Torture blanche (Squarzoni)

Torture blanche
Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2012

« En décembre 2002 et janvier 2003, Philippe Squarzoni a fait partie de la 41è Mission de Protection du Peuple Palestinien dans les territoires occupés. C’est ce voyage militant qui est raconté dans les 80 pages de ce livre au fil duquel Squarzoni donne la parole aux autres membres de la mission. Au moment où le processus d’Oslo est dans l’impasse, alors que la deuxième Intifada bat son plein, « Torture Blanche » nous amène à la rencontre du peuple palestinien, mais aussi des forces pacifistes israéliennes. Dans un monde tout juste reconfiguré dans la lutte contre le terrorisme, le conflit israélo-palestinien semble un paradigme des logiques de la globalisation. Et, tout en décrivant les stratégies de conquête de l’état d’Israël au travers des colonies et du mur de séparation, Squarzoni met en valeur la dimension économique du conflit et son caractère colonial » (source : Les Requins Marteaux à l’occasion de la première édition en 2004).

Torture blanche
Squarzoni © Les Requins Marteaux – 2004

En 2012, la sortie de Saison Brune a donné lieu à plusieurs rééditions d’albums de Philippe Squarzoni chez Delcourt. Avantage direct : il est désormais possible de se les procurer facilement. L’occasion pour moi de vous parler d’un nouvel album sur le conflit israélo-palestinien (ça faisait longtemps ! :P) et qui traite des tortures psychologiques ou « tortures blanches ».

Torture blanche est un carnet de bord d’un séjour en Palestine effectué en décembre 2002.

« Nous sommes le 41è mission à partir dans le cadre des campagnes civiles internationales de protection du peuple palestinien. Le but de ces missions est d’essayer de limiter, par la présence d’observateurs internationaux, les souffrances infligées aux Palestiniens. En mars dernier, pendant l’opération Rempart, des militants ont accompagné les ambulances palestiniennes ou tenté de protéger des camps de réfugiés. Depuis, les missions se sont succédé ces derniers mois. Souvent sollicitées par les Palestiniens eux-mêmes. Il y a en ce moment plusieurs groupes en même temps que le nôtre. Une centaine d’internationaux… mais la spécificité de la 41è mission, c’est que nous sommes tous membres d’ATTAC ».

Entendez-le comme vous voudrez, mais pour moi, ces missions internationales n’ont d’autre but que de proposer un bouclier humain aux palestiniens. Ensuite, il y a les objectifs sous-jacents : apporter des vivres, vêtements, médicaments… aux palestiniens. Mais l’enjeu premier est la protection des populations et la question de la mise en danger de l’intégrité physique est omniprésente dans cet album :

Marie ? Tu veux bien marcher devant avec moi ? Tu es bonde. On a moins de chances de se faire tirer dessus si tu es devant…

La mission en elle-même n’a duré que quelques jours mais on ressent parfaitement le malaise de la situation. Passé le premier étonnement essentiellement dû au format de l’album (86 pages c’est assez maigre pour traiter ce sujet), j’ai grandement apprécié cet ouvrage qui venait à la fois confirmer des points abordés dans d’autres ouvrages que j’avais lu (bien que publiés après Torture blanche) et qui les complète bien. Il est vrai que c’est la première fois que je prends connaissance d’un album qui aborde le sujet de ces missions internationales de manière aussi précise.

L’ouvrage se découpe en six grands chapitres et la narration nous pose, dans un premier temps, auprès de chacun des membres de la 41è mission. Ainsi, on recueille leurs points de vue respectifs, on mesure leur engagement et leur positionnement quant aux actions à entreprendre et au contexte socio-politique en présence.

Au niveau graphique, le style est simple et sans artifices. Les dessins se contentent d’être descriptifs et servent les propos rapportés par l’auteur. Du reportage graphique des interventions en elles-mêmes (rencontres avec les populations, manifestations, compte-rendu visuel de l’état de la ville d’Hébron…), à la retranscription d’extraits d’interview durant lesquels les interlocuteurs interviennent pour parler du conflit (Squarzoni ne recourt à aucun artifice : l’interlocuteur est face à lui, assez immobile, installé devant un fond blanc… le lecteur « coute »). De plus, pour renforcer l’impact de son propos, Squarzoni injecte ponctuellement des photos prises sur le terrain, des cartes de la région et quelques visuels issus de l’imagerie collective. En somme, cette narration graphique déjà décrite lors de mon article sur Saison brune était déjà mise à l’épreuve par l’auteur en 2004, bien qu’elle moins efficiente sur Torture Blanche.

Un regard intéressant sur la détresse du peuple palestinien.

Si vous souhaitez lire d’autres albums sur ce sujet : Les chemins de traverse, Gaza 1956 – En marge de l‘histoire, Reportages, Gaza décembre 2008 – janvier 2009, un pavé dans la mer, Palestine – Une nation occupée, Valse avec Bachir, Faire le mur

Les chroniques : ActuaBD, Planete BD, SLG-BD, BD Paradisio, Association France Palestine solidarité.

Interview de Philippe Squarzoni réalisée en 2009 et mise en ligne par Iconophage.

Torture blanche

Challenge Petit Bac
Catégorie Couleur

One shot

Éditeur : Delcourt

Collection : Encrages

Dessinateur / Scénariste : Philippe SQUARZONI

Dépôt légal : mai 2012

ISBN : 978-2-7560-3096-8

Bulles bulles bulles…

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Torture blanche – Squarzoni © Guy Delcourt Productions – 2012

Publicités

10 commentaires sur « Torture blanche (Squarzoni) »

  1. J’ai bien envie de l’acheter celui-là !
    En parlant du conflit israélo-palestinien, je viens de terminer la lecture de « Comment comprendre Israël en 60 jours (ou moins) ». Un album que David m’avait conseillé à Angoulême (et que j’avais fait dédicacé d’ailleurs), donc ça date lol
    En tout cas je me fais l’écho de David, en te conseillant vivement de le lire si ce n’est pas déjà fait 😉

    J'aime

    1. J’avais feuilleté ton exemplaire je crois et je l’ai encore feuilleté hier pour la énième fois… mais le style me fait trop penser à Rutu Modan pour le moment. J’aimerais bien pouvoir dépasser ça avant de m’embarquer dans la lecture. En attendant, j’ai chopé le diptyque de Squarzo sur le Mexique ^^

      J'aime

  2. Tu te fais un mois Squarzoni ^^
    Lorsque l’on aime un auteur, généralement c’est dur pour le portefeuille lol

    PS: J’en profite pour corriger mes fautes « …J’avais fait dédicacer… » je crois que j’ai fait des fautes du même genre dans le commentaire sur « Lapinot »… la honte.

    J'aime

    1. Effectivement, depuis que j’ai lu « Saison brune », je n’ai de cesse de poursuivre ma découverte de Squarzoni. Il faut dire que je me régale généralement quand j’ai accès à une bd-reportage et qu’il n’y a pas tant d’albums que ça dans cette catégorie. Une fois que j’aurais terminé les Squarzo, je reprendrais mon bâton de pèlerin pour trouver un autre auteur. Le Roy, Delisle, Lefevre, Sacco, Igort… je les ai lus. Si tu as une idée pour m’aider dans mes recherches, je prends 😉

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s