Le marchand d’éponges (Vargas & Baudoin)

Le Marchand d'éponges
Vargas – Baudoin © Librio – 2010

« Un meurtre vient troubler le quotidien de Pi, clochard et vendeur d’épongés à ses heures. Interrogé comme témoin, il fait la connaissance d’Adamsberg, un commissaire aux méthodes déroutantes. La vérité sur l’affaire se dévoile peu à peu, en même temps que se dessine le portrait d’un homme brisé par la vie » (quatrième de couverture).

Pi partage son quotidien avec Martin, son compagnon de solitude et d’errance… son caddie…

« Il fallait toute la  force des poignets pour le maintenir dans le droit chemin. C’était buté comme un âne, ça roulait de travers, ça résistait. Il fallait lui parler, l’engeuler, le bousculer, mais comme l’âne, ça permettait de trimbaler une bonne quantité de marchandises. Buté mais loyal ».

Il m’est difficile de vous présenter cet album. Comment rédiger le synopsis et présenter un personnage sans vous dire tout ce que cette rencontre a suscité chez moi ? D’autant que je ne suis pas sure qu’il éveillera les mêmes choses en vous mais c’est certain, Toussaint Pi ne pourra que vous émouvoir. Pourtant, je suis bien consciente que vous avez besoin de situer cette intrigue pour pouvoir envisager de la découvrir à votre tour. Mais le problème, c’est que cette lecture chamboule, à tel point que je ne parviens pas à prendre du recul sur mon ressenti. Je voudrais le laisser tel quel et le gérer à ma guise mais… mais… j’ai bien envie que vous rencontriez Pi à votre tour !!

Petit format à la couverture souple, Le Marchand d’éponges est une adaptation du roman de Fred Vargas Cinq francs pièce. Dès la première page, on plonge dans un univers réaliste : celui de la rue. On y rencontre Pi qui vient de terminer sa journée, il est 23 heures, il sait qu’il ne vendra plus une seule éponge aujourd’hui. Une de ces 9732 éponges qu’il a découvertes dans un hangar abandonné. A raison d’un euros par éponges, ça fait 9732 euros…

Mais depuis des mois qu’il transvasait ses éponges depuis le hangar de Charenton jusqu’à Paris et qu’il poussait Martin dans toutes les rues de la Capitale, il en avait vendu exactement 512. A ce rythme, il lui faudrait 2150.3 jours pour écluser le hangar, soit six années virgule dix-sept à traîner son âne et sa carcasse (…).

Mais ses éponges, tout le monde s’en foutait.

Le ton n’est pas au misérabilisme. Au contraire. On est face à un homme brisé mais qui, grâce à son stock de chimères, est parvenu à se donner un but dans la but. Pas un but mirobolant mais suffisant pour l’aider à tenir. Une quête difficile destinée à faire un pied de nez à l’indifférence des autres à son égard. L’équation est simple pour cet homme : une éponge = une rencontre = un moment volé pendant lequel il « a existé » aux yeux de quelqu’un. Les mots de Fred Vargas sont tout en retenue et pourtant si marquants. La preuve en est, à trois pages du début, le tour de passe-passe est déjà réussi et le lecteur est d’ores et déjà le confident de Pi. Puis, le rythme s’accélère, un meurtre précède l’arrivée d’Adamsberg, policier humaniste qui va parvenir à percer l’épaisse carapace de Pi. Et nos soupçons se confirment quant à la personnalité attachante de cet homme et sa destinée douloureuse. De l’enquête, au final, nous saurons peu de choses. Elle est instrumentalisée par ces deux hommes qui, fascinés par leur rencontre, ont besoin d’un prétexte pour pouvoir justifier le temps qu’ils passent ensemble.

Associés au récit de Fred Vargas, les illustrations d’Edmond Baudoin donnent une portée supplémentaire à l’intrigue. En dessinant Paris, l’illustrateur recrée l’atmosphère de la Capitale. Un lieu où un homme peut crever sur le trottoir aux pieds de badauds indifférents à la détresse des autres ; un décor propice à la rencontre de deux hommes que tout oppose. Là, sous nos yeux, ils vont se découvrir et s’entraider. Malgré le petit format de l’ouvrage, Edmond Baudoin parvient à créer une ambiance qui happe le lecteur. La présence féline de Pi est si forte qu’on en oublierait presque le livre qu’on tient dans les mains. Le pinceau du dessinateur accompagne si bien la plume de l’auteur que très vite, le quotidien écrasant de Pi s’efface devant cette relation d’égal à égal qui se crée entre les deux hommes. On se laisse porter par cette rencontre.

