Torso (Andreyko & Bendis)

Torso
Andreyko – Bendis © Semic – 2002

« États-Unis, 1935. Le pays se remet lentement de la crise de 1929 tandis que pointe déjà le spectre de la Seconde Guerre Mondiale. La ville de Cleveland, véritable oasis économique gangrenée par la corruption et le crime, doit être nettoyée. La maire fait appel à Eliot Ness, devenu monstre sacré depuis l’arrestation d’Al Capone à Chicago. A peine arrivé, Ness se retrouve face à un autre monstre, un vrai : Torso. Derrière ce nom donné par la presse à un meurtrier insaisissable, se profile un nouveau type de criminel, le tueur en série. Commence alors une enquête dangereuse ou Eliot Ness et son équipe doivent composer avec les intérêts politiques et une opinion publique pour arrêter une vague de meurtres inexplicables… » (quatrième de couverture).

Cet album marque mon entrée dans la découverte de l’univers de Brian Michael Bendis, auteur américain complet (scénariste et dessinateur) à la production titanesque : la preuve en suivant ce lien. L’auteur de Jinx, Civil War, Utlimate X-Men (liste évidemment non exhaustive) s’associe à Marc Andreyko (Manhunter…) pour redonner vie à l’un des premiers tueurs en série connus.

Torso aurait pu être pour moi un album ovniesque, voire une « claque graphique » si je n’avais découvert préalablement des auteurs comme Eisner, Toppi ou encore le duo Gaiman-McKean sur Violent Cases. Je n’ai donc pas été éblouie par ce support, ni par l’agencement original et vivant de ses visuels. Chaque scène s’étale sur une double page, donnant régulièrement lieu à des ambiances et des fenêtres ouvertes sur un aspect spécifique de cette enquête. Le contenu des planches est épuré et souvent réduit à quelques cases disposées de manière aléatoire. Les phylactères se suivent comme sur un fil qui parcourt la page de part en part (verticalement, horizontalement ou de façon plus éparse). Régulièrement, certains passages nous obligent à tourner et retourner le livre (de 90° à 380°) pour suivre les dialogues. A feuilleter, cet album peut donner l’impression d’être volubile et sans structure propre. Concrètement, une fois pris dans la lecture, on hésite rarement sur la marche à suivre (par quelle bulle de dialogues démarrer la lecture d’une planche), ce « feeling » s’avère généralement être le bon.

On remarque-là une réelle recherche d’esthétique de la part des auteurs qui ont donné une vision très cinématographique à cet univers. Ils y mélangent dessins, photos d’époque (floutées ou non) et coupures de journaux. Le tout est disposé sur des fonds de pages noirs, ce qui matérialise d’autant l’impression que des espaces successifs s’ouvrent et se referment sous nos yeux. J’ai trouvé ces ambiances oppressantes, angoissantes et les touches d’humour grinçantes ne détendent pas cette atmosphère. Peu de digressions du côté de la vie privée des personnages et donc peu d’occasion de faire baisser la tension.

Les freins à la lecture se situent, pour moi, dans la difficulté d’identifier les personnages au premier coup d’œil. Le trait de Brian Michael Bendis est épais, il réduit l’illustration des visages et de leurs détails à leur strict minimum (pour ceux qui connaissent L’Autre laideur l’autre folie, la technique de dessin est la même) et fige généralement une émotion à ce qu’elle a de plus significatif (yeux effarés, bouche bée ou grimaçante…).

Un énorme travail de recherche a été réalisé par les auteurs pour parvenir au résultat final qu’est Torso. Employé par le Journal qui a couvert les faits à l’époque, Brian Michael Bendis a exploité les documents et coupures de presse conservés dans les archives. Les auteurs ont également exploité quelques rapports d’enquête de police mis à leur disposition. Ces dossiers constituent l’épine dorsale de l’album, ils lui donnent à la fois une trame chronologique et une emprise sur le lecteur (sorte de fascination macabre).

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

Mango

PictoOKL’ambiance de l’album est lourde, elle a créé chez moi une sensation d’écœurement à la découverte de certains passages. Il m’a fallut environ la moitié de l’album avant d’accepter cette lecture puis, je me suis prise au jeu de la lecture interactive (cf plus haut description du sens de lecture). Pour le reste, je rapproche cette lecture de From Hell : une ambiance tout aussi malsaine et qui peut donner des hauts-le-cœur. Graphiquement intéressant, absolument pas divertissant. Un pouce levé quand même !

L’avis de Bastien Ayala, Neault, Chronicart et Tillusz (traduction Google de l’article de Tillusz).

Torso

One Shot

Éditeur : Sémic

Collection : Semic Noir

Dessinateur et co-scénariste : Brian Michael BENDIS

Scénariste : Marc ANDREYKO

Dépôt légal : octobre 2002

ISBN : 2-914082-81-9

Bulles bulles bulles…

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Torso – Andreyko – Bendis © Semic – 2002

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28 commentaires sur « Torso (Andreyko & Bendis) »

  1. Les planches que tu as choisies reflètent bien ce côté angoissant et étouffant dont tu parles. Je pense que je ressentirais la même impression à la lecture de cette BD qui a le grand avantage malgré tout d’être un one shot. J’admire aussi l’ingéniosité de la mise en scène des images et rien que pour ce côté-là, j’aimerais lire cet album!

