Palestine – Une nation occupée (Sacco)

Palestine, une nation occupée
Sacco © Vertige Graphic – 2001

En décembre 1991, Joe Sacco s’est rendu deux mois en Palestine pour réaliser un reportage. Il s’agit de sa première immersion dans la quotidienneté du peuple palestinien. Palestine – Une nation occupée est le premier volet d’un diptyque qui se clôt avec Palestine – Dans la bande de Gaza (publié en 1998 chez Vertige Graphic).

Cette œuvre étonnante fait de lui l’inventeur du journalisme d’immersion en bandes dessinées. Sa rigueur professionnelle lui vaudra la reconnaissance et l’admiration des journalistes plus encore que celle des bédéphiles. Pour Palestine, il reçoit notamment le prestigieux American Book Award en 1996. En 1995, Sacco part pour l’ex-Yougoslavie, notamment en Bosnie-Herzégovine à Sarajevo. De cette expérience il tirera Soba, The Fixer et Gorazde (2 tomes). L’œuvre de Joe Sacco n’a pas d’équivalent dans le monde de la bande dessinée et évoque plutôt le parcours des journalistes-aventuriers du début du XXe siècle. Toujours soucieux de montrer l’humain derrière les grands évènements, Joe Sacco permet à ses lecteurs de décrypter l’actualité. Son dessin, d’abord ingrat, est soucieux de détails évocateurs et sert parfaitement son propos (source : BDGest).

Plus récemment, l’auteur est revenu sur le conflit israélo-palestinien avec Gaza 1956, en marge de l’Histoire (publié en 2010 par Futuropolis, cet album a été récompensé à Angoulême par le Prix Regard du Monde en janvier dernier).

Le contenu de cet album est plus accessible, plus acerbe aussi, que Gaza 1956.

Beaucoup de sarcasmes, de la colère, on sent l’auteur estomaqué par les conditions de vie des Palestiniens (quotidienneté dans les camps de réfugiés, violences psychologiques et physiques dont ils sont victimes..).

« D’accord, mais j’approche de mes limites… une goutte de plus et… »

Joe Sacco ne cache ni ses émotions, ni sa peur, ni son indignation. Le message de cet album est limpide : du contexte historique à la situation politique actuelle, des emprisonnements réguliers des hommes palestiniens à la condition des femmes (port du hijab, place de la femme dans la société…), tout y est abordé sans détours ; nul besoin de connaître ce conflit sur le bout des doigts pour se saisir de l’ouvrage. La narration n’a pas de réel fil conducteur. On passe d’anecdote en anecdote ce qui peut prendre de court mais ne m’a pas réellement gênée dans la lecture. 140 pages durant, on découvre le quotidien d’un peuple en même temps que l’auteur. De fait, ses bulles de pensées nous guident énormément dans la compréhension de certains éléments. Celui d’entre eux qui m’a le plus marquée : la place particulière qu’on les prisons israéliennes dans le cœur des Palestiniens. Les hommes nourrissent une forme de nostalgie à l’égard de leur incarcérations. Dans l’un des visuels présents dans le diaporama en fin d’article, Joe Sacco relate la rencontre qu’il a faite avec une fillette. Elle se prénomme Ansar… c’est aussi le nom de la prison où son père a été détenu.

Côté graphique, les visuels d’album sont chargés. Passées les 10 premières pages de l’album et ce grief est déjà oublié. Une fois lancé dans la lecture, ce que l’on remarquera le plus (et ce qui pourrait en gêner certains) c’est le décalage entre le ton du récit et le dessin presque trop simpliste pour ce genre de témoignage.

Les questions soulevées par ce reportage (réalisé durant l’hiver 1991-1992) restent entières. Le fait qu’elles soient toujours d’actualité car la situation a peu évoluée. Ce constat a de quoi nous glacer le sang. En 20 ans, pas d’améliorations !! Le témoignage de Sacco se conclut sur la question des droits des femmes avec des questions comme l’acceptation des violences conjugales, le port du hijab (imposé par les hommes ou non ??)… le respect de la femme en général. Édifiant.

Challenge Bu / Lu
Challenge Bu / Lu

Cet album a été l’objet de menaces de censure en 2002 (voir l’article d’ActuaBD sur ce sujet).

L’avis de Mathilde.

Deux interview de Joe Sacco : la première réalisée en 1997 (Le cercle de Minuit) et la seconde réalisée en 2001 (interview réalisée par Laurent Mélikian).

Extraits :

« Plus tard, au camp de réfugiés de Jabâlya, je rencontrais un vieux Palestinien qui me raconta comment il avait fui sa maison en 1948 après la déclaration d’indépendance d’Israël et l’invasion des armées arabes. (…) Il y a quelques années, il revint sur sa terre. Il avait obtenu un permis des autorités israéliennes. Il put quitter la bande de Gaza pendant quelques heures… Il put traverser ce qui est maintenant Israël pour voir son ancien village :
– J’ai emmené ma famille voir ma terre. Là où il y avait ma maison et mon école. Certains, parmi ceux qui ont pu revenir pour voir, restent paralysés. Ils avaient tout détruit. Plus rien ne pouvait rappeler que nous avions un jour vécu là » (Palestine).

« Les Palestiniens parlent de la prison d’une manière anormale. Je ne suis pas en train de dire qu’ils adorent les longs séjours derrière les barbelés israéliens, mais je ne prends pas de gros risques en disant qu’en général, ils les apprécient, que parfois même ils les savourent, et qu’en tout cas, ces séjours représentent toujours une distinction et avec 90000 arrestations lors des quatre premières années de l’Intifada, il est impossible d’échapper à des souvenirs de prison, qu’on prenne un taxi ou qu’on boive le thé dans un café. Dans les universités et les camps de réfugiés, je suis tellement submergé de récits d’incarcérations que ce qui m’étonne le plus, c’est un homme d’une vingtaine d’années qui n’a pas été arrêté. J’ai envie de lui demander : pourquoi ? » (Palestine).

