Aâma, tome 1 (Peeters)

Aâma - Tome 1 : L'odeur de la poussière chaude
Peeters © Gallimard – 2011

Un homme se réveille amnésique. Les paysages qu’il découvre autour de lui ne lui sont pas familiers, il remarque qu’il pleure. Pourquoi ? Où est-il ? Arrive un singe-robot qui se présente à lui sous le nom de Churchill. Ce dernier semble le connaître, lui vouloir du bien d’ailleurs, il lui remet un petit carnet de note qui n’est autre que son propre journal intime. Les pages manuscrites de cet objet contiennent sa mémoire sur les sept derniers jours qui ont précédés cet inquiétant réveil. Churchill lui apprend son nom, l’homme s’appelle Verloc.

Verloc n’a désormais plus qu’un désir en tête : se lire et comprendre le contexte de sa présence sur cette planète.

Tout a commencé il y a un peu plus d’une semaine, lorsque Conrad – le frère de Verloc – le découvre vautré dans une flaque d’eau, sous l’influence de psychotropes. Les deux hommes ne s’étaient pas vus depuis une dizaine d’années ; ils échangent quelques banalités et font le point sur leurs vies respectives. Pour Conrad, le cadet, il est question de promotion sociale, de poste à responsabilité. Pour Verloc, il s’agit plutôt de rupture affective, d’échec professionnel, de dépravation. Puisqu’aucun engagement ne semble retenir son frère sur Terre, Conrad demande à Verloc de le seconder dans son prochain déplacement professionnel. Il s’agit de reprendre contact avec les membres d’une mission scientifique installés sur la Planète Ona(ji), l’organisation pour laquelle travaille Conrad n’a plus de contacts radios avec eux depuis plusieurs années. La crise politico-financière étant résorbée, il est désormais possible de réinvestir des fonds pour permettre à cette expédition de mener à bien son projet.

Je n’avais encore jamais suivi jusqu’ici le développement d’un projet d’envergure comme celui-ci. D’envergure ? Oui, car Aama est prévu sur plusieurs tomes, plus que d’accoutumée concernant cet auteur qui souhaite de plus qu’il y ait au maximum 1 an d’attente d’un tome à l’autre. J’ai lu que la série était tantôt prévue en 4 tomes, tantôt en 10… mais cette question est finalement assez secondaire. Tant que l’auteur se fait plaisir à étirer ce monde, je suis convaincue que le lecteur en tirera toute sorte de bénéfices. Frederik Peeters a ouvert un blog en décembre 2010. Il est dédié à cette série et je le suis depuis l’origine. Des inspirations artistiques, de voyages, des façonnages physiques de personnages à des fins narratives, le travail de recherche d’un nom approprié à chacun… et la possibilité de tenir enfin l’album entre mes mains pour lire l’histoire de ces personnages qui m’étaient déjà familiers. Quant à la question de la découpe en album et nom d’un récit en histoire complète, on peut lire ces propos laissés par Peeters sur le forum de BDGest :

Et ce premier tome s’arrête donc à la fin du quatrième jour. Quand vous reprendrez au tome 2, vous entamerez un nouveau jour. Et dans ce cadre-là, je trouvais amusant de finir avec un post-scriptum. L’idée du post-scriptum, qui appuie sur la dimension littéraire, voire épistolaire du récit, me plaisait. J’ai l’esprit taquin.

Logiquement, on face à un contenu d’album typique d’un tome introductif d’une longue série. S’il n’y avait eu cette lecture commune organisée par kbd, je n’aurais pas eu la démarche de présenter ce tome isolément. Sans douter un instant que j’apprécierais cet album – Fred Peeters oblige, j’étais prête à partir pour une aventure de plusieurs centaines de pages. Certes, il pose parfaitement les rôles et personnalités de chaque personnage, l’intrigue se met en place ; force est de constater que c’est avec une certaine frustration que j’ai refermé l’ouvrage.
Ce qui m’a fasciné ici, c’est la manière dont tout s’imbrique et tout prend sens (suite à la connaissance que j’avais déjà de l’univers). Le blog d’Aâma m’avait permis de faire progressivement la connaissance de plusieurs personnages. Le travail d’élaboration partagé par l’auteur, la recherche d’une « apparence » pertinente pour chaque protagoniste. Voyez comment l’auteur mêle les images de ses voyages et son univers fictif avec la présentation du Pr. Rajeev  ou comment la physionomie du Professeur Kaplan a évolué avec le temps.

Il me souciait donc réellement de découvrir quelle place était réservée à ces pièces d’un même puzzle avant toute chose. Pour le reste, je ne cacherais pas non plus le plaisir que j’ai eu à voir Fred Peeters revenir à la Science-Fiction… le premier tome de Lupus étant sorti il y a 9 ans, une série en 4 tomes que l’on avait refermée en 2006 ! Désormais sensibilisée aux univers de cet artiste, c’est donc sans aucune appréhension que j’ai acquis ce premier tome d’Aama, les autres viendront sans aucun doute compléter ma collection. On est accueilli par une expression graphique propre à cet auteur qui crée avec beaucoup de crédibilité des situations improbables (Château de sable, Koma…) ou ancrées dans notre réalité (RG, Pilules bleues). Une fois encore, le lecteur est face à un univers fouillé et cohérent. Les choix retenus pour la mise en couleur accentuent le dépaysement et créent un ailleurs qui nous oblige à trouver de nouveaux repères. On a tout à apprendre des technologies décrites, des répercussions physiques de drogues de synthèse « nouvelle génération », des lobbyings pharmaceutiques répondant à de nouvelles logiques politico-économiques… même le rapport à l’autre a mué dans cette société futuriste. Les humains y côtoient des robots dotés de raison mais également de leurs congénères qui, atteints d’un virus foudroyant, les transforment en individus à l’apparence animale. « Le nuancier pastel utilisé par l’auteur, tantôt vert bleu, tantôt rose mauve, tantôt jaune ocre, renvoie directement aux univers esthétiques des fondamentaux du genre. La temporalité du récit est ici magnifié par des aller-retours et quelques flashbacks sans trucage technologique. L’opposition Verlock/Conrad symbolise la lutte entre la nature et la technologie à son paroxysme. Les indices égrenés par l’auteur nourrissent le suspense et éveillent la curiosité du lecteur… » (extrait de la chronique de Bulles D’encre).

