Pedro et moi (Winick)

Pedro & Moi
Winick © Ça et là - 2006

Judd Winick est né en 1970 aux États-Unis. En 1993, « il se présente au casting de l’émission The Real World, le reality show de la chaine MTV dans lequel sept personnes partagent une maison durant six mois. Judd est sélectionné pour participer à la troisième saison de l’émission : Real World San Francisco. A son arrivée, il se lie d’amitié avec Pedro Zamora, 22 ans, d’origine cubaine, homosexuel et séropositif. Pedro veut utiliser l’émission pour sensibiliser les américains à la prévention et la lutte contre le SIDA. Pedro est moi est le récit de cette histoire vraie« .

Touchant, il n’y a pas réellement d’autre terme pour décrire cet album qui en a fait polémiquer certains. Les américains savaient certainement mieux à quoi s’attendre (cette émission TV ne fait pas partie de notre culture) et nombreux ont été ceux qui ont soupçonné Judd Winick de profiter de l’aura commerciale dont bénéficie encore aujourd’hui Pedro Zamora (figure incontournable de la lutte contre le SIDA aux États-Unis).

Étrange au début puisqu’il nous est tout d’abord nécessaire d’accepter (difficilement) l’idée qu’un récit authentique s’appuie sur un reality show pour se construire et qu’une amitié sincère puisse naître sous les feux constants des projecteurs… 6 mois durant. Et pourtant, ces deux jeunes hommes de 22 ans sont sincères et font voler en éclats le cadre superficiel du contexte de leur rencontre. Dans ce cadre design et médiatique, Pedro n’a qu’un objectif  : informer et prévenir des risques du SIDA, montrer au public qu’on peut vivre avec le SIDA et casser les clichés sur la maladie. Judd, en revanche, n’a rien à perdre… rien à gagner. Dans une période professionnelle difficile, il se lance en aveugle dans cette expérience avec deux grosses valises de préjugés sur les personnes séropositives (il a a été informé par l’équipe de MTV qu’un participant avait le VIH). Il ne cherche pas à cacher son ignorance en la matière.

« – Mais je vais te dire un truc : si je suis pris et qu’il y a une personne séropositive dans la maison, je te parie qu’on sera dans la même piaule.
– Pourquoi ?
– Chanceux comme je suis… ».

L’amitié qui va naître entre eux est, à mon grand étonnement, sincère et crédible. Ce comics consacre un bon tiers de son récit à présenter Pedro et Judd (une sorte de biographie). Puis vient le récit de cette expérience originale, 6 mois pendant lesquels les participants vont vivre en permanence sous le regard des téléspectateurs. Sur le groupe de 7 participants rapidement présenté au début, nous n’en verront réellement évoluer que 3 1/2 (avec Pam, une jeune femme qui suit des études en médecine, ils vont former un trio d’amis très soudés… une quatrième personne viendra butiner dans ce groupe vers la fin). Le ton de la narration de la dernière partie est plus larmoyant, c’est la douleur suscitée chez les proches de Pedro (Judd et Pam en font partie) dont l’état de santé se dégrade à une vitesse vertigineuse.

Disons-le, la couverture américaine de cette BD est hideuse (vous pouvez contempler ses couleurs criardes et le « sourire Ultra-Brite » de Pedro sur le visuel de droite). L’éditeur français a fait le nécessaire auprès de l’auteur pour la modifier sans quoi, je n’aurais jamais sorti ce livre des rayons. Le ton est enjoué sur une grande partie de l’album malgré la dureté du thème. L’auteur relate chronologiquement son expérience 7 ans après le faits. De  l’euphorie provoquée par le contexte de l’émission à la mort de Pedro, on passe par un panel de sentiments assez large. Il utilise, souvent de manière excessive, la caricature (déformation des visages) pour marquer une réaction. J’ai aimé ce recours important à l’humour et à l’auto-dérision pour faire passer la gravité de certains passages. En toute modestie, Judd Winick témoigne de son expérience, de son amitié avec Pedro et de l’admiration qu’il lui voue : « quand on y réfléchit, Pedro jouait bien plus gros que nous. Il débarquait dans un environnement inconnu et possiblement hostile. C’était risqué pour lui ». Le discours est sincère, dépourvu de toute pudeur mais respectueux. Certains pourront trouver ce témoignage pathétique, moi pas. L’auteur ne cache pas sa souffrance, il la partage avec nous.

Le dessin n’est pas particulièrement soigné, souvent imprécis (sur certains passages, j’ai peiné à faire le distingo entre Judd et Pedro et les traits des personnages secondaires sont grossiers et caricaturaux) mais on s’en moque tant cela ne gêne pas la compréhension globale. C’est « très comics » (ambiance graphique, agencement des visuels).  Sur un autre récit, j’aurais certainement fait un grief majeur de cette veine graphique car nous avons un agencement des planches qui permet une lecture fluide… je me suis régalée.

