Block 109 (Brugeas & Toulhoat)

Block 109
Brugeas – Toulhoat © Akileos – 2010

1953.

Depuis plus de 10 ans, l’Allemagne vit à l’heure de la Guerre. Hitler a été assassiné en 1941, les principaux cadres du parti nazis ont été pendu dans la foulée. Himmler est alors nommé au poste de Chancelier et en profite pour créer le Nouvel Ordre Teutonique afin de contrer l’influence des S.S. Il meurt accidentellement en 1947. Dans le mois qui suit, Zytek est élu Président du Grand Conseil du IIIè Reich.

Entre temps, les États-Unis, l’Asie, l’Angleterre ont été rayées de la carte, l’Afrique agonise et l’Amérique latine est le terrain de guerres civiles sanglantes. Seule la Russie tient tête à l’Allemagne, engagée dans une course à l’armement nucléaire. En parallèle, les scientifiques allemands ont développés un virus capable d’éradiquer toute forme de vie sur Terre…

Voilà, je vous ai servi l’entrée mais, je vous rassure, le reste du menu n’est pas plus réjouissant.

En somme, je sors déçue de ma lecture, incapable d’avoir pu savourer la mise en bouche, le rythme du récit et l’utilisation de nombreuses références (historiques essentiellement). La cadence du scénario est trop soutenue et alterne des séquences de trois ou quatre planches maximum : tantôt aux côtés des soldats dans la boue, les planques ou les combats ; tantôt aux côtés des têtes pensantes de l’État-Major dans les combats psycho-verbaux d’une grande tension. Pour les uns comme pour les autres, les enjeux sont multiples mais ce qui prime avant tout : survivre et ne jamais tourner le dos à quiconque. Sorte d’anachronisme dans ce monde viril : une femme. Elle attire tous les regards et semble dotée d’un certain charisme. Cependant, elle dispose de si peu d’espace dans cet album qu’elle n’a aucune chance de subjuguer le lecteur. Alors je me suis dis que si tous ses compères sont aussi unanimes sur sa présence, ce doit être parce qu’étant la seule (femme), les hommes la convoitent ??!

Les éléments narratifs sont si nombreux qu’ils sont mal exploités, mal agencés, mal mis en valeur… Cette déferlante d’informations nous fait perdre le fil. Le lecteur est sur le qui-vive, tout comme les créatures qui gesticulent sur les planches de cet album. Les désaccords permanents entre les personnages ne laissent aucune place aux relations humaines, les relations entre les uns et les autres sont masqués par ce qui émanent d’eux : peur, froid, survivre, tuer, tuer, tuer. Stress, insécurité, épuisement… logique que les sujets épineux se concluent à la mitraillette, aux poings mais les variantes sont possibles : duel au sabre ou à l’épée (j’ai mal vu, mais la scène tombe comme un cheveu sur la soupe), poignard, coups de griffes, de dents, de pelles… La question d’une attaque chimique est également soulevée (virus créé en laboratoire) et nous laisse entre-apercevoir au détour de quelques cases très sombres des bêtes difformes, proches parentes des vampires et des zombis. Je trouve que le scénario n’est pas abouti, il enfonce des porte à coup de massue et n’utilise pas ce qui se trouve derrière. Cette histoire manque de liants.

La tension créée par les dialogues se retrouve à l’identique dans les dessins de Ronan Toulhoat. Les (nombreux) personnages sont à peine identifiables, les visages sont à peine détaillés, à peine humains…  et si fragiles puisqu’ils survivent difficilement au-delà de cinq ou six cases ! D’une planche à l’autre, il nous revient d’imaginer tel ou tel détail, telle ou telle expression… Un voile permanent est jeté sur ces visuels sombres, chichement teintés de marrons, de gris, de blancs… quelques touches rouge sang viennent exciter nos sens. Ces visions d’horreur nous mettent sur le qui-vive et, sur ce point, j’imagine que l’auteur est parvenu à ses fins : nous mettre sur le qui-vive, nous abrutir de bruits de bombardements et de hurlements, nous faire ressentir le contact désagréable des vêtements humides sur la peau, l’odeur de la crasse et de la peur. Un graphisme vivant qui personnifie l’humanité dans ce qu’elle a de plus laid. Cette déstabilisation constante du lecteur m’a lassée, cette lecture est fatigante ! ^^