PictoOKPictoOKUn superbe roman graphique qui nous conduit à réfléchir sur l’exclusion, la marginalisation et la dignité humaine. Une histoire très humaine.

Promettez-moi de le lire !!

Une lecture que je partage avec Mango dans le cadre des

MangoDécouvrez les autres albums présentés aujourd’hui par les lecteurs qui y participent !

Je remercie tous ceux qui m’ont donné envie de découvrir cet album : Wens, Sebso, Argali, Gridou, Estellecalim.

Biographie de Fred Vargas, la chronique de du9, première partie de l’entretien avec Edmond Baudoin par Sebso.

Extrait :

« A la Toussaint, ma mère m’a porté à l’Assistance Publique. Elle a mis mon nom sur le grand registre. Quelqu’un m’a pris dans ses bras. Quelqu’un d’autre a posé sa tasse sur le grand registre. Le prénom s’est effacé, dans le café, il n’en est resté que deux lettres. Mais Sexe masculin, ça ne s’était pas dissous. C’était une veine » (Le Marchand d’éponges).

Le Marchand d’éponges

Récit illustré

Challenge Petit Bac
Catégorie Animal

Éditeur : Librio

Collection : Noir et Policier

Adaptation et Illustrations : Edmond BAUDOIN

Auteur : Fred VARGAS

Dépôt légal : aout 2010

ISBN : 9782290027189

Bulles bulles bulles…

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Le marchand d’éponges – Vargas – Baudoin © Librio – 2010

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

26 réflexions sur « Le marchand d’éponges (Vargas & Baudoin) »

    1. Cette lecture m’a fait penser à un échange que nous avions eu sur une de tes chroniques. Il s’agissait d’un court roman, le thème était similaire si je ne m’abuse. J’avais conservé la référence de ce titre dans un document mais comme mon ancien portable a rendu l’ame entre temps, je ne suis pas parvenue à retrouver titre et auteur. Je fais appel à ta mémoire. Si elle te revient, je suis preneuse 😉

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    1. 🙂
      J’ai très envie de découvrir ses romans maintenant. Je lirais « Cinq francs pièce » mais j’avoue que je voudrais profiter pleinement de cette rencontre avec son univers via d’autres récits

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    1. Oui. Toussaint m’a émue. Le flic aussi. J’ai apprécié ces personnalités atypiques, cette rencontre à laquelle on participe… Un moment de lecture vraiment très agréable

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  1. La couverture ne me tente pas trop, donc j’hésite encore à te faire la promesse de le lire… mais je vais y jeter un oeil, c’est déjà ça 😉

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  2. Sans ton avis, je ne serais jamais allée vers ce titre… Je n’ai jamais adhéré à l’écriture et à l’univers de Vargas… Il se pourrait que je fasse une exception ! 😉

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    1. Il faut réellement que j’aille faire un tour vers les autres oeuvres de Vargas car vos retours de lecteurs avisés me perturbent ^^ J’ai trouvé ce récit très humain, très cohérent. L’écriture est fluide, j’ai du mal à imaginer qu’il en soit autrement en la lisant… voilà qui me rend très curieuse en fait ^^

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  3. Les dessins ne m’attirent pas vraiment (ils me paraissent un peu brouillon) mais je vais quand même voir si l’album est à la biblio … après ton billet, difficile de ne pas tenter cette lecture !

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    1. Les dessins me paraissaient un peu austères avant lecture, peut-être un peu trop « baveux » en raison de l’épaisseur du trait. Pourtant, rapidement, cette impression s’est dissipée. Cet ouvrage m’a capté, je l’ai lu d’une traite et j’ai perdu toute notion du temps qui passe pendant la lecture. J’espère que tu auras autant de plaisir à le lire

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