagne chez leur banquier pour signer un contrat de prêt. Ils vont devenir propriétaires. Mais il flâne, lit un Tintin et oublie tout simplement le rendez-vous jusqu’à ce Marie l’appelle. Elle conclura en un : « aujourd’hui, c’est ta dernière chance. Si tu veux vivre sur la Lune, c’est sans moi. Compris ? ». Vite, trouvez un faux-prétexte justifiant son retard, tenter vainement d’annuler le rencard au bistrot avec Loïc et se résoudre à passer par la vieille ville… le chemin le plus court jusqu’à la banque.

Le soucis ? C’est qu’il n’est jamais parvenu à s’orienter dans le dédale des rues de la vieille ville et immanquablement… il se perd. Il tourne en rond pendant des heures. A la tombée de la nuit, il entre dans un hôtel pour demander son chemin et rencontre alors des personnes pour le moins originales.  L’atmosphère est particulière et ne ressemble en rien à ce qu’il connaît. Il a quitté la réalité et pénétré dans une autre dimension.

Si vous me dites que vous ne connaissez pas Paco Roca je vous dirais « Mensonge ! » car je suis sure qu’au minimum vous avez vu passer Rides sur les blogs, un album sur la maladie d’Alzheimer publié en 2007. Il semblerait d’ailleurs que cet album soit en cours d’adaptation au cinéma.

En apparence, le thème est ici plus léger que Rides.  Roca nous emmène dans un univers fantastique et revisite Alice aux Pays des Merveilles. Mais Alice n’est pas la seule référence que nous verrons passer : vampires, êtres mythiques et mystiques, savant fou… Chaque personnage est ici affairé à un objectif unique, tout autant personnel qu’inutile voire absurde. Chacun est touchant à sa manière, on est ému par la fragilité de certains à l’image de ce vieux monsieur affairé à préparer son départ pour quitter ce lieu étrange. Mécaniquement, il passe ses journées à préparer méticuleusement ses baguages en suivant à la lettre la petite liste qu’il s’est préparée : lampe, boussole… Une fois le sac prêt, il laisse passer quelques instants pour savourer le résultat et ouvre le sac, le vide et recommence inlassablement. Jour après jour, il répète ces gestes plusieurs fois. On croisera aussi une jeune postière muette qui distribue aux habitants de l’hôtel et de ses alentours des lettres qu’elle écrit elle-même. Vous l’aurez compris, il est question de manies, de quêtes personnelles, d’angoisses aussi. Tous vont chercher un sens à donner à leurs existences, une raison d’être dans cette petite communauté. Chaque personnage est original, on sourit, on s’étonne de ces attitudes visiblement stériles mais qui caricaturent avec pertinence nos petits travers. De bien étranges personnages vivant dans un lieu intemporel tout aussi étrange.

On s’embarque tête baissée dans l’histoire accompagné par un graphisme agréable, une « ligne claire moderne » en quelque sorte, qui colle à merveille au rythme du récit. Les découpes de planches nous sont familières, le dessin de Roca s’inspirant ouvertement de la BD franco-belge (découpe de planche, gestuelles des personnages…). Dès la première planche, l’auteur nous met d’ailleurs la puce à l’oreille avec un clin d’œil à Hergé. Une utilisation de « l’espace-planche » assez conventionnelle mais les choix de colorisation de Roca donnent un accent très tonique à ce monde. Les expressions de visage et les émotions sont  mises en valeur. Ces ambiances graphiques ont un petit côté exotique très agréable. Dès que le personnage principal entre dans la vieille ville, les teintes des planches changent et on se retrouve autant déboussolé que notre héros. De surprises en découvertes, on savoure les codes décalés de cet univers et on s’y sent bien. Les dialogues sont présents avec parcimonie, on se régale avec des planches muettes et des décors fascinants. Le mystère qui entoure ce monde est préservé jusqu’à la dernière planche, c’est assez jouissif.

Une lecture que je partage avec Mango.

Mango

Un voyage très agréable dans un monde onirique. J’ai eu beaucoup de plaisir à me laisser surprendre.

L’avis de Jeangs, de Paul, d’ActuSf.

Les Rues de Sable

One Shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Mirages

Dessinateur / Scénariste : Paco ROCA

Dépôt légal :2009

ISBN : 978-2-7560-1159-2

Bulles bulles bulles…

Avant tout, des planches sont en ligne sur le site de l’auteur.

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Les Rues de Sable – Roca © Guy Delcourt Productions – 2009

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21 commentaires sur « Les Rues de Sable (Roca) »

  1. Ayant a-do-ré « Rides « , je vote tout de suite pour cette BD! J’aime aussi beaucoup les dessins nets et simples de Roca. Je suis ravie que tu en parles aujourd’hui!

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  2. Bon, j’ai honte mais…., non, je ne connaissais pas du tout Roca ! Oups ! Voilà donc deux titres à rajouter d’urgence à ma longue liste à lire, merci de cette découverte ! 😉

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  3. Il faut que je découvre Roca, peut-être d’abord avec Rides. Mo’, as-tu demandé des BD à l’opération Masse critique. Moi, deux: le journal d’une bipolaire de Samson et Gina.

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    1. oui, Rides est parfait pour commence ^^ et oui pour Masse Critique, je ne me suis positionnée que sur les BD : Le journal d’une bipolaire et Quitter Saïgon, j’espère que j’aurais la possibilité de découvrir l’un de ces deux albums via Masse Critique et puis, j’aime beaucoup cette Maison d’Edition

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  4. Ayé, moi j’ai enfin lu le Rides de Roca ! 🙂 billet mercredi certainement !
    Rien à voir avec l’album par lequel j’ai découvert l’auteur (le jeu lugubre) mais très chouette en tout cas !

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