Palestine

Challenge Carnet de VoyageTome 1 : Une nation occupée

Diptyque terminé

Éditeur : Vertige Graphic

Dessinateur / Scénariste : Joe SACCO

Dépôt légal : novembre 1996 (janvier 2001 pour la présente réédition)

ISBN : 2908981238

Bulles bulles bulles..

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Palestine, tome 1 – Sacco © Vertige Graphic – 2001

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29 commentaires sur « Palestine – Une nation occupée (Sacco) »

    1. J’ai tout de même préféré Gaza : plus construit, plus « professionnel » (car dispose d’un fil conducteur). Le dessin de Gaza est également plus posé

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  1. Tout à fait le genre d’auteur que j’aime découvrir ! MERCI !
    En ce qui concerne le conflit israelo-palestinien, je suis restée sur une mauvaise impression avec un autre BD, peut-être que celle-ci me conviendrais mieux…Je note ce nom en tout cas !

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    1. par contre, je prendrais volontiers le titre de la Bd que tu n’as pas aimé. J’ai regardé chez toi et je n’ai pas trouvé. J’ai déjà lu quelques albums sur ce sujet et je suis curieuse de le voir traité différemment 😉

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    1. J’ai trouvé Sacco plus spontané, que ce soit dans ses propos et dans son dessin. Il a moins de retenue ici (on accède à des réactions quasi instantanées via les « bulles de pensées »), moins de rigueur professionnelle aussi. Le rythme de l’album est différent. J’ai bien aimé le fait de « découvrir avec lui » alors que dans Gaza il y avait ce côté de « je reviens après plusieurs années ». Bref ^^
      A toi de voir maintenant vu que tu connais Gaza. Seul regret : de n’avoir pris que le tome 1 de Palestine mais j’ai lu quelques avis sur l’intégrale où les lecteurs semblaient contents d’arriver à la fin du témoignage

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  2. L’autre Bd en question était « faire le mur » de Maximilien Le Roy et je n’ai pas fait d article dessus. Contrairement à toi, j’ai trouvé que cet album très partisan, clairement pro-palestinien et certains propos m’ont gênée. D’une part, l’auteur dit qu’il n’est pas pour la violence et d’un autre côté, il termine en disant qu’il part se battre et jeter des cailloux (si ma memoire est bonne). C’est un sujet très complexe et j’ai du mal à prendre partie, mais cet album m’a semblé davantage rajouter de l huile sur le feu…

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    1. Effectivement j’ai lu Faire le mur. Je n’ai pas eu le même ressenti que toi mais je pense que je peux l’expliquer. Les raisons restent personnelles bien sur.
      J’ai découvert Maximilien Le Roy avec Les Chemins de Traverse. C’est un album qui parle du conflit israélo-palestinien également. Il se découpe en trois parties. La première est le témoignage d’un civil palestinien. Il parle de sa vie, de son histoire et de celle de sa famille… de comment le conflit façonne leurs vies.
      La seconde partie est le témoignage d’un israélien. Militant pacifique, il œuvre au rapprochement entre les deux peuples.
      La troisième partie est une interview de Michel Warschawski faite par Maximilien Le Roy
      J’avais trouvé cet ouvrage foncièrement intéressant tant sur le fond que sur la forme. Il ne nous oblige pas à prendre partie, on accède à plusieurs discours, il n’y a aucun jugement. Le message qu’il passe est un message de paix. J’ai donc situer l’auteur dans ce rôle de passeur de témoignage.
      Dans la préface des Chemins de Traverse, je crois me rappeler qu’il était fait référence à Faire le mur et à cette amitié qui était née entre Le Roy et un jeune palestinien. C’est ce qui m’a amenée à la lecture de Faire le mur. J’ai donc débuté la lecture sans apriori, sachant que je n’aurais accès qu’au regard côté palestinien. Je crois que j’avais cela en tête durant toute la lecture et que, de fait, je ne me suis pas sentie « prise à partie ». J’étais satisfaite de cette lecture.
      Si tu as l’occasion de prendre en main Les Chemins de traverse, essayes de le feuilleter, de lire les premières pages peut-être. En tout cas, ce fut un gros coup de cœur de lecture pour moi. Un des albums que j’ai le plus envie de partager

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  3. Je crains que ces deux albums ne soient pas à la biblio ! En tout cas, je ne les ai jamais vus ! Le thème est intéressant tout en étant éducatif alors peut-être qu’ils les achèteront !

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  4. Honte à moi … je viens de vérifier et ils ont plein d’albums de cet auteur, y compris les deux sur la Palestine !!!! Je sais ce que j’emprunterai dans les semaines qui viennent 😉

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    1. Si le titre te reviens, je prends ! ^^ Je commence à me sentir à l’aise sur ce thème et j’aimerais lire de nouveaux auteurs sur le sujet 😉

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  5. Peut-être un peu déprimant faceà la non-évolution positive de la situation en Palestine mais une lecture qui semble intéressante.
    Je la lirai probablement.

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    1. Les albums de Sacco sont redoutables. L’auteur prend toujours le temps de bien décrire le contexte et les forces en présence. Ensuite, l’argumentation est fluide, didactique mais sans que cela n’alourdisse le propos. Bref, une bonne manière de se sensibiliser sur certains sujets 😉

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