Albin et Zélie (Marchat)

Albin et Zélie
Marchat © La Boîte à Bulles – 2012

Albin est grand, gros, pataud, routinier, casanier et solitaire. Malheureux en amour, sa vie affective est aussi excitante que celle d’un poisson rouge. Dépité, il décide un jour de tout quitter et de partir là où la route le mènera. Après tout… il a si peu de choses à perdre. Il monte alors dans sa voiture, met le moteur en marche, va jusqu’au premier croisement et s’arrête au feu rouge. Zélie traverse, Albin a le coup de foudre, il fait demi-tour, coupe le moteur et s’enferme de nouveau chez lui.

Zélie est belle, menue, myope, caractérielle, dynamique et célibataire. Elle a récemment plaqué le mec avec qui elle était depuis quelques années et ne veut absolument plus entendre parler d’homme dans sa vie.

Mais Jacques-Yves entre dans la partie. C’est le poisson rouge blanc avec une tache rouge sur la tête d’Albin qui, assuré d’avoir un bocal plus grand s’il accepte de rendre service à Albin, profite d’une bonne nuit de sommeil de son maître pour écrire sur un petit carton le prénom et l’adresse de Zélie. Au petit matin, en découvrant le carton, Albin est dubitatif. Mais il prend scrupuleusement connaissance des mots de son poisson… et va sonner à la porte de Zélie, un bouquet de fleur à la main. La réponse de Zélie fuse :

Je m’en fous. (…) Les hommes en ce moment, ils ne sont pas en odeur de sainteté chez moi, ni même chez ma sœur. Je sais pas comment tu m’as trouvée, je sais pas qui tu es et je m’en tape complètement. Alors t’as l’air gentil, t’as une bonne tête d’ahuri, mais c’est le même tarif que pour les autres menteurs et lâcheurs qui portent une bite entre les jambes, tu rentres chez toi et tu m’oublies, ok ?

Leur relation aurait pu en rester-là, mais c’était sans compter qu’une soucoupe extraterrestre allait s’écraser sur la résidence de Zélie…

J’ai dû faire la même tête que vous en lisant la présentation de l’histoire… Pour dire vrai, je pensais même que je ne lirais jamais cet album tant le pitch ne venait rien bousculer en moi. Mais la Bonne Fébédée en avait décidé autrement lorsqu’elle est passée sur mon berceau. A l’époque, j’étais tout petite !!

J’ai donc découvert Albin et Zélie non sans rencontrer quelques difficultés mais après lecture, je constate que je suis sous le charme de la poésie de cet univers. Les difficultés me direz-vous ? Elles tiennent à deux choses.

Au récit pour commencer. Tantôt maîtrisé et cohérent, il souffre cependant de la présence de certains passages déstructurés, flous. Peut-être est-du à la versatilité du personnage de Zélie, jeune femme au caractère bien marqué que j’ai trouvé assez inconstante ? Finalement, Yannick Marchat tire très bien son aiguille du jeu ; le rendu est intéressant, il exploite bien les ambiguïtés de ses personnages ; en début de lecture, on imagine que le personnage d’Albin sera difficile à développer (il semble évoluer dans un univers étriqué et avoir un mode de pensée… tout aussi étriqué). Bref, une psychorigidité qui évolue de manière surprenante, un homme agréable. En revanche, alors que le dynamisme de Zélie présageait de succulents passages, je trouve au contraire que sa présence peut agacer. Elle est volubile et peut-être trop changeante. Quoi qu’il en soit, sa forte personnalité donne des lourdeurs au récit. J’ai malgré tout apprécié le fait de me tromper à son sujet : sur les premières planches, elle se présente comme quelqu’un de très sociable, on l’imagine entourée  d’amis, de proches… il n’en est rien mais elle semble se conforter dans ses faux-airs de femme assumée. Ceci associé au fait que le duo de personnages principaux est confronté à des événements inhabituels… je me suis plusieurs fois posé la question de savoir si je n’allais pas abandonner le récit en cours de route.

