L’Homme de mes rêves (Nadja)

L'Homme de mes rêves
Nadja © Cornélius – 2010

Kate est dans une sale période. Fragilisée par une rupture sentimentale, elle flirte un temps avec la dépression. Ses amis la soutiennent dans ce moment douloureux, jusqu’à sa rencontre avec Quentin qui va progressivement la faire sombrer dans la solitude, l’horreur et lui faire endosser le rôle de la femme-objet. Un déclic, une onde de choc, et Kate décide de se reprendre en main.

Connaissez-vous Nadja ? Peut-être, peut-être pas, en tout cas, je trouve qu’il serait dommage de se priver de la présentation de l’auteure faite par Cornélius en troisième de couverture :

« Nadja voit le jour à Alexandrie en 1955. Après une rapide visite de la ville, elle décide de poursuivre son enfance au Liban, dont une partie de sa famille est originaire. Arrivée sur place, elle s’assied sans attendre à une table et entreprend de crayonner copieusement la toile cirée, manifestant d’évidentes prédispositions pour l’indépendance et le dessin. A cinq ans, tombant dans la presse locale sur un article vantant la qualité des cercles parisiens, elle croit comprendre qu’on l’attend là-bas. Cette grossière erreur d’interprétation l’amène à finir sa scolarité dans une école française. Quelques vingt années plus tard, elle écrit et dessine Chien bleu, qui devient aussitôt un immense succès en libraire. Elle entame alors une prolifique carrière d’auteurs pour enfants, qui lui amène la gloire, le bonheur et la fortune. Sa route croise un peu plus tard celle de la famille Cornélius, qui lui propose de lui faire une place à table. Nadja saisit sans attendre cette occasion pour partir à la conquête du lectorat adulte, qu’elle convertit aussi sec à sa verve inimitable. Elle partage aujourd’hui son temps entre la peinture, l’écriture et le dessin, s’obstinant à ne faire en toutes circonstances que ce qui lui chante. Et tout ça nous donne de bien beaux livres ».

A faire le choix de reprendre cette présentation fort sympathique, je pense que vous l’aurez compris, j’ai adoré cet album. Pourtant, j’étais assez sceptique  au moment de l’acheter, pris le temps de feuilleter et refeuilleter l’album plusieurs fois et même une fois inséré dans ma Pile à Lire, je n’ai eu de cesse d’en reculer la lecture, pensant que je resterais extérieure au récit. En apparence, le graphisme semble bien sombre, voire austère. Et puis, à force de me faire de l’œil pendant pratiquement un mois, j’ai balayé mes appréhensions, pris ce livre à bras le corps et me suis confortablement installée pour le voyage. Les premières planches ne sont pas évidentes, le temps de s’habituer au graphisme. Des gris verdâtres prédominent et sont ponctuellement rehaussés par de rares touches de rouges vifs (la bouche et les chaussures de l’héroïne) et du rose pale de sa peau. L’atmosphère est austère, le ton est mélancolique, on sent Kate fragile, perdue, ballotée. Et puis, à une quinzaine de planches du début, c’est l’accroche… me concernant. On est troublé, on voudrait prendre Kate sous notre aile. Narrateur, elle nous guide dans les dédales de ses angoisses. Nadja nous fait perdre nos repères dans une subtile alternance de planches muettes, de dialogues et de « bulles de pensée ».

Ce thriller sentimental nous noue le ventre. Des scènes d’une violence non dissimulée s’offrent à nous avant de nous projeter, éberlués, dans un autre espace-temps pour voir Kate tenter de maintenir un fragile équilibre et rester du bon côté de la fine frontière qui sépare la raison de la folie. Passé, présent, futur, on voyage de manière fluide dans le récit. Réalité et monde onirique se chahutent en permanence. Il n’y a pas de pudeur ici, une réalité crue troublante, une détresse saisissante dans le regard de Kate, un corps de femme instrumentalisé. On aurait parfois envie de parler de « sac de viande » tant Quentin le manipule sans ménagements. Les traits des personnages ne sont pas beaux, mais la vie est-elle en toute occasion de toute beauté ?? Peur, désir, tristesse… les émotions et les sentiments de Kate nous assaillent au point de les ressentir physiquement. On oublie le livre que l’on tient dans les mains, l’histoire nous happe.

Un album qui m’a été conseillé par Marie de La Librairie Arcade à Toulouse (merci Marie !!^^). Cette chronique intègre, au titre du conseil, le Challenge « PAL Sèches »

Je partage également cette lecture avec Mango et les participants aux

Mango

PictoOKQuelle claque ! Un récit marquant qui nous égare entre monde imaginaire et réalité, fantasme et viol, désillusion et espoir. Un récit à la première personne qui nous fait passer par des émotions aiguës, tantôt malsaines, tantôt réconfortantes. A lire, j’ai besoin de vos avis !

L’avis sur Moratoireogm.

Extrait :

« J’étais dans cet état d’étrange insouciance que produit parfois la tristesse. Cette sorte de lucidité qui libère… Enfin qui libère… Disons qui donne une impression de liberté… Sans doute à cause du détachement… Rien de pire ne peut vous arriver… donc rien n’est très important » (L’Homme de mes rêves).

