A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge (Neufeld)

A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge
Neufeld © La Boîte à bulles – 2011

Leo, Michelle, Docteur Brobson, Kwame, Abbas, Darnell et Denise vivent à La Nouvelle-Orléans (Louisiane). Ce sont sept survivants de Katrina, l’un des ouragans les plus destructeurs que l’histoire américaine ait connue. Le choix des « sept » est un choix de l’auteur pour nous permettre de bénéficier d’un regard d’ensemble sur la manière dont cette catastrophe naturelle a été vécue. En effet, ces témoins sont de couches sociales et de milieux professionnels différents, ils représentent un panel assez large de mises en situations face à l’événement. Ils ne se croiseront jamais durant les 200 pages de l’ouvrage, ce qui donne au lecteur l’impression d’être aux quatre coins de la ville en même temps.

Josh Neufeld s’était porté volontaire pour porter secours aux personnes sinistrées. En octobre 2005, il reçoit un appel officiel de la Croix-Rouge et intègre les équipes de secours de Biloxi (Mississippi). En parallèle, ce jeune auteur décide de partager cette expérience sur son blog. Ce partage prend la forme d’un carnet de bord qu’il va tenir à jour de façon quasi-quotidienne. Quelques mois plus tard, son éditeur (Smith Magazine) lui demande de partager son expérience de bénévole. Le projet est lancé, les contacts sont pris et un appel à témoins est réalisé. En préface, Josh Neufeld explique les raisons pour lesquelles il a retenu ces sept personnes. Excepté Leo et Michelle, un jeune couple, tous décident de rester en ville durant le passage de Katrina :

Abbas souhaite assurer la sécurité de son fonds de commerce et ainsi intimider les éventuels pilleurs ; son ami Darnell lui prête main forte,

Kwame est un adolescent dont le père est pasteur ; ce dernier souhaite rester sur place pour soutenir sa Communauté. Durant le passage de Katrina, la famille s’abrite dans les locaux de l’Internat du frère de Kwame,

La mère de Denise travaille dans un hôpital et est de garde durant cette période ; Denise refuse de quitter la ville sans sa mère,

Et enfin de Docteur Brobson qui – comme beaucoup – minimise les risques et décide de rester sur place ; il organise même une fête en l’honneur de Katrina.

La tension monte petit à petit durant l’album. On découvre des personnages initialement très sceptiques sur l’aspect critique de la situation et qui peu à peu vont prendre conscience de l’ampleur du phénomène. L’auteur consacre d’ailleurs un passage du récit à expliquer les raisons de ce comportement : dans une zone géographique propice au passage d’ouragans, les bulletins météorologiques sont souvent alarmistes. Les gens se sont habitués et relativisent.

Le récit relate les faits de manière chronologique, sur une période allant du 20 aout au 1er septembre 2005. Les marqueurs spatio-temporels rythment l’album. Josh Neufeld se concentre sur les faits « bruts », tels qu’ils ont été vécus. La narration est découpée en cinq chapitres (la tempête, la ville, l’inondation, la diaspora et le retour). Durant chaque étape, le lecteur fait des va-et-vient incessants entre chaque personnage, on se pose toujours de manière assez brève auprès d’eux (à raison de deux pages consécutives tout au plus). La lecture est fluide, mais ce choix de découpe m’a mise en difficulté pour investir les personnages. Je suis restée très extérieure à ma lecture. Les deux derniers chapitres viendront ensuite donner le recul nécessaire via la retranscription des contacts téléphoniques que l’auteur eu avec chaque témoin en février 2007 et en février 2008.

Au niveau graphique, la découpe des planches offre une bonne dynamique à l’ensemble. Quelques visuels saisissant s’étalent de temps en temps en double page.

Mais je n’ai pas compris l’utilité du code couleur utilisé par Josh Neufled. Avant de me plonger dans la lecture, je pensais à tort que chaque personnage avait sa propre ambiance graphique. Le changement de teintes n’offre ni valeur ajoutée ni profondeur aux propos. On navigue dans différentes bichromies que j’ai trouvé disharmonieuses (jaune/orange, vert pistache/brun, vert/noir, bleu-gris/noir, rose-violet…). Les marqueurs de temps de l’album sont des guides de lectures plus pertinents.

En bonus, une longue postface permet à l’auteur d’expliquer sa démarche : choix des témoins, expérience personnelle, méthodologie de travail. Il y partage des photos prises à Biloxi (Mississippi) et à La Nouvelle-Orléans, nous permettant ainsi de mieux « jauger » des conséquences du cataclysme.

Une lecture que je partage avec Mango et les participants aux

MangoIl n’y a pas de voyeurisme dans cet album. Excepté deux ou trois scènes « choc » dans la seconde partie de l’album, j’ai trouvé que le ton du récit était trop détaché, cela m’a donné l’impression que les faits sont minimisés. Un passage m’a marqué, celui qui relate la manière dont l’évacuation de la population a été gérée au lendemain de la catastrophe. On y voit des forces militaires déployées en masse qui – armes au poing – se contentent de « parquer » une population traumatisée par le cataclysme. Les gens sont livrés à eux-mêmes durant une attente interminable, sans eau, sans accès aux soins, sans informations sur l’ampleur des dégâts ou l’endroit où ils vont être évacués. Pour le reste, je trouve que l’album va trop à l’épure. Je regrette que le travail de compilation des témoignages réalisé par l’auteur ne nous permette pas d’investir les personnages outre mesure mais je pense que l’album me marquera car c’est la première fois que j’ai l’occasion de lire un album qui se consacre à ce sujet.