Une BD que je partage avec Mango et les participants des

Mango

Un album qui marque. Je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec Pilules Bleues qui traite ce même thème bien plus subtilement tout de même. La qualité de Pilules Bleues n’est donc pas présente mais le récit de Winick est intéressant. Une œuvre récompensée outre-atlantique (vous pourrez le constater sur le site de l’auteur).

Un témoignage qui a récemment été adapté (téléfilm ? Film ?). Quant à ce comics, je vous propose les avis de Krinein (qui revient sur la polémique qu’a suscité cet album… prenez aussi le lien qu’il propose vers AAAblog, c’est instructif et musclé, surtout en commentaires !).

Pedro & Moi

One Shot

Éditeur : Ça et là

Dessinateur / Scénariste : Judd WINICK

Dépôt légal : avril 2006

Bulles bulles bulles…

Pedro & Moi – Winick © Ça et là – 2006
Pedro & Moi – Winick © Ça et là – 2006
Pedro & Moi – Winick © Ça et là – 2006

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

17 réflexions sur « Pedro et moi (Winick) »

  1. L’histoire est intéressante et je lirais avec plaisir cette BD si je la trouve bien que les dessins ne me plaisent pas particulièrement. Heureusement en effet que la couverture ait été changée! Celle-ci est quand même plus attirante!

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    1. je crois que c’est la sincérité des sentiments décrits dans l’album qui m’ont convaincue. Avec le mélange SIDA + « Big Brother », j’étais tout de même rentrée assez sceptique dans la lecture. Ensuite, c’est vrai que l’on n’a pas les éléments, ici en France, pour juger du contenu de la polémique que cet album a suscité Outre-Atlantique. Me connaissant, je sais que si Loanna écrivait une BD racontant sa relation dans le Loft avec Jean-Edouard sous couvert d’une révélation, je n’irais pas lire. Comme quoi, des fois mieux vaut ne pas connaitre le contexte pour s’orienter vers un ouvrage ^^

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    1. Pedro & Moi n’a pas la finesse de Pilules bleues. La sincérité est là mais le récit n’a quand même pas la qualité des albums de Peeters. Soulignes le titre si tu veux, mais peux-être pas en rouge ^^
      Après, le parallèle est facile à faire, peu d’albums parlent du SIDA aussi ouvertement

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  2. Je n’en n’avais pas entendu parler mais si elle est touchante comme tu le dis, il n’y a pas de raison qu’elle ne me plaise pas, même si je ne suis pas certaine d’accrocher aux dessins…

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    1. si tu n’as pas lu Pilules bleues de Fred Peeters, je te conseille de te tourner en priorité vers Peeters.
      Ps : je ne parviens pas à aller te lire aujourd’hui !! J’ai vu chez Mango que tu avais lu un Lapière mais je n’en sais pas plus !

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    1. oui, Pilules bleues en priorité ! ^^ Et concernant cette journée particulière, ça me semblait important de parler du SIDA aujourd’hui via mon blog

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  3. Je ne connaissais pas du tout, même si je me souviens vaguement que les journaux avaient parlé un peu de cette affaire, à l’époque. Je trouve le sujet très intéressant et sensible. Je crois que je vais le rajouter à ma liste à lire… surtout que, personnellement, je trouve les dessins sympathiques, malgré tout!

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    1. Bonjour et bienvenue ici !
      Je l’ai déjà dis aujourd’hui mais sur ce thème, je conseillerais en priorité Pilules bleues, le témoignage y est plus sensible, plus touchant. Pour les graphismes, c’est vrai que l’accroche est plus subjective. Je parle de mon ressenti mais après tout… ça reste personnel. C’est pour ça que je fais le choix de mettre des visuels

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    1. Le côté flashy, on n’y est moins habitué ici. J’ai inséré un lien dans mon article vers une publication du blog de l’éditeur. Son article mentionnait que le témoignage de Winick avait été adapté en film et il donnait également l’information que l’éditeur américain avait, pour l’occasion, réédité Pedro & Moi. La nouvelle couverture américaine ressemble étrangement à celle de l’édition française… ça me pique moins les yeux ^^

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    1. oui, je pense que c’est le genre de récit avec lequel « ça passe ou ça casse ».
      J’essaye de soigner mon côté fleur-bleue de temps en temps et maintenir un bon équilibre lacrymal. Pas évident… de raconter autant d’âneries… pfff, allez… je sors de mon blog pour la peine ^^

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