Woyzeck, tome 1 (Battaglia)

Woyzeck, tome 1
Battaglia © Mosquito – 2003

Quatrième de Couverture :

« Il était une fois quatre personnages, appartenant à quatre récits différents imaginés par de grands écrivains du Romantisme allemand. Ils étaient jeunes, imaginatifs, emportés mais fragiles. Mais au fond, ces quatre garçons, créatures de E.T.A. Hoffmann, d’Adalbert de Chamisso et de Georg Büchner, n’étaient peut-être qu’un seul et même personnage. A eux quatre, ils formaient un unique aventurier du bizarre ou de la démence. C’est aujourd’hui le dessin de Dino Battaglia qui nous révèle cette obscure analogie. Outre le plaisir qu’il nous procure, c’est là le type de « révélation graphique » que peut nous faire un grand dessinateur comme Battaglia lorsqu’il se laisse imprégner, puis largement inspirer, par des textes dont la puissance a déjà captivé des milliers de lecteurs ».

Les nouvelles adaptées dans ce recueil : Olimpia et La maison déserte (E.T.A. Hoffmann), Peter Schlemilh (Chamisso) et Woyzeck (Büchner).

Cet album est assez troublant et je pense que ce sentiment est provoqué par  la découverte d’une nouvelle ambiance graphique. Il règne ici une atmosphère où récit et dessins forment une curieuse harmonie.

J’ai oscillé entre fascination et répulsion à la lecture de ces récits dans lesquels les personnages conservent une grande part de mystère. On les cerne difficilement, ils sont fragiles et restent très pudiques. Des 64 planches de ce récit se répand une ambiance graphique envoutante dans laquelle les personnages se noient dans leurs propres aliénations. La tension et la fascination montent crescendo à mesure que l’on s’enfonce dans les chapitres. Ne connaissant pas les récits originaux, je me suis laissée surprendre en tous points.

Les jeux d’ombres, les expressions de visage et le récit qui parfois joue les grands absents, ces différents éléments nous invitent à nous perdre dans  les recoins de ces visuels, en quête d’indices rassurants. Il plane ici une ambiance morbide où la magie nourrit ce monde mi-réel mi-fantastique. Seule l’adaptation de Woyzeck a créé chez moi un sentiment de malaise, me laissant la désagréable impression d’être perdue en pleine asile… doux euphémisme pour ceux qui connaissent ce récit. Les dessins de Battaglia sont réellement originaux, riches en détails. J’ai du mal à définir cette ambiance où le dessin très libre donne naissance à une impression de lourdeur (l’ambiance est pesante, les personnages sont maudits).

Identifiant mal les techniques de dessin utilisées par Battaglia, j’ai fait quelques recherches sur Internet. Les propos qui suivent sont extraits de ce Mémoire de Recherche :

A la différence d’autres dessinateurs plus «commerciaux», Battaglia prend le temps d’élaborer son travail jusqu’à parvenir à un équilibre satisfaisant de la page. (…) Cherchant à obtenir l’effet sfumato des tableaux du XVIe siècle, il cherchera divers tissus et matériaux, du velours à la laine en passant par la soie jusqu’à ce que, un jour où il s’était coupé en se rasant la barbe, il réalise les propriétés du coton hydrophile absorbant le liquide et le restituant de manière extrêmement légère sur la feuille, sans qu’une quelconque trame de tissu apparaisse. Les tampons d’ouate lui ont été d’une grande utilité pour donner un aspect plus vague et des contours moins déterminés pour créer ou restituer des atmosphères fantastiques notamment. Il cherche – et parvient – à créer de véritables «symphonies» visuelles où les images et la narration trouvent une cohérence dans le rythme. (…) Dino Battaglia voyage entre vie éternelle et angoisse de la mort.

