Kroak (Bianco-Levrin)

Kroak
Bianco-Levrin © L’Atelier du poisson soluble – 2011

Kroak est un Inuit solitaire. Il passe son temps à pêcher, chasser, marcher…

Qui parle de monotonie à vivre seul ? Personne ! D’autant que notre ami est également bien occupé à se dépêtrer des farces que la faune locale s’évertue à lui faire. Il peste, râle et se démène pour se faire respecter par des animaux bigrement plus malins que lui. Ainsi, lorsque les phoques se lancent dans une partie de cache-cache, qu’ils sortent tour-à-tour des trous de pêche creusés dans la banquise par Kroak et le font sursauter en soufflant fort dans leurs trompettes… le pauvre bougre s’énerve. Ce n’est pas aujourd’hui qu’il attrapera un bon poisson à se mettre sous la dent.

Kroak est un album jeunesse dans des couleurs assez inhabituelles pour le public visé. Pourquoi pas ! L’ouvrage regroupe une quinzaine d’historiettes. Chacune a sa couleur, la teinte retenue habille le ciel en arrière plan et guide le lecteur dans un panel de ressentis (tension, quiétude…). Les ambiances graphiques sont pourtant (trop) sombres et ont tendance à écraser le personnage de Kroak. Les roses, oranges… ne suffisent pas à gommer la morosité créée par la présence de bleus marines, noirs, bordeaux. Cette impression est d’autant renforcée qu’on est face à une découpe presque mécanique des planches (trois bandes de deux cases). De prime abord, rien n’accroche l’œil quand on feuillette l’album.

Nicolas Bianco-Levrin propose un album de 64 pages au format inhabituel (19 * 28 cm) qui raconte les mésaventures de Kroak sur sa banquise. Le lecteur est face à une série de gags muets. Les dessins sont minimalistes, c’est là l’atout majeur de cet album puisqu’une fois qu’on sait qu’il ne faut pas se fier à la triste mine de Kroak (un personnage bougon, mal léché et mal rasé qui ne pense qu’à manger, il ne déguste pas il dévore… Kroak le bien nommé !), on profite assez vite du côté fantaisiste de cet univers. Les paysages sont dépouillés et le blanc de la banquise donne l’impression d’un immense terrain de jeu. Excepté quelques éléments qui viennent servir le comique de situation, le regard focalise donc sur Kroak. Le moindre de ses rictus ou le moindre haussement de sourcil renforce le côté burlesque des historiettes.

Passé cette première impression sur la forme, penchons-nous sur le contenu. L’univers de Kroak évolue de manière surprenante et nous fait en permanence flotter entre réalité et monde imaginaire. Après avoir découvert des phoques qui jouent de la trompette et des ours polaires qui se passionnent pour des parties de pêche interminables, l’auteur introduit peu à peu des éléments dont on ne parvient pas à dire si ce sont des hallucinations ou des virées oniriques du personnage principal. Quoiqu’il en soit, pour avoir accompagné un jeune lecteur dans cette découverte et accueilli ses réactions, l’effet de ces délires narratifs est souvent anxiogène pour lui. On oscille entre comédie et poésie, entre pathétisme et finesse… le tout s’entremêlant en permanence. C’est assez déconcertant. Les différentes histoires sont de qualité inégale et le degré d’humour retenu est souvent inaccessible à l’enfant. Il y a là trop d’absurde qu’il ne maitrise pas. Je ne parviens pas non plus à savoir si, pour apprécier cet album, il faut le lire au premier degré ou non… sachant que le public cible est en principe assez jeune…. mais est-ce bien à des enfants que cet album s’adresse ???

Je suis à la fois séduite par certains gags, fortement désarçonnée par d’autres et en réelle difficulté pour confirmer ou infirmer certaines suppositions de mon petit lecteur. Certains dénouements nous laissent libres d’imaginer la suite des choses quant à d’autres, ils témoignent d’un excès de cruauté pour un album jeunesse (le sketch du marin et celui de la sirène pour ceux qui connaissent Kroak). Je sors dubitative de cette lecture, mon fils en revanche est satisfait de cet album.

Nicolas Bianco-Levrin a permis à Kroak de prendre vie à l’écran puisqu’il a réalisé un court-métrage le mettant en scène. Je sais que vous êtes nombreux à vous rendre chaque année au Salon de la littérature et de la presse jeunesse de Montreuil, ce court-métrage y avait été présenté. Pour en visionner un extrait, je vous invite à suivre le lien présent sous le nom de l’éditeur (dans les références d’album).

L’auteur explique sa démarche créative sur son site.

Les avis de PlaneteBD et Mango.

Kroak

One Shot

Éditeur : L’Atelier du Poisson soluble

Dessinateur / Scénariste : Nicolas BIANCO-LEVRIN

Dépôt légal : mai 2011

ISBN : 978-2-35871-016-9

Bulles bulles bulles…

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Kroak – Bianco-Levrin © L’Atelier du Poisson soluble – 2011

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

12 réflexions sur « Kroak (Bianco-Levrin) »

    1. Je suis allée relire ta chronique sur L’Ours Barnabé du coup. Excepté les différents niveaux de lecture, j’ai du mal à voir ce qui te fais faire le parallèle ^^ Barnabé me semble moins surfer sur le côté « absurde »

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      1. Ben si justement, l’Ours Barnabé repose sur le mélange de l’absurde et d’une certaine poésie. C’est peut-être là qu’il y a une vraie différence : l’absence de poésie dans Kroak. Après la quasi absence de céor, la ^résence minimale du texte sont autant de points commun entre les deux titres. Mais bon, n’ayant pas lu Kroak, je ne fais que spéculer 😉

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        1. Et de mon côté, je n’ai pas lu Barnabé. Je me l’étais pourtant noté suite à ta chronique mais vu les parallèles que tu fais, je ne suis pas sûre du tout que j’apprécie 😦

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  1. J’aime bien tout ce qui se rapporte au froid et du coup, voilà un album jeunesse qui m’attire bien ! Surtout qu’il a l’air vraiment spécial, aussi bien dans les couleurs que dans les petites histoires … je vais voir si j’arrive à mettre la main dessus à la biblio mais il est récent donc je crains le pire 😉

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    1. Non, je fais la grève ^^
      En fait, je suis incapable de trancher clairement sur cette lecture. Comme je le disais, il y a du bon et du moins bon. Et vu que je me sert aussi des impressions de fiston, je ne sais pas. Le concernant, il y a quelques histoires qui me gênent réellement. Par exemple, celle d’un marin qui s’échoue sur la banquise. Il descend de son bateau, se fait accueillir par les ours qui le rackettent entièrement. Lorsque Kroak arrive, il est tout nu, il n’a plus rien. On croit que l’Inuit va l’aider mais en fait, il l’enferme dans une cage et se fait payer en poisson pour que les animaux puissent satisfaire leur curiosité quant aux mœurs et quant à l’anatomie de l’étranger. Bon, c’est un type d’humour avec lequel je n’accroche pas du tout et pour mon fils, ben, cela ne m’a pas plut qu’il voit cela.
      Tout ça pour dire non, pas de pouce 😉

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