Sin City (Miller)

Cette chronique a été rédigée par Mr Pyros (mon Golgoth).

Basin City, USA. Ici, le faible est écrasé par le fort. Ici, le pauvre meurt sous le regard méprisant du riche. Depuis des générations, la ville se nourrit de tous les crimes, tous les trafics. Police, Justice, Eglise, Politiques sont tous corrompus. Voilà pourquoi ses habitants la nomment « Sin City », la « Ville du Péché ».

A Sin City, les plus riches sont aussi les plus pervers, à l’instar des membres de la famille Roark. « La famille Roark tient Sin City depuis les débuts du train et du six coups. De génération en génération, leurs millions ont viré billions. Les Roark, c’est notre famille royale à nous ». Sénateur, Ministre de la justice, Cardinal tout leur est permis depuis que « l’arrière grand père […] a lâché tous ses biftons pour importer d’la pute haut d’gamme ».

Mais parfois, un homme défie les puissants, partant pour une mission suicide au nom, si ce n’est de la Justice, de la Vengeance. Mais Justice et Vengeance se confondent souvent à Sin City.

Sin City, tome 1 : Sin City
Miller © Rackham – 2005

C’est le cas de Marv que l’on suit dans le tome 1 Sin City (The Hard Goodbye  en VO). Ce colosse hideux à la mentalité d’enfant et au vécu chaotique, est prêt à tout pour punir les responsables de la mort de Goldie,  femme fatale qui fût la première à s’offrir à lui.

« – Demande-toi si ça vaut la peine de mourir pour le cadavre d’une catin.

– Ça vaut la peine de mourir. Ça vaut la peine de tuer. Ça vaut la peine d’aller en enfer. Amen ».

Sin City, tome 2 : J'ai tué pour elle
Miller © Rackham – 2001

Dans le tome 2, J’ai tué pour elle (A Dame to Kill for), on découvre Dwight Mc Carthy, qui peut être considéré comme le « héros » principal de la série. Il vivote de petits boulots, tachant de se reconstruire après une période de déchéance et lutte au quotidien pour « ne jamais laisser resurgir la bête ». Mais comment faire à Sin City pour rester loin des problèmes lorsqu’on ne peut s’empêcher de voler au secours d’une femme en danger, en particulier s’il s’agit d’Ava, son ancien amour qui causa sa perte ?

« Personne ne va tuer qui que ce soit. Pas quand je suis dans le coin ».

Sin City, tome 3 : Le grand carnage
Miller © Rackham – 2004

Dans le tome 3, Le Grand Carnage (The Big Fat Kill), on retrouve Dwight qui une nouvelle fois, poussé par son besoin de protéger l’autre, se jette tête baissé dans les emmerdes. Chaque tentative de régler un problème, en crée un plus grand, jusqu’à devenir responsable de la mise en danger toutes les prostituées de la vieille ville. Commencera alors le grand carnage.

« On doit tuer jusqu’au dernier de ces salopards. Pas par revanche. Pas parce qu’ils le méritent. Pas parce que le monde en sera plus vivable. On doit les tuer parce qu’on a besoin de ces morts. […] Il verra ce que ça coute de chercher des crosses aux filles de la vieille ville ».

Sin City, tome 4 : Cet enfant de salaud
Miller © Rackham – 2002

Le tome 4, Cet Enfant de salaud (That Yellow Bastard), relate l’histoire de John Hartigan, un policier qui, chose rare à Sin City, est honnête. Une heure avant de partir en retraite anticipée, pour cause d’angine de poitrine, il a l’occasion de mettre hors d’état de nuire Roark Jr, un pédophile sadique, et de sauver la jeune Nancy. Pour cela, il se retrouve seul contre tous, à commencer par ses collègues vendus aux Roark.

« Un vieil homme meurt, une petite fille reste en vie. Logique ».

Sin City, tome 5 : Valeurs familiales
Miller © Rackham – 2001

Le tome 5, Valeurs familiales (Family Values), nous permet de suivre à nouveau Dwight qui enquête sur un règlement de compte entre maffieux. Mais pour quelles raisons cherche t-il l’assassin d’un homme de main de Wallenquist, le maffieux auquel il s’opposa dans le grand carnage ? Et tout celà sous la protection constante de la « mortelle petite Miho », l’ange exterminateur de la vieille ville ?