Une ambiance morose, agressive, oppressante dans laquelle les auteurs nous bousculent. Échanges soutenus, incisifs et expéditifs viennent contraster avec de longs passages muets mettant en exergue toute la violence de la guerre. La présence des planches muettes ne pondère en rien le rythme de lecture, pas de tourisme visuel ici, il n’y a rien à contempler. On étouffe.

pictobofPeu crédible car je n’adhère pas réellement à ces univers inventés où tout est à feu et à sang. Le récit est saccadé, il introduit trop d’éléments et ne prend même pas le temps d’en exploiter le quart d’entre eux. Certaines planches contiennent des dialogues de haute voltige (je cite : « Ratatatatata ») et de toute cette agitation, je ne retiens qu’un nom, celui de Lisa. Un second se tortille pour avoir droit de citation : Zytek. Les portraits des personnages sont tout juste brossés (tant sur le fond que sur la forme). Le dénouement de l’album dénote quand au reste de l’album, rend-il l’album original et meilleur pour autant ?

La violence, l’agonie d’un peuple, les massacres… des témoignages comme ceux de Joe Sacco ou Max Le Roy me semblent bien plus pertinents qu’une prétendue fiction pour nous conduire au constat que le fanatisme est pire que la vérole. Je n’adhère pas au principe du scénario dramatique pour traiter d’un tel sujet. Je ne comprends pas le plaisir que l’on peut prendre à construire de tels ouvrages !! Cela me dépasse !!

D’autres avis dans la nature ? oui, et des plus positifs pour faire le contre-poids (des lecteurs plus férus de ce type d’univers) : Nico, Pitivier et bd.blogs.sudouest.

Enfin, une série qui dispose d’un site, d’un blog, d’une page Facebook. De nombreux univers dérivés : Etoile Rouge, Opération Soleil de Plomb, New York 1947 et Ritter Germania.

Block 109

One Shot

Editeur : Akiléos

Dessinateur : Ronan TOULHOAT

Scénariste : Vincent BRUGEAS

Dépôt légal : janvier 2010

ISBN : 978-2-355-74059-6

Bulles bulles bulles…

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Block 109 – Brugeas – Toulhoat © Akiléos – 2010

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

9 réflexions sur « Block 109 (Brugeas & Toulhoat) »

  1. Il est dans ma PAL donc je devrais te donner mon avis dans relativement peu de temps … je dis relativement car cela peut être s’étaler de quelques jours à quelques mois ! mdr ! Quand les livres sont dans ma PAL, je stresse moins quant à leur lecture, par rapport aux livres de la biblio ou ceux que je reçois ou ceux qui sont en lecture commune … enfin bref, tous ceux qui sont en « lecture urgente » 😉

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    1. J’ai le même fonctionnement. De mon côté, je modère le nombre d’emprunts, préférant parler des albums que j’ai chez moi mais je me laisse vite déborder parfois. Certains albums sont chez moi depuis plusieurs mois voire plusieurs années et je ne les ais toujours pas lus ! La faute aux nouveautés que je ramène ^^

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    1. oui je veillâtes Morute des zîles. Je me questionnâtes aussi de ce silence prolongé mais je me doutâtes aussi que, te connaissant un minimum, tu fais preuve d’un investissement démesuré (mais ôh combien nécessaire) pour remplir ta mission. En tout cas, beaucoup de plaisir à lire ton billet.
      Des bizoutes

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  2. Il a fait beaucoup parlé de lui cet album à la sortie et la première étidion a vite été épuisée. Je l’ai lu tardivement parce que je me disais que je loupais quelque chose….. Et bien je suis de ton avis Mo’ il est pas extraordinaire cet album. J’ai pas bien tout compris tellement c’est brouillon, les personnages se ressemblent par moment, on mélange tout. C’est pas ce que j’appelle de la bonne BD. Il n’y aura donc pas d’article sur mon blog, j’ai déjà du mal à suivre avec les bd que j’apprécie !

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    1. C’est vrai qu’il y a un décalage monstrueux entre le tapage qu’a fait cet album et la qualité de son contenu. Après… bah, il y a des amateurs de ce genre de « qualité » d’ouvrage… il en faut pour tout le monde ^^ En fait, je regrette juste de l’avoir acheté, un emprunt aurait été plus adapté pour l’occasion

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