Lecture de février pour kbd

PictoOKUne fiction qui nous invite à réfléchir sur la nature humaine.

« J’avais envie d’une histoire arborescente, ambitieuse, qui mêlerait aventure, personnages solides et complexes, et questionnements sociaux et métaphysiques » avait confié Frederik Peeters lors d’une interview… les bases de cet univers riche et complexe sont posées, la suite s’annonce très prometteuse.

Frederik Peeters joue avec les codes de la BD et traite la question de la cohabitation entre l’homme et l’intelligence artificielle. Dans ce fatras organisé, la mémoire de l’individu et de l’humanité sont des sujets centraux autour desquels se construit le récit. A n’en pas douter, je suivrais cette aventure inter-planétaire et déjà, il me tarde de découvrir la suite dont les essais de couverture sont déjà visibles sur le blog Aâma, déjà l’auteur annonce avoir encré la page 56… L’auteur sait très bien où il nous emmène et j’ai hâte de le laisser me guider dans ce second opus dont je ne devine seulement que quelques contours. A suivre !

Le blog dédié à la série est superbe. Je remercie l’auteur pour ce partage.
En bonus : L’interview de Fred Peeters par PaKa et trois planches d’Aâma analysée par l’auteur sur le site de Telerama.

Extrait :
“Les humains ne sont qu’une bande de singes avec des habits… Ce sont nos habits qui nous empechent de nous jeter à la gorge les uns des autres et de nous entre-dévorer… Il n’y a plus que ça qui nous sépare de nos ancêtres préhistoriques… Et ce n’est pas ton vaisseau tordeur de continuum qui va y changer quelque chose ! » (Aâma, tome 1).

Aâma

Tome 1 : L’odeur de la poussière chaude

Série en cours

Éditeur : Gallimard

Collection : Hors Collection

Dessinateur / Scénariste : Frederik PEETERS

Dépôt légal : novembre 2011

ISBN : 9782070638109

Bulles bulles bulles…

Les 5 premières planches à feuilleter sur le site de Gallimard.

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Aâma, tome 1 – Peeters © Gallimard – 2011

17 commentaires sur « Aâma, tome 1 (Peeters) »

    1. Les dessins sont vivants je trouve, j’apprécie le travail de Fred Peeters avec tout de même une préférence pour ses albums en noir et blanc
      Pour Benoît Peeters, je sais que je dois lire « Les cités obscures »… grosse série cependant ! Pas trop les moyens en ce moment

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        1. Ça oui ^^ Je l’ai déjà vue plusieurs fois mais souvent le tome 1 n’est pas disponible… En fait, soit je lis la série d’une traite soit je fais l’impasse 😛

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    1. Personnellement ? Je trouve que Peeters est « une valeur sûre ». 😆
      Mais suis-je objective ?? Je cherche ce que j’ai lu de lui et que je n’ai pas aimé… ^^

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  1. Il est certain qu’il vaut mieux considérer ce projet dans sa globalité et attendre plusieurs tomes ppour se faire une idée précise. Je dis ça mais je l’ai lu la semaine de sa sortie donc je suis plutôt mal plaçé pour donner des leçons^^

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    1. Je voulais de toute façon faire une chronique mais c’est vrai que quand on sort de cet album, on commence seulement à repérer tout le monde et à être pris dans le rythme. J’ai déjà parlé plusieurs fois de Peeters et sur le coté graphique, je n’avais rien de nouveau à dire. Sur le récit, j’ai finalement assez peu de retours à faire sur ma lecture. J’ai vraiment fait les liens entre ce que j’avais vu isolément sur le blog et la manière dont tout s’imbrique
      J’attends le tome car je sais qu’avec lui, je vais « tricoter » un peu plus ^^

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    1. Je crois que le tome devrait arriver vers septembre-octobre . S’il garde le rythme d’un album par an… c’est plutôt bien. Ça nous laisse le temps d’intégrer l’histoire et de se l’approprier avant d’aller plus en amont dans l’intrigue

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  2. Je ne sais pas pourquoi mais je n’aime pas du tout la couverture ! L’histoire, par contre, m’aurait attirée mais le grand nombre de tomes est très rédhibitoire pour moi … c’est fini, l’achat de séries interminables (je me contente juste de continuer, sans grande conviction, celles qu’on a déjà … à l’époque où il n’y avait pas encore beaucoup de one shots !)

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    1. Peeters sait généralement s’arrêter. Avec Lupus c’était le cas (je l’aurais pourtant encore accompagné sur quelques tomes ^^) et concernant Koma, je n’en suis qu’au tome 4 mais le fait de savoir qu’il ne me reste plus que 2 tomes avant la fin m’attriste. J’adore cet univers… j’imagine qu’il en sera de même pour Aâma

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