« Le monde est très vaste, messieurs. On y trouve toutes sortes de familles ».

« Cette petite mission, c’est le moins que je pouvais faire. Il y a des dettes dont on ne peut jamais totalement s’acquitter. C’est ce genre de dette que j’ai envers Gail ».

Sin City, tome 6 : Des filles et des flingues
Miller © Rackham – 2003

Le tome 6, Des filles et des flingues (Booze, Broads & Bullets), est un recueil de 11 nouvelles. Elles permettent de découvrir le quotidien de certains personnages que l’on a déjà suivis. Même si ce quotidien n’est pas de s’attaquer à la mafia, il reste toujours violent. On y découvre aussi de nouveaux personnages. C’est le cas notamment de Delia « les yeux bleus », tueuse à gage perverse, dont on peut découvrir les premières missions.

« Ça m’ferait presque chialer. C’est beau l’amour.

Ouais, Marv. Comme tu dis ».

Sin City, tome 7 : L'enfer en retour
Miller © Rackham – 2001

Dans le tome 7, on suit Wallace, peintre à l’allure christique.  Un soir, Wallace sauve la belle Esther qui tente de se suicider. Au premier regard, coup de foudre réciproque. Mais l’histoire se situe à Sin City, la belle est enlevée, et le prince charmant est un ancien des commandos spéciaux, héros de guerre décoré de la médaille d’honneur.

« Ville pourrie. Ceux qu’elle ne corrompt pas, elle les salit. Ceux qu’elle ne salit pas, elle les tue ».

Vous l’aurez compris, à priori, on pourrait, cataloguer Sin City comme une transposition dans le monde du neuvième art des mauvais films d’action made in USA. Eh bien « on » aurait tord ! Et ce pour au moins deux bonnes raisons. La première étant que c’est plutôt les comics qui inspirent le monde du cinéma (c’était ma moins bonne raison, voire un préjugé totalement accepté par l’auteur), la seconde tenant aux qualités de narrateur de Franck Miller qui accroche le lecteur.

D’abord, il y a une narration à la première personne par le personnage principal. Ensuite il y a les dialogues qui ponctuent le récit. Ils sont brefs, percutants et claquent comme des détonations. Si la parole distingue l’homme de la bête, on sent qu’à Sin City la frontière entre les deux est vite franchie. Tout cela contribue à poser une ambiance lourde où malgré la part d’ombre qu’ont en eux les « héros », on ressent une forte empathie, car le décor, Sin City, est bien plus noir, et de fait, ils semblent lumineux par contraste. Miller fausse alors notre jugement et nous permet de prendre plaisir dans la lecture en acceptant le recours à la violence, même si on n’est pas fan du genre.

Un autre tour de force de Miller tient dans le ressenti qu’il transmet au lecteur. Depuis le début de cette chronique, le mot violence revient tout le temps. Cependant, la majorité du récit retranscrit une introspection du personnage. En l’accompagnant à travers son errance dans la ville, son dialogue intérieur nous livre ses pensées, on ressent les tourments de son âme. Les scènes d’action sont là,  à intervalles réguliers, mais la réelle violence est celle ressentie, pas celle qui nous est donnée à voir.

Graphiquement, cette noirceur se traduit dans son utilisation particulière du noir et du blanc (à l’exception de quelques touches de couleurs éparses et d’un passage de 25 planches relatant les hallucinations d’un personnage drogué). Ils sont purs, bruts, sans nuances. Ils ne se mélangent jamais, pas une touche de gris. Sur des fonds noirs, Miller fait exploser la lumière blanche. Il imprime sur la rétine du lecteur des contours, des détails. L’ambiance s’impose directement au lecteur. Chaque planche est dépouillée du superflue : peu ou pas de décor. Tout est centré sur les personnages, leurs émotions, et sur les armes qui le passionnent manifestement. Une autre «passion» redondante, pour le plus grand plaisir du lecteur masculin, tient dans l’érotisation des personnages féminins. Sin City semble être la ville des femmes fatales aux courbes parfaites.

Franck Miller C’est notamment le cas avec qui lui apportent la reconnaissance et lui permettent de travailler à ses propres créations. Avec Sin City, Franck Miller nous propose des récits noirs, violents.