L’Homme de mes rêves

One Shot

Éditeur : Cornélius

Collection : Paul

Dessinateur / Scénariste : NADJA

Dépôt légal : août 2010

ISBN : 978-2-915492-80-4

Bulles bulles bulles…

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L’Homme de mes rêves – Nadja © Cornélius – 2010

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29 commentaires sur « L’Homme de mes rêves (Nadja) »

    1. Je comprends bien. J’ai beaucoup hésité malgré le conseil de ma libraire et je suis rentrée malgré tout assez sceptique dans cette lecture. Au final, le style graphique se marie très bien avec l’ambiance du récit et la personnalité de cette héroïne. J’ai hésité à parler de cet album aujourd’hui à cause du graphisme justement. Bon, chez moi c’est passé… ça m’a un peu chamboulée ^^

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  1. immpossible de me faire au graphisme de Nadja. c’est ballot parce que je rate sans doute de belles choses, mais il n’y a rien à faire, ça ne passa pas.

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    1. C’est la première fois que je la lis alors je n’ai pas de recul sur son travail. Cette histoire m’a happée en tout cas. Il y a quatre personnes, dans les blogolecteurs que je connais, que j’imagine pouvoir lire cet album à vrai dire. Tu en fais partie ^^ Du coup, je suis curieuse de la réaction des trois autres ^^

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    1. Je ne me représente pas ses travaux jeunesse à vrai dire. Et tu trouves le mot juste en plus pour décrire certains passages : dérangeants. Mais j’aime assez sa manière de décrire une réalité crue, sa manière de semer le doute entre rêve et réalité, entre angoisse/fantasme/sentiments… J’irais jeter un œil à ce qu’elle a fait au préalable mais tu sais, à part avec Monsieur Lutin, je ne suis pas adepte des albums jeunesse en général. J’ai besoin d’avoir le livre en main pour me décider, surtout sur ce type de graphisme. En tout cas, ce thriller sentimental m’a vraiment plu. Il y a des visuels qui m’ont vraiment marqué mais ne voulant pas « heurter la sensibilité des plus jeunes », je me suis abstenue. Nadja est une auteure à suivre en tout cas !

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  2. Parce que je ne connais pas Nadja et pour la claque dont tu parles, je note cet album, qui pourtant, ne m’aurait pas forcément attiré de lui-même. Heureusement que les bd du mercredi existent 😉

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    1. Je dirais même plus : heureusement que les libraires existent ! 😀 Honnêtement, je ne me serais pas arrêtée sur l’album en voyant la couverture ! Pourtant, il s’est vraiment passé quelque chose pendant la lecture ^^

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  3. J’ai découvert le travail de Nadja grâce à la trilogie La forêt de l’oubli que j’avais beaucoup aimé ! J’en avais parlé il y a quelque temps. Les planches que tu montres sont très significatives je trouve, son univers est envoutant, l’ambiance est très particulière, on aime ou pas ! J’ai bien envie de lire celle ci !!

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    1. je suis retournée voir ta critique car je ne mettais aucun visuel derrière ce titre… et effectivement, j’avais réagit sur le graphisme. Du coup, je ne fais plus la fine bouche comme je te disais en commentaires ^^

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    1. Je ne suis pas certaine que tu accroches avec cet album un peu spécial. A vrai dire, je ne sais pas si c’était un bon choix de présenter cet album aujourd’hui 😀

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    1. je ne suis pas sure que cette BD soit une bonne idée de lecture. Tu te lances depuis peu dans la BD et ici, le graphisme n’est pas très accessible. Un thriller au dessin plus accessible : Page noire ou Le réflexe de survie.
      Et en bon polar je ne peux que te conseiller Blacksad ! En manga : Undercurrent peut-être ?
      J’en ai peut sur le blog, je suis amatrice du genre mais plutôt en roman.

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    1. tu faisais partie des rares que j’imaginais pouvoir se lancer dans ce récit à vrai dire ^^ Le graphisme n’est pas évident. J’ai repéré chez Noukette un album jeunesse de Nadja qui me tente assez (ambiance d’ocres, rouilles chaleureuse). Je tenterais une lecture jeunesse pour une fois

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    1. Un espoir de perdu, 10 de retrouvés non ? ^^
      En fait c’est principalement « à cause » du graphisme qui n’est pas facile d’accès. J’imagine donc que des lecteurs moins férus de BD aient peu ou pas envie d’y aller

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  4. Je connais ses albums et bien sur le magnifique Chien bleu, par contre j’aimais de moins en moins son style et je vois qu’elle fait des BD, je vais me procurer celle là même si le thème me semble bien difficile, mais je suis curieuse de la lire, merci pour l’info il y a tellement de production même en bossant en bibliothèque on arrive pas à tout voir, c’est fou quand même, alors vive les blogs !!!

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    1. Il y a des scènes qui sont « hard » dans celui-là, je ne l’ai pas assez bien précisé dans mon avis. Certaines scènes sont crues, mais pas indécentes non plus

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