Le site de la série et le making-of de l’album.

L’avis de PaKa, de Piehr (sur CoinBD) et un article (très mal traduit) mis en ligne avant la publication de l’ouvrage aux Etats-Unis.

Extrait de la préface :

« Sur chaque parcelle que nous avons longée étaient marqués à la peinture l’adresse correspondante et le nom de la famille des habitants. Parfois, avaient été ajoutés des messages du genre tout va bien ou on reviendra ! Des arbres – apparemment beaux et majestueux par le passé – il ne reste plus qu’un squelette noueux, la plupart couverts d’habits soufflés par le vent. Quelle vision étrange, que ces troncs et ces branches de teinte gris-brun mouchetés des couleurs vives de tee-shirts et sous-vêtements » (A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge).

A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge

One Shot

Éditeur : La Boîte à Bulles

Collection : Contre-Cœur

Dessinateur / Scénariste : Josh NEUFELD

Dépôt légal : novembre 2011

ISBN : 978-2-84953-130-3

Bulles bulles bulles…

22 pages à découvrir sur Digibidi

Ce diaporama nécessite JavaScript.

A.D. – Neufeld © La Boîte à bulles – 2011

Publicités

20 commentaires sur « A.D. La Nouvelle-Orléans après le déluge (Neufeld) »

    1. C’est moi qui était détachée. J’ai trouvé qu’on restait trop peu de temps aux cotés de personnages pour pouvoir les investir. Même s’ils reviennent régulièrement, le fait de les côtoyer sur une à trois pages maxi ne m’a pas suffit. Et quand ils réapparaissent en premier plan, tout le travail d’identification/empathie/etc était à refaire. Pourtant, c’est le genre d’albums que j’aime

      J'aime

    1. Et pourquoi la « forme BD » ne conviendrait-elle pas pour ce genre de sujet ?? Je suis convaincue du contraire ! C’est juste que cela n’a pas opéré sur cet album 😛

      J'aime

  1. Je ne suis pas très attirée par les couleurs non plus mais le sujet a au moins le mérite d’être nouveau en BD ! J’hésite quand même un peu parce que tu dis qu’on reste assez détaché mais je vais le feuilleter si je le vois en librairie et je me déciderai à ce moment-là !

    J'aime

    1. Oui en tout cas, je n’ai pas connaissance d’un autre album sur ce sujet. Il faudrait que je fasse des recherches à vrai dire
      J’ai cherché d’autres avis pour comprendre ce qui m’avait gênée ici mais excepté celui de PaKa, je n’ai rien trouvé. Alors si tu partages un avis sur cet album… ça m’intéresse 😉

      J'aime

    1. Oui, le sujet est intéressant. A vrai dire, je pensais avoir suffisamment « enterré » mes griefs sur l’album dans mon flot de mots 😆
      Mais vu les retours, je me rends compte que j’ai raté mon coup. Mince, je prendrais tout de même volontiers un autre avis sur A.D. ^^

      J'aime

  2. il n’y as pas un petit pouce-picto … ou une main qui s’agite ?? !!!
    les événements catastrophe en BD, pas toujours simple à lire … (je passe)

    J'aime

    1. 😆
      Mr Zombi m’a déjà fait la réflexion ce matin ^^ J’ai hésité à mettre le picto « couci couça » en fait mais même ce symbole ne correspond pas vraiment à mon ressenti. Il y a des éléments que j’ai aimé, d’autres que je trouve mal utilisés mais je ne parviens pas à en sortir une conclusion réellement satisfaisante. Je crois déjà que si les planches avaient été laissées en noir et blanc, j’aurais plus accroché avec A.D. (il y a des visuels en N&B sur le blog de Neufeld, je trouve qu’ils sont plus accrocheurs que ceux-ci ; pour info, la version US de l’album est aussi éditée en couleurs me semble)
      Ensuite, le sujet est innovant et original. Ces regards croisés sur la catastrophe offrent un plus et le fait de savoir ce que ces 7 sont devenus est intéressant. Mais je bloque.

      J'aime

  3. Pour moi, ce n’est pas ton avis mitigé qui m’empêchera de lire cette BD mais le sujet lui-même. En ce moment, je ne peux tout simplement plus rien lire sur ces grandes catastrophes climatiques. J’ai lu deux romans déjà sur ce même drame, plus, c’est désormais impossible!

    J'aime

    1. Oui, lorsqu’on aborde un sujet plusieurs ouvrages durant, il y a l’effet saturation. Peut-être dans plusieurs mois, quand tu auras digéré ceux-ci… 😉

      J'aime

  4. L’idée est intéressante c’est vrai, mais j’avoue que le graphisme ne me branche pas du tout… Le tout aurait peut-être eu plus de force en noir et blanc non…?

    J'aime

    1. Oui, c’est ce que je pense aussi. J’ai vu des visuels N&B sur le blog de l’auteur et ceux-là me semblaient plus percutants. Je ne sais pas… peut-être que mon ressenti sur ces visuels à l’écran serait différent sur un support papier ??

      J'aime

  5. à noter que l’auteur sera en dédicace à Paris, le vendredi 20 janvier, à la librairie Apo (K) Lyps, de 18h00 à 20h30.

    Apo (K) Lyps
    120 rue Legendre
    75017 Paris
    0142280150

    J'aime

    1. Merci de permettre que l’information circule.
      N’étant pas sur la région parisienne, je ne pourrais pas être à cette séance de dédicaces 😦

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s