Maria et moi (Gallardo & Gallardo)

Maria et moi
Gallardo – Gallardo © Rackham – 2010

Maria est une jeune autiste de 12 ans qui vit avec sa mère aux Canaries. Ses parents sont séparés et, en toute intelligence, ils ont su s’organiser pour lui permettre d’avoir des temps privilégiés avec chacun.

Parfois, Maria part avec son père pour un court séjour. C’est le cas dans ce récit puisque nous les accompagnons tout deux pour un voyage d’une semaine dans une station balnéaire de la Grande Canarie. Nous allons donc découvrir El Dorado Beach, un paradis pour les touristes allemands. Miguel nous raconte ce qu’implique la quotidienneté avec Maria, un mélange de complicité et de rituels nécessaires  au bien-être de sa fille. Quant à Maria, on peut rapidement constater que malgré son handicap, cette enfant est pleine de vie et que sa maladie ne l’empêche pas de se faire des amis et de profiter pleinement des excursions qu’elle fait avec son père.

Découverte d’auteur(s) permise  par mes escapades virtuelles quotidiennes. Le traitement d’un thème aussi délicat que l’autisme a attiré ma curiosité. Cette BD s’inscrit dans le registre des témoignages qui abordent la question du handicap.

Dans cet album de petit format à la couverture rigide, beaucoup d’humour et de la fraicheur (malgré la chaleur des Canaries). Le thème de l’autisme est abordé de manière naturelle, sans tabous, sans pathos, sans drame. Aucune plainte, aucune affliction, le narrateur/auteur relate simplement quelques jours de sa vie aux côtés de sa fille. Pourquoi cet épisode en particulier ? Pourquoi le choix de cette découpe si spéciale en très courts chapitres (de deux à quatre pages maximum) relevant plus de l’anecdote que du réel récit construit et détaillé ? Ce style de narration me fait penser, à tort peut-être, aux albums de Guy Delisle (la simplicité du graphisme joue en faveur de la portée des dialogues). En aucun cas, ce récit peut être considéré comme pédant, c’est un partage et le témoignage de tout l’amour que ce père a pour sa fille. On s’intéresse réellement à la petite bulle que se construisent Maria et Miguel, ce dernier nous fait profiter d’un éclairage bienveillant sur l’organisation de la quotidienneté et nous donne quelques une de ses clé pour comprendre les mécanismes de l’autisme (du moins, les manifestations de sa maladie chez sa fille). Le récit est tendre, amusé et ludique.

Le graphisme est beaucoup moins séduisant, une alternance entre des strips et des anecdotes illustrées. Le trait est imprécis, simplifié à l’extrême et les décors sont des accessoires très peu détaillés. L’album est en noir et blanc, quelques touches de rouge font ressortir des détails (un tee-shirt de Maria, ses pommettes qui rosissent, le coup de soleil du père et j’en passe). Cela donne un côté pétillant à leur quotidien, la lecture est ludique. Si, pour le lecteur, les dessins de Miguel Gallardo sont réellement accessoires (pur point de vue personnel), ils sont d’une importance capitale pour Maria. Depuis qu’elle est petite, son père croque toutes les personnes qu’elle rencontre, les lieux qu’elle côtoie… il conserve tous ces dessins dans ses carnets et parfois. Il se sert de cette base de portraits et/ou paysages pour compléter un jeu de cartes qu’il a réalisé pour sa fille : « une des choses qui amuse le plus Maria est que je lui dessine les gens qu’elle connaît. Outre mon carnet, j’ai apporté un jeu de cartes plastifiées où figurent tous ses amis et proches. Elle adore montrer et dire le nom de chacun ». Un moyen ludique d’aider Maria à stimuler sa mémoire.

Passé le récit de leur séjour à El Dorado Beach, de menus propos viennent compléter l’album : les pictogrammes que Maria utilise pour se repérer dans le déroulement de ses journées (se lever, petit-déjeuner, aller à l’école…), un court aperçu des différentes manifestations de l’autisme (accès d’hilarité, répétition de mots ou de phrases…)…

Suite à une chronique de Mitchul, j’ai rendu une petite visite à mon libraire. Cette lecture intègre donc le Challenge Pal sèches

PictoOKUn album original, intéressant, drôle et touchant. Un témoignage qui véhicule des représentations positives sur la maladie. La bonne humeur de Maria est communicative.

Je vous propose de découvrir les 21 premières pages sur Digibidi et un court métrage réalisé par Miguel Gallardo sur l’autisme (explications et vidéo sur le site de l’éditeur). Cet album a bénéficié du soutien de la Fondation Orange qui lui consacre un article sur son blog.

Les chroniques en ligne : Mitchul, bd.blogs-sud-ouest et BDParadisio. Un album qui ne fait pas que des heureux.

