Dessous (Corman)

Corman © Ça et Là – 2012
Corman © Ça et Là – 2012

« Dessous décrit la vie tumultueuse de deux sœurs issues de la communauté juive dans le Lower East Side de New York du début du 20ème siècle. Esther et Fanya sont deux sœurs jumelles, nées en 1900 dans ce quartier presque exclusivement composé d’immigrants en provenance d’Europe de l’Est et fraîchement débarqués aux États-Unis. Leur mère tient un atelier de confection et trompe allègrement son mari, un homme effacé. Les deux sœurs s’éloignent du giron familial dès l’adolescence, Fanya commence à travailler pour une avorteuse qui fera son éducation scolaire et politique. Esther, fascinée par des danseuses d’un théâtre burlesque local y prend des cours de danse tout en travaillant comme bonne à tout faire dans la maison close attenante. Les chemins des deux sœurs pourtant très liées l’une à l’autre vont progressivement diverger… » (Extrait synopsis éditeur).

Connaissant la ligne éditoriale de l’éditeur et le sujet de cet album, j’avais fait ce qu’il est de coutume d’appeler « un achat compulsif ». Je m’étais contentée de feuilleter distraitement l’ouvrage en librairie. C’est donc chez moi que j’ai découvert un graphisme que j’ai hâtivement jugé austère. Depuis le mois d’août dernier, date de la sortie (et de l’achat) de cet album, je n’ai donc eu de cesse de reporter cette lecture, sur un simple délit de « sale gueule du graphisme »… no comment…

J’ai pourtant eu beaucoup de plaisir à le lire, rechignant à interrompre ma lecture lorsque cela s’avérait nécessaire. La rencontre avec les jumelles se fait facilement et très vite, le lecteur se repère sans difficulté dans leur univers. La présence de termes yiddish tout au long du récit aide à cette immersion, comme s’il s’agissait d’une petite note exotique propice à l’installation de l’atmosphère. Ce qui m’a marqué, c’est la construction narrative qui s’affaire en premier lieu à installer les personnages féminins (principaux et secondaires) ; ce n’est que plus tard que le père des jumelles fait son apparition. En contrepartie, les deux chapitres centraux lui sont consacrés, seul flash-back du récit qui nous ramène en 1895 et 1896. Ce passage nous permet de comprendre les raisons qui ont conduit cet homme à quitter l’Europe de l’Est et à venir s’installer en Amérique aux côtés d’une femme acariâtre qui deviendra – quelques années plus tard – la mère de ses enfants. Les quatre autres chapitres s’arrêtent sur les années qui ont été décisives dans la vie des jumelles (1909, 1912, 1917, 1923).

Le trait est gras et maladroit mais il facilite grandement les choses au lecteur. On trouve naturellement notre place dans ce monde ; la place de spectateur est confortable, cela ne nous empêche aucunement de ressentir les soubresauts émotionnels du récit : ferveur, entrain, déception, douleur… tout y est. On laisse Leela Corman nous balloter tantôt aux côtés d’Esther, tantôt aux côtés de Fanya… j’ai eu beaucoup de plaisir à découvrir la destinée de ces deux sœurs indépendantes et rebelles. La petite mouche présente sur la joue gauche d’Esther écarte tout risque de confusion entre l’une et l’autre.

A l’instar de nombreux lecteurs, je n’ai pu m’empêcher de faire le parallèle avec Broderies de Marjane Satrapi et ce pour deux raisons. La première tient aux styles graphiques que je trouve proches (dessin minimaliste, trait gras, expressivité des personnages). La seconde tient aux choix narratifs : des éléments autobiographiques sont présents dans les deux récits (bien que ce soit plus ténu dans Dessous), un univers qui s’installe presque exclusivement autour de personnages féminins qui s’émancipent et s’affranchissent de certaines conventions. On parle ici assez ouvertement de sexe, les personnages ont une franchise assumée, le ton est espiègle par moment… J’arrête les comparaisons en disant que j’ai eu un plaisir non dissimulé à lire ces deux albums.

PictoOKTrès belle découverte d’un auteur qui signe-là son premier roman graphique. Le trait de Leela Corman est simple et élégant, le récit est captivant, je ne peux que vous conseiller cet album.

Les chroniques : Pénélope Bagieu, PaKa, Sarah Despoisse (Culturopoing),

Dessous

The-reading-Comics-challengeOne shot

Editeur : Ça et Là

Dessinateur / Scénariste : Leela CORMAN

Dépôt légal : août 2012

ISBN : 978-2-916207-74-2

Bulles bulles bulles…

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Dessous – Corman © Ça et Là – 2012

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7 commentaires sur « Dessous (Corman) »

    1. J’ai cherché cherché cherché sur ton blog, j’étais sûre que tu l’avais présenté cet album !! J’espère qu’il te plaira du coup !! Tu nous diras ?? 😀

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    1. Très bel album, beaucoup de finesse. J’ai eu beaucoup de plaisir à voir ces deux sœurs murirent. Pas de coup de cœur, pas de larmes versées à la fin mais tout de même un petit pincement au cœur quand j’ai découvert le dénouement.

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  1. Comme je te disais sur Babelio, pas remarqué le petit élément distinctif entre soeurs ! dommage, ça m’aurait épargné qqs retours en arrière ! 😉
    Comme toi, j’ai pensé à Marjane Satrapi pour le trait et à Zeina Abirached.

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    1. Je ne l’ai pas remarqué tout de suite non plus. J’ai cafouillé sur les premières pages. D’autant que lorsque les deux sœurs sont enfants, rien d’autre ne les distingue que cette petite mouche.
      J’ai également pensé à Satrapi (moins à Abirached car je vois déjà cette auteure dans le sillage de Satrapi ^^ … et puis parce que je n’ai pas aimé le seul album que j’ai lu d’elle peut-être).

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