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    1. j’ai eu des hauts de cœur en début de lecture, je pensais réellement que l’album me tomberait des mains rapidement. Comme quoi, je me connais mal sur certains genres d’albums. Cet ouvrage est intéressant, c’est indéniable… tout comme From Hell… mais de là à dire que ce sont des lectures divertissantes, je n’irais pas jusque-là ^^ En revanche, je poursuivrais ma découverte de Bendis

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  2. La couverture fiche vraiment la trouille ! De Bendis, j’ai lu les premiers tomes de la série Powers. Il utilise le noir et blanc de façon vraiment particulière, c’est un peu sa marque de fabrique.

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    1. Je serais, pour le moment, plutot tentée par Jinx et Goldfish. A voir en effet, je n’ai pas feuilleté Powers encore mais j’aimerais avoir un meilleur aperçu de son « style »

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  3. Ola la couverture ne me plait pas du tout ! Et puis pour le reste j’avoue que je ne suis pas trop attirée… Mais tu parles de Violent Cases pour le graphisme de cette BD là et comme je me souviens avoir trouvé les dessins très soignés, très artistiques, de coup j’hésite. Qu’en penses tu ?

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    1. Je parle juste de Violent Cases parce que j’avais été bluffée par le travail graphique de McKean. Ici, moins, même si je reconnais que le travail d’agencement des visuels est original.
      Pour le reste, je ne sais vraiment pas. Je sais que tu n’as pas de griefs particulier à l’encontre des ambiances sombres (Shutter Island, Othello…), je sais aussi que tu ne recherches plus un type de graphisme particulier maintenant… Après, difficile pour moi, je ne sais pas à qui conseiller cet album à vrai dire, excepté aux fanas de Bendis ^^ J’ai été confrontée à un mélange d’attraction/répulsion tout au long de la lecture, je pense aussi que l’originalité avec laquelle les cases s’agencent (toujours en double page) a contribué à me donner envie d’avancer dans ma lecture (par curiosité), ensuite… je botte en touche. Feuillettes l’album si tu as l’occasion, tu auras un meilleur aperçu (les visuels que j’ai mis ne me satisfont pas, ils reflètent mal le travail des auteurs).

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    1. Oui, pas grave. N’empêche Manu, j’ai repensé à la conversation qu’on avait eu la semaine dernière. Avec le regard que tu as sur les US et le monde du journalisme, tu devrais peut-être t’essayer à la lecture de Joe Sacco : Gaza 1956 récompensé à Angoulême cette année sinon, en moins épais (Gaza fait 400 pages à vue de nez ^^) tu as Palestine. Je pense que tu aurais un regard plus percutant que le mien sur ce type de récits

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  4. Je ne connais pas du tout mais ton billet me donne envie de découvrir cette BD. Effectivement, l’angoisse transpire dans les planches présentées !

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    1. Je ne sais pas, ça me semble très sombre comparé aux albums que tu nous as déjà présenté. Je pense que tu devrais trouver cet album en bibliothèque si besoin

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  5. Bon tu connais mon aversion pour tout ce qui est étiqueté comics… donc il y a peu de chance que je me penche sur le cas de Bendis. Ceci dit, c’est vrai que l’agencement de la page est original et que l’ambiance sombre qui s’en dégage est attirante… Maintenant que j’ai dit ça, je t’interdis de me harceler pour que j’essaye ! 😀

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    1. A vrai dire, je ne pense pas être le bon interlocuteur pour parler de comics en fait ^^ J’ai lu assez peu d’albums au final. Je reste encore dans mes vieilles représentations « comics = super héros » et j’ai du mal à changer cela. Donc je ne vais pas être très embêtante sur ce coup-là ^^

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      1. Oui mais comme tu es une petite curieuse qui farfouille, tu vas ptet chercher à lire Fell pour sortir de tes idées reçues ! Si je l’ai fait, tu peux le faire ! ^^

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        1. héhé, je l’ai emprunté vendredi 😉 Pas encore commencé mais déjà feuilleté, pas sure qu’il y aura un avis sur ce blog mais comme il ne faut jamais dire « Fontaine… » ^^

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    1. Le support est vraiment sympathique et en cela, c’est une expérience de lecture intéressante. Mais je le disais, il vaut mieux tenir l’ouvrage en main pour se rendre compte du travail d’agencement des visuels. Ici, je n’ai que des scans en pleine page alors qu’ils s’étalent (dans la grande majorité) en double page.

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  6. Merci pour cette réponse complète Mo’ ! Tu commences à bien me connaître 😉 J’ai jeté un œil à la bibli hier après-midi mais je ne l’ai pas trouvé…

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  7. Rhaa la la, encore un titre à noter … et coup de chance, il est à la médiathèque ! S’il n’est pas sorti d’ici là, je pense le prendre en même temps que le Toppi 😉

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