Mémoires de Viet Kieu, tome 2 : Little Saïgon (Baloup)

Mémoires de Viet Kieu, tome 2 : Little Saigon
Baloup © La Boîte à bulles – 2012

Clément Baloup poursuit ses recherches sur les diasporas vietnamiennes. Cette fois, elles le conduisent au États-Unis. Aidés de quelques amis et connaissances sur place, il va être guidé au cœur des communautés asiatiques des principales villes américaines : New-York, Los Angeles, San Francisco…

Confronté à la réticence des gens de confier leurs parcours à « un cartoonist », l’auteur accueillera cependant quelques précieux témoignages d’immigrés. Pour la plupart, ils ont traversé l’océan Pacifique à bord d’un boat-people, ont été confrontés à la sauvagerie des pirates et/ou à la précarité des camps construits à la hâte. D’autres ont fait un passage en France avant de rejoindre leur famille outre-Atlantique. L’expérience de ces hommes et de ces femmes est un réel traumatisme.

En préface, les propos de Dominique Rolland (Maître de conférences à l’Institut des Langues et des Civilisations Orientales ; autre lien pour son ouvrage De sang mêlé : clinique-transculturelle.org ).

Ainsi, Clément Baloup a repris ses recherches sur ses origines. Six ans après la première édition de Quitter Saïgon (premier tome de cette série), nous le savions soucieux de poursuivre son travail. Entre temps, en 2010, il publiait une version enrichie du premier tome de ses Mémoires de Viet Kieu et annonçait la sortie prochaine d’un second volume. Deux ans plus tard, fidèle au rendez-vous, il livre ce travail impressionnant : 250 pages, 1 an à sillonner les routes des États-Unis, 4 années de travail. Si le premier tome contenait exclusivement des témoignages d’hommes, celui-ci donne la parole aux femmes. Elles ont vécu la même tourmente, partagent les mêmes peurs si ce n’est qu’elles sont aussi victimes de viols (de la part des pirates, des soldats ou de leurs congénères vietnamiens) et par honte, s’enferment dans le silence.

Le travail de recherches menées par Clément Baloup va le conduire à la rencontre des différentes communautés asiatiques installées sur le sol américain. Il relate le quotidien de ces diasporas déracinées. A leur arrivée en Amérique, le premier constat est bien douloureux : mais où est cet Eldorado tant vanté ? Sitôt arrivées, ces familles ont dû faire face dans l’urgence aux besoins de première nécessité. Mais le barrage de la langue compromet fortement leur intégration. De nombreuses familles se sont installées en banlieue bien malgré elles (le coût des loyers étant la principale raison). La difficulté voire l’impossibilité de trouver un emploi les isole davantage. Certains parents sont mêmes totalement démunis face à l’éducation de leurs enfants.

« Je ne sais pas si c’est par mimétisme ou par réflexe de survie, mais les jeunes laotiens sont vite devenus violents. Ils sont déconnectés de la culture des parents. Ils ne croient plus qu’en la logique des gangs et la moindre embrouille peut dégénérer rapidement », dira Romy, jeune graphiste qui sert de guide à l’auteur durant son séjour à San Francisco.

Durant son voyage, Clément Baloup saisira l’occasion de visiter plusieurs quartiers asiatiques : Little Saïgon de San José, Little Tokyo de Los Angeles… Dans chacun de ces lieux, les mêmes constats : une attention particulière a été consacrée aux lieux (quartiers ou centres commerciaux). Les communautés ont eu la volonté de recréer minutieusement les devantures, les massifs de fleurs… comme il était de coutume dans leurs pays. « Dépaysant » est le mot qui semble le plus approprié tant l’atmosphère-même de ces lieux ressemble à s’y méprendre à celle du Pays. Ces galeries commerciales sont de petits havres de paix, des lieux essentiellement fréquentés par les membres des diasporas qui trouvent-là le réconfort et l’esprit de solidarité qui leur fait défaut aux Etats-Unis.

Mais non content de rapporter un regard sur un quotidien différent, il est allé à la rencontre d’hommes et de femmes, les a écouté et entendu ce qui, je pense, ont décidé certains à se confier à lui. L’ouvrage est construit autour de trois témoignages principaux, trois flash-back racontant les raisons qui ont poussé trois femmes à quitter leurs pays, leurs conditions de vie durant le « voyage » et l’installation en Amérique. Le dessin, très coloré et chaleureux pour la période actuelle, diffère légèrement sur les passages consacrés aux souvenirs : les teintes violacées y diffusent une nostalgie particulière et mettent en valeur les émotions des protagonistes.

PictoOKUn très bel album à découvrir. Bien que cette recherche soit impulsée par la quête personnelle de l’auteur, ce dernier n’y fait jamais référence. Sa démarche est celle d’un journaliste, d’un militant soucieux de consigner les témoignages et de les transmettre fidèlement pour qu’on n’oublie pas ce pan de l’Histoire. La position de Clément Baloup est très humble, il s’efface totalement derrière ses interlocuteurs. L’auteur fait preuve d’une réelle capacité à écouter… à entendre.

Je poursuivrais volontiers ma lecture sur ce sujet mais je n’ai trouvé aucune information concernant un hypothétique tome 3. Dix ans après Un automne à Hanoï… un retour probable au Vietnam pourrait peut-être « boucler la boucle » ?

Les chroniques : PaKa, Comité national de l’histoire de l’immigration, Journal Zibeline.

Mémoires de Viet Kieu

Tome 2 : Little Saïgon

Challenge Petit Bac
Catégorie Lieu

Série en cours ?

Éditeur : La Boîte à bulles

Collection : Contre-Cœur

Dessinateur / Scénariste : Clément BALOUP (+ Zarmatelier)

Dépôt légal : juin 2012

ISBN : 978-2-84953-129-7

Bulles bulles bulles…

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Mémoires de Viet Kieu, tome 2 – Baloup © La Boîte à bulles – 2012

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

6 réflexions sur « Mémoires de Viet Kieu, tome 2 : Little Saïgon (Baloup) »

    1. Il me semble effectivement que nous avions eu l’occasion de parler de « Quitter Saïgon » mais je ne sais plus à quelle occasion. « Little Saïgon » est bien plus conséquent et s’arrête plus longuement sur les témoignages

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    1. Oui, c’est ce qui m’a marqué en premier. J’ai ressorti le tome 1 et je les ai mis côte à côte, on n’a du mal à croire que c’est la même série. Même le format est plus grand. J’ai préféré ce tome à « Quitter Saïgon ». Les témoignages sont beaucoup plus fouillés, on a vraiment le temps de se mettre dans le contexte.

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