PictoOKPictoOKDepuis qu’il s’est fait connaître du grand public suite à son travail chez Marvel et DC Comics, Franck Miller provoque rarement des réactions neutres. Il avait créé la polémique en revisitant des séries phares comme Batman et Daredevil, dont il donne une vision plus sombre, plus adulte, que les standards de l’époque. Maître des récits noirs pour les uns, apôtre de la violence gratuite pour les autres, son approche graphique d’une grande beauté et d’une forte intensité, lui apporte une reconnaissance au-delà de la sphère des lecteurs habituels du genre. Roaarrr ChallengeRien que pour le plaisir des yeux, Sin City mérite le déplacement, et personnellement j’ai été totalement séduit par les quatre premiers tomes. Les amateurs trouveront sans souci leur compte dans la série complète, les plus septiques devraient au minimum lire le 1 et le 4. La série a été plusieurs fois récompensé aux Eisner Awards.

Les albums sont disponibles en France aux éditions Rackham.

Sin City

Série en 7 tomes

  1. Sin City (The Hard Goodbye) (Vertige Graphic et Rackham, 1994)
  2. J’ai tué pour elle (A Dame to Kill for) (Vertige Graphic et Rackham, 1995)
  3. Le Grand Carnage (The Big Fat Kill) (Vertige Graphic et Rackham, 1996)
  4. Cet Enfant de salaud (That Yellow Bastard) (Vertige Graphic, et Rackham 1997)
  5. Valeurs familiales (Family Values) (Vertige Graphic, et Rackham 1997)
  6. Des filles et des flingues (Booze, Broads & Bullets) (Vertige Graphic, et Rackham 1999)
  7. L’Enfer en retour (Hell and Back) (Vertige Graphic, et Rackham 2001

Éditeur : Rackham

Collection : Sin City

Dessinateur / Scénariste : Franck MILLER

Dépôt légal : de 2001 à 2005

ISBN : voir site de l’éditeur pour ces codes

Bulles bulles bulles…

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Sin City – Miller © Rackham – 2001 à 2005

16 commentaires sur « Sin City (Miller) »

  1. Beau billet, très clair et très complet.
    C’est vrai que ce noir et blanc est une tuerie ! J’avais failli acheter l’intégrale en deux volumes parue il y a 2-3 ans mais le coût m’en avait dissuadé. Du coup, toujours pas lu cette série pourtant incontornable. Je vais peut-être essayer de trouver les volumes à l’unité d’occaz.

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    1. D’occas’ ? Il faut être un peu fou pour souhaiter se séparer de cette série !
      Merci pour tes retours sur l’article. J’ai fait passer à qui de droit 😉

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    2. Pour info, si tu trouves pas mieux ailleurs, j’ai vu des tomes d’occaz chez Gibert à 13.50. Parfois, on peut faire une exception à la (bonne) règle d’acheter chez son libraire indépendant. Et certains tomes en valent le coup…

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  2. En fait j’ai du mal avec les comics…Soit les couleurs sont trop criardes, soit le noir et blanc est trop sombre… Là, ça a l’air assez lumineux, non ?

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    1. « Lumineux » n’est pas le qualificatif que j’emploierais, mais cela est plus du à la vision d’ensemble que j’ai de cet univers. Les jeux de contrastes sont omniprésents, ombre et lumière se relayent en permanence

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  3. Pour jérome, les volumes à l’unité en occaz peuvent se trouver. Je les ais vus lors du dernier salon BD de Nîmes. Série complète, bon état, sous plastique. Mais le prix est aussi dissuasif : 25 Euros LE tome. Je n’ai pas craqué 😦

    Un bien beau billet, ici ! 😉
    J’attaque le second tome. C’est Fort ce Marv !

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    1. N’hésitez surtout pas à le relancer via son blog pour qu’il réécrive des chroniques !! 😆 Au pire, si mon Golgoth n’a pas réécrit de chro d’ici là, on aura tout loisir de le convaincre en janvier 2013 puisqu’il y a quelques soirées papotages en perspective 😉

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  4. Je savais que sous ce coeur de Golgoth se cachait un chroniqueur BD. Bienvenu dans notre petit monde ! Et félicitations, ça tiens carrément bien la route pour une première !

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