Le Pouvoir des Innocents (Brunschwig & Hirn)

Le Pouvoir des Innocents, tome 1
Brunschwig – Hirn © Guy Delcourt Productions – 1992

New-York, 1997. La campagne municipale bat son plein dans une ville qui se retrouve soudainement confrontée à l’émergence de violences urbaines sanglantes. Deux candidats briguent le poste de Maire de la ville. Du côté républicain, c’est le maire sortant, Gedeon Sikk, champion de la tolérance zéro, qui défend avec fougue ses convictions individualistes et capitalistes. Le parti démocrate, quant à lui, crée la surprise en présentant une candidate jusqu’alors inconnue sur le plan politique : Jessica Ruppert. Sa récente arrivée dans le débat politique donne lieu à du scepticisme et de la méfiance dans les rangs des électeurs. Pourtant, cette ancienne Directrice d’établissement de redressement pour adolescents « irrécupérables » donne au débat politique un relief inattendu. Dans ce contexte, l’association pour la légitime défense « Le Pouvoir des Innocents« , qui prône la création de milices de quartier, compte peser de tout son poids médiatique pour influencer cette élection.

Le Pouvoir des Innocents, tome 2
Brunschwig – Hirn © Guy Delcourt Productions – 1994

Loin de la lumière des projecteurs, le lecteur découvre effectivement une ville aux abois. Des petites frappes font régner la Loi de la Rue jusque dans les quartiers résidentiels les plus calmes. C’est dans une de ces périphéries new-yorkaise que vit Joshua Logan, l’ancien G.I’s traumatisé par la Guerre du Vietnam. Le contexte de violences dans lequel il vit nourrit ses fantômes. Bon an mal an, il survit en se terrant chez lui jusqu’au soir tragique où son fils meurt, atteint par une balle. Cet événement a l’effet d’un électrochoc sur Joshua qui s’en prend au gang qui menace son quartier. Il est appréhendé par les services de Police et libéré, quelques heures plus tard, après que le Pouvoir des Innocents ait payé sa caution. En état de choc suite au décès de son fils, il est hospitalisé dans un service psychiatrique où il rencontre Amy, une jeune orpheline déficiente mentale.

Le Pouvoir des Innocents, tome 3
Brunschwig – Hirn © Guy Delcourt Productions – 1996
Le Pouvoir des Innocents, tome 4
Brunschwig – Hirn © Guy Delcourt Productions – 1998

Pendant ce temps la guerre médiatique se poursuit. Pour contrer la récupération du drame de Joshua par les partisans du tout répressif,  Steven Providence – champion de boxe issu des quartiers pauvres, icône des démunis de la ville qui voient en lui la personnalisation du « rêve américain » – décide d’apporter tout son soutien à la candidate démocrate.

Le Pouvoir des Innocents, tome 5
Brunschwig – Hirn © Guy Delcourt Productions – 2002

Mais si « Mamie Jessie », par son discours rempli d’amour, sa spontanéité et sa dévotion, arrive à s’attirer la sympathie de l’électorat et à retourner lentement l’opinion en sa faveur, arrivera-t-elle à désamorcer le mécanisme de haine qui gronde dans les classes moyennes et aisées de la population ? Et si l’avenir des habitants de New-York était entre les mains d’innocents ?

Je n’avais pas relu cette série depuis la sortie du tome final paru en 2002. Dix ans après, le plaisir de lecture reste inchangé. La série n’a pas pris une ride, je dirais qu’elle s’est bonifiée.

Faut-il encore présenter le scénariste Luc Brunschwig ? Ses albums, toujours très attendus, riment avec qualité et ce quel que soit le genre… La Mémoire dans les poches, Vauriens, Le sourire du clown, L’Esprit de Warren, Angus Powderhill, voici quelques une de ses sagas. D’un tome à l’autre, si le laps de temps qui s’écoule est généralement conséquent, l’attente est toujours justifiée. Le Pouvoir des Innocents ne déroge pas à la règle. Parus entre 1992 et 2002, les cinq tomes de cette série constituent une saga politico-humaniste incontournable pour les amateurs de bandes dessinées.

L’histoire se découpe en cinq tomes éponymes qui offrent tour à tour un regard différent sur l’intrigue. Les personnages principaux se relayent donc à la narration pour se raconter. D’un tome à l’autre, on comprend la place de chacun dans l’intrigue générale, on voit cette dernière avancer sous un angle particulier. On prend réellement plaisir à les découvrir isolément tant on est pris par l’intrigue principale. Il est difficile de faire l’impasse sur le talent et la facilité avec lesquels Luc Brunschwig parvient à nous mettre sous le charme de chaque protagoniste malgré leurs positions et leurs actes qui peuvent paraitre antagonistes. Le scénariste permet au lecteur d’investir totalement cet univers et ses différents personnages. On prend le temps de faire leur connaissance en fouillant leurs passés et leurs pensées, autant de prétextes pour espérer les voir atteindre leurs objectifs respectifs. Un scénario d’une richesse non négligeable qui permet de plonger dès les premières planches dans cet univers réaliste. Le plaisir de lecture restera intact sur les cinq tomes, relecture(s) comprise(s)… pour moi, la qualité de chaque album est un atout majeur de ce récit. Il offre une réflexion juste et pertinente sur les effets de la guerre sur l’individu, sur les coulisses du pouvoir, sur le quotidien de tout à chacun, du petit bourgeois au sans domicile fixe…