La présence d’Albin, poète et philosophe malgré lui, nous pousse cependant à poursuivre…

Seconde (et dernière) difficulté : au niveau graphique. Dans l’ensemble, le dessin de Yannick Marchat est lisible, très fluide. Sa découpe de planche donne une bonne dynamique au récit, il n’hésite pas à recourir à des visuels en pleine page pour moduler son rythme et forcer le lecteur à se poser sur l’ambiance d’un lieu, la magie d’une expression ou d’une sensation. Cependant, certains passages sont oppressants. J’ai eu l’impression que l’auteur avait une certaine difficulté à gérer les émotions / réactions des personnages pendant les moments marquants du récit. De plus, ces passages sont également utilisés pour marquer un tournant dans l’histoire, ce qui rend souvent les transitions (d’une scène à l’autre) un peu abruptes. Le noir s’impose alors, alourdi aussi bien le rendu visuel que le propos. Si les cases sont parfois difficiles à décoder, les mouvements des personnages (amplitudes, impression de vitesse…) sont épargnés. De fait, une scène de cataclysme (tremblement de terre) ou une scène durant laquelle les personnages tentent de briser la glace d’un plan d’eau (pour revenir à la surface après une longue apnée) ne sont pas immédiatement lisibles. Concrètement, il me semble que notre « œil de lecteur » est trop proche de la scène qu’il doit regarder, on se rend mal compte du contexte global dans lequel on est (pour résumer : j’aurais apprécié de pouvoir comprendre visuellement pourquoi Zélie panique et butte contre un obstacle plutôt que comprendre après coup ce qui s’est réellement passé au moment où elle reparle de la couche de glace avec Albin). Durant ma lecture, j’ai été régulièrement confrontée à cette situation, il me semble que l’auteur « zoom » abusivement sur la scène de l’action.

Pour finir, et quel que soit le contexte (action, réflexion…), la magie du moment prédomine. On ressent toujours que l’auteur nourrit une grande affection pour ses personnages.

PictoOKDu scepticisme et quelques doutes durant la lecture… mais tout cela s’efface peu à peu. Plus les jours passent et plus je m’éloigne de cette lecture… plus les jours passent et plus le souvenir que j’en ai se bonifie. Aujourd’hui, quatre jours après avoir refermé l’album, c’est un sentiment de douceur et de poésie qui prédominent. Les qualités d’Albin m’envahissent progressivement. Une belle rencontre avec un personnage atypique, si banal et si hors du commun…

Si vous aviez chassé l’idée de lire cet album, je pense que vous devriez au moins reconsidérer la question en le feuilletant et en vous imprégnant de l’ambiance des premières planches. Laissez-vous guider par votre accroche avec Albin 😉

La page Facebook d’Albin et Zélie.

Les chroniques de PaKa, EchosArt, Librairie l’Esperluète.

Albin et Zélie

Challenge Petit Bac
Catégorie Prénom

One Shot

Éditeur : La Boîte à Bulles

Collection : Contre-jour

Dessinateur / Scénariste : Yannick MARCHAT

(nouveau blog 09.2013 : http://yannickmarchat.tumblr.com/)

Dépôt légal : juillet 2012

ISBN : 978-2-84953-149-5

Bulles bulles bulles…

Les premières planches sur Digibigi.

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Albin et Zélie – Marchat © La Boîte à Bulles – 2012

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8 commentaires sur « Albin et Zélie (Marchat) »

  1. Un avis une fois de plus très détaillé et très argumenté. Je vais le feuilleter en librairie comme tu le recommandes. Mais ce n’est pas pour tout de suite. Je me suis juré de ne pas aller à la librairie avant fin août pour faire baisser ma PAL cet été. Et puis ces lieux de perdition sont trop néfastes pour mon porte monnaie^^

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    1. Merci pour les retours 😉 J’ai eu quelques info supplémentaires depuis la mise en ligne de mon article, concernant ces noirs qui s’imposent… je ne sais pas si je peux en parler ici. Je vais demander à qui de droit 😉

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  2. Bonsoir,
    je voulais faire une petite observation à propos des noirs que Mo trouve parfois oppressants et difficilement lisibles…
    J’ai fait une erreur de débutant, je m’en suis rendu compte après avoir vu l’album imprimé et je serais bien plus précautionneux la prochaine fois à ce sujet : pour Albin et Zélie, j’ai travaillé sur des planches de petite taille (24cm X 32 cm, un format que les collégiens connaissent bien^^) et mes noirs étaient traités de deux manières : soit en aplat, soit en hachures. Sur les originaux, les différentes valeurs de noirs sont lisibles et je me disais qu’il en serait de même dans le livre puisque la différence de taille entre les originaux et l’impression finale n’était pas spectaculaire, mais…
    Le passage au scanner, puis la réduction du format et l’impression finale ont parfois « écrasé » les différentes qualités des valeurs sombres. les noirs se sont égalisés, et parfois, la découpe des personnages sur ces fonds est très ténue, ce qui rend cet aspect « oppressant ».
    J’ose cependant espérer que le ton de l’album est suffisamment léger pour que le lecteur passe vite sur cette impression pour se laisser porter par le récit lui-même 😉

    Bonne soirée,
    Yannick

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