Après la Seconde Guerre Mondiale, les éditions imposent de travailler au pinceau car la plume n’avait pas un rendu exceptionnel après impression et aussi parce que cette dernière est un outil qui s’use plus rapidement. Mais Dino Battaglia persévère et s’obstine à utiliser une petite plume «Conté» avec laquelle il arrive à se familiariser en la maniant alors aisément. Pour des raisons «alimentaires», il fait tout de même quelques concessions : il accepte de faire de la bande dessinée. L’illustré ne se vend plus autant en ces années de misère mondiale. Au départ, il n’est pas très enthousiaste de se mettre à ce genre de dessin, il illustre dès qu’il le peut. Puis, au fur et à mesure que son talent est reconnu, il peut imposer ses choix techniques et ses sujets. Et de ce fait, il prend goût à la bande dessinée. Les possibilités graphiques de démultiplier une scène en autant de vignettes que nécessaire l’intéressent beaucoup. Son but est avant tout de pouvoir s’exprimer par le biais d’images. Mais Dino Battaglia aime travailler et dessiner en noir et blanc, il peaufine les nuances de gris à la perfection. (…) Dino Battaglia a surtout travaillé l’adaptation. (…)

Les visages sont en général ce qu’il trace en premier, grâce à sa petite plume «Conté» trempée dans l’encre de Chine. Le papier est une spécialité allemande de trente-sept par vingt-cinq centimètres. Ensuite, il donne des effets sfumati avec ses tampons d’ouate ; pour exprimer la vivacité de certains mouvements ou la profondeur de certains champs, il se sert d’un rasoir pour gratter le papier. La vignette achevée, il la couvre d’un mouchoir afin qu’elle ne l’influence pas dans l’élaboration des autres, et ainsi de suite. Une fois la planche terminée, il ôte tous les mouchoirs, et la page est exposée face à la lumière de sorte qu’il la regarde à l’envers. Cela a pour but d’éprouver l’équilibre entre le noir et le blanc de cette unité de papier.

Un style de dessin expérimental et une mise en page originale qui n’a pas été sans me rappeler Sergio Toppi (que j’ai plus de plaisir à lire).

PictomouiUne ambiance dérangeante qui m’a donné l’impression d’être totalement novice à l’égard du Neuvième Art. J’ai perdu pied de chapitre en chapitre et même si le voyage visuel restera en souvenir, je dois dire que la désagréable sensation que m’a laissée la dernière nouvelle de ce recueil me laisse dubitative. Je poursuivrais cependant ma découverte de cet auteur.

L’avis de Paul. Des articles plus généralistes sur Battaglia sur ActuaBD, BDZoom et Wiki.

Sergio Toppi rend hommage à Dino Battaglia sur le site de l’éditeur.

Woyzeck

Tome 1 : Les romantiques allemands

Série en cours

Éditeur : Mosquito

Dessinateur / Scénariste : Dino BATTAGLIA

Dépôt légal : juin 2003

ISBN : 2-908551-55-1

Bulles bulles bulles…

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Woyzeck, tome 1 – Battaglia © Mosquito – 2003

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

11 réflexions sur « Woyzeck, tome 1 (Battaglia) »

  1. Eh bien moi, j’aime vraiment beaucoup Battaglia et ses adaptations très sombres. Il y a aussi un Maupassant réédité chez Mosquito qui vaut largement la peine.

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    1. Je crois que c’est la dernière nouvelle qui a influencé mon ressenti sur l’album. Mais le Woyzeck (de Büchner) adapté ici par Battaglia a quelque chose de dérangeant, l’ambiance est très spéciale. Je ne suis pas sure d’avoir compris le sens de cette nouvelle à vrai dire, c’est peut-être ce qui me déplait. Je regarderais pour l’adaptation dont tu me parles, je pense que c’est celle-ci : Contes de guerre

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      1. Oui, c’est bien ça. Je ne l’ai pas celle-là, je l’ai juste lu il y a un bout de temps déjà. Celle que j’ai c’est celle de ta chronique, qui ne se feuillette pas comme ça en passant, on peut y revenir plus d’une fois 😉

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    1. je viens d’acheter l’album dont me parlais Ys. Je vais voir si je poursuis ensuite sur Battaglia mais c’est tout de même un type de graphisme qui change des canons de beauté et… ça fait du bien ^^ Comme pour Toppi, même si je voyage moins avec Battaglia (pour le moment en tout cas)

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    1. Oui, j’ai du mal à à me faire une idée sur un auteur juste avec un album. A moins que la déception soit de taille (Tsuge, Yuki…). J’ai du mal à trouver une référence franco-belge à chaud.

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