Au dessin, Laurent Hirn illustre cet univers à l’aide d’un trait fin, précis, détaillé. Sobre et classique, son style colle parfaitement au scénario imaginé par Brunschwig. Bien qu’assez conventionnelle, la découpe de planches alterne gros-plan et grand angle de manière harmonieuse. Elle est cependant totalement dépourvue de visuels en pleine page, une absence vite oubliée grâce à la présence de portraits très expressifs des différents personnages. L’ambiance contribue à donner tantôt un ton mordant, tantôt un ton intimiste au récit. Elle met en valeur les oppositions de thèmes permanentes comme l’élan d’humanisme impulsé par Jessica, les coulisses de la corruption ou les traits de personnalité de chacun (la confusion de Joshua, la naïveté d’Amy, le côté magnanime de Jessica…)

Enfin, tentez de vous procurer, si ce n’est pas déjà fait, la première édition du tome 5. Ses bonus comporte des coupures de presse qui, bien que fictives, sont intéressantes. Elles projettent le récit sur les quelques jours qui suivent son dénouement final et en enrichissent la lecture via la présence de faits nouveaux, autant de détails qui mettent en lumière certains éléments restés absents dans le récit principal (essentiellement sur le parcours de Jessica Ruppert). Ces bonus offrent à cette histoire une fin ouverte laissant espérer une suite…

PictoOKPictoOKCette fresque franco-belge mérite qu’on s’y arrête pour plusieurs raisons. Les amoureux des récits où la psychologie des personnages est travaillée y trouveront leur compte, les amateurs de thriller ne seront pas en reste et les adeptes d’univers réalistes se régaleront. Ajoutons à cela la présence d’une intrigue politique qui mêle avec brio une lutte verbale farouche entre républicains et démocrates et où les enjeux politiques fricotent avec la pègre. Sans recourir à des effets de style alambiqués, Luc Brunschwig a méthodiquement introduit ses pièces sur l’échiquier narratif lui donnant ainsi une portée appréciable.

Le Pouvoir des Innocents

Série Terminée

Tome 1 : Joshua

Tome 2 : Amy

Tome 3 : Providence

Tome 4 : Jessica

Tome 5 : Sergent Logan

Éditeur : Delcourt

Collection : Sang-Froid

Dessinateur : Laurent HIRN

Scénariste : Luc BRUNSCHWIG

Dépôt légal : juin 1992 (tome 1), avril 1994 (tome 2), février 1996 (tome 3),

avril 1998 (tome 4) et janvier 2002 (tome 5)

ISBN : 978-2-906187-87-0 (tome 1)

Bulles bulles bulles…

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Le Pouvoir des Innocents – Brunschwig – Hirn © Guy Delcourt Productions – 1992 à 2002

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

18 réflexions sur « Le Pouvoir des Innocents (Brunschwig & Hirn) »

  1. Je ne l’ai jamais lue et j’aimerais bien l’avoir là, tout de suite, pour me mettre au lit avec et y passer la nuit…

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  2. Un excellent billet, clair, net, précis et parfaitement argumenté. J’aimerais bien pouvoir arriver un jour à en rédiger des pareils !
    A part ça, tu as raison, Brunschwig est un trtès grand monsieur. Je ne connaissait pas cette série mais Le sourire du clown m’a beaucoup marqué.

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    1. C’est amusant de voir à quel point les blogueurs ne sont jamais satisfaits de ce qu’ils écrivent ^^ De mon côté, je trouve tes chroniques très complètes et si j’avais pu alimenter un peu mieux celle-ci… 😆
      Hâtes-toi de découvrir cette série… car la suite vient de paraître ! ^^

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  3. Moi aussi, j’ai du lire cette série à peu près à la même époque (vu que j’attendais la parution du dernier tome). J’avais bien aimé mais je serais bien incapable d’en parler dans le détail car mes souvenirs sont assez flous depuis le temps ! Mais vu qu’une partie de la suite est sortie, je pense que je vais la relire dans un futur plus ou moins proche (ça dépendra du nombre de tomes des deux suites ! mdr !)

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    1. J’ai eu beaucoup de plaisir à la relire. Je me suis rendue compte que j’avais oublié l’essentiel de l’intrigue en fait ^^
      La suite est sortie effectivement… c’est mon article du jour ^^ Très bon, j’ai hâte d’avoir les autres tomes entre les mains !

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  4. Souvenirs très lointains de cette série, qui était il me semble très forte et très poignante.
    Luc Brunschwig est un scénariste rare, et c’est fort dommage…

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    1. Oui, c’est vrai qu’il y a peu d’artistes comme lui qui sont constants dans la qualité de leurs productions. Mais il y en pour qui j’achète les yeux fermés. Brunschwig en fait partie

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  5. Ah ben tiens, la sortie de la suite fait que je me suis intéressé aussi à cette série que, pour ma part, je n’ai jamais lu…
    Je devrais m’y mettre… euh bientôt ! ^^

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