Si la question du handicap vous intéresse, vous pouvez également lire L’Ascension du Haut Mal ( David B), La Parenthèse (Elodie Durand), L’orchestre des doigts (Osamu Yamamoto) ou Journal d’une bipolaire (Emilie & Patrice Guillon et Sébastien Samson) pour les récits biographiques ou autobiographiques. Pour les fictions, je vous citerais volontiers Silence (Didier Comès), Exauce-nous (Frédéric Bihel et Pierre Makyo), Mon année (Jean-David Morvan et Jiro Taniguchi), Missy (Hallain Paluku et Benoît Rivière) ou Blast (Manu Larcenet).

Extraits :

« El Dorado Beach est une réserve naturelle d’allemands. Protégés par leur bracelet, ils peuvent déambuler dans tout le complexe sans craindre de se faire mordre par des natifs » (Maria et moi).

« Je me figure (je suis très imaginatif) que Maria peut voir la composition moléculaire du sable ou bien qu’elle y voit des mondes au complet, des étoiles ou… tout simplement du sable qui tombe. En tout cas quand le sable glisse entre ses doigts, Maria est heureuse. Des heures et des heures à voir pleuvoir des grains de sable… comme un sablier » (Maria et moi).

« Un mur invisible se referme autour de Maria quand on la voit pour la première fois ou la croise quelque part. Un mur d’étrangeté et de peur de l’inconnu. Au début, on ne sait comment se comporter. Mais ceux qui parviennent à la connaître, même de manière fugace, sont contents de constater que le mur qu’ils avaient suscité n’est pas si haut. Il est vrai que Maria a les sens très aiguisés pour percevoir le rejet, elle n’accroche que ceux qui sont prêts à lui prêter un peu d’attention et à l’écouter. Certains sont tombés amoureux de Maria et comprenant, après quelques minutes de conversation, que ce n’est pas si difficile de communiquer avec elle. Maria est directe, sans arrières-pensées, elle fait confiance à (quasi) tout le monde et quand elle te décoche un sourire… tu craques ! Mais attention les amis… Maria n’est pas faite pour les petites natures, si tu lui plais pas (ou lui plais trop)… elle te pince très fort ! » (Maria et moi).

Maria et Moi

One Shot

Editeur : Rackham

Dessinateur : Miguel GALLARDO

Scénaristes : Maria GALLARDO & Miguel GALLARDO

Dépôt légal : novembre 2010

ISBN : 2878271343

Bulles bulles bulles…

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Maria et moi – Gallardo & Gallardo © Rackham – 2010

13 commentaires sur « Maria et moi (Gallardo & Gallardo) »

  1. Le thème m’attire beaucoup mais le graphisme aurait tendance à me rebuter ! Disons que cela passerait pour un emprunt en biblio mais pas pour un achat … je sais ce que je vais leur suggérer d’acheter donc (à moins que ce ne soit déjà sur leur liste de commande !)

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    1. oui, il m’a un tenu un temps à l’écart du récit mais force est de constater qu’il va bien avec l’état d’esprit général de l’album

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    1. je comprends tout à fait cette remarque. Je ne peux que l’approuver mais avec un autre dessin, je ne sais pas ce que cela aurait donné en fait. Le graphisme sert le ton humoristique et inversement…

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  2. Je le note (même si suis quasiment certaine de ne pas le trouver dans mes contrées… mais bon vais aller jeter un oeil quand même avant de faire ma mauvaise langue). 😉
    J’étais tombée en médiathèque sur une BD très touchante sur la trisomie (l’arrivée d’un enfant trisomique dans une famille, en l’occurrence celle de l’auteur): « Le coeur enclume » de Jerôme Rouillier (Sarbacane). J’en avais parlé ici: http://lencreuse.over-blog.com/10-categorie-11186241.html

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    1. la référence que tu me donnes m’intéresse et les éléments que tu donnes dans ta chronique me font dire que cette lecture pourrait me plaire. Je ne suis pas (encore ??) totalement convaincue par la série en cours de Morvan et Taniguchi dans Mon Année qui parle de la quotidienneté d’une petite fille trisomique et de sa famille. C’est certainement trop tôt pour dire que cette impression est définitive (un tome paru sur une série annoncée en 4 tomes)… Pour le moment, je trouve le récit agréable mais un peu fade. En tout cas, j’irais voir pour me procurer Le cœur enclume. Merci du conseil !

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  3. Ton article est une mine de renseignements, on sent ta maîtrise du sujet moi qui ne suis qu’une pâle ignorante. Enfin.. Toutefois, le dessin franchement ne fait pas envie, heureusement que tu communiques ton émotion de lecture sinon le dessin serait assez rébarbatif..

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    1. ah !! oulà !! ^^ non, je ne maîtrise pas tellement l’autisme. J’ai eu l’occasion d’accompagner quelques personnes autistes dans le cadre de mon travail mais cette maladie est tellement complexe et ses signes sont tellement différents d’un individu à l’autre que je manie le sujet avec des pincettes ^^
      Ravie d’avoir attiré ton attention sur cet album. Un ouvrage certes atypique mais si on parvient à dépasser le dessin (disons-le : pas très beau), je pense qu’on a beaucoup de choses à apprendre de ce témoignage

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