La clé du chateau rose (Forichon)

Forichon © Akileos – 2013
Forichon © Akileos – 2013

Ce jour-là, Matthieu a prévu de retrouver deux de ses oncles à la maison de sa grand-mère. Ils déménagent ce qui reste encore dans la propriété familiale car la maison sera vendue sous peu.

La journée est pluvieuse. Matthieu sait que c’est la dernière fois qu’il vient ici. Il est nostalgique d’autant que chaque recoins de la bâtisse le ramène une vingtaine d’années en arrière. Le salon et ses veillées de Noël, le jardin et les apéritifs en famille, le vieux platane et son trésor…

Il n’avait que 10 ans lorsqu’une après-midi d’été, il déterre une bouteille en faisant des « fouilles » dans le jardin. Matthieu et Thomas, son frère cadet, sont surexcités en découvrant le vieux parchemin qu’elle contient. Matthieu lit à voix haute le message qu’il contient : « J’ai pris soin d’enterrer la clé de l’antichambre au pied d’un jeune platane ». Dès le lendemain, les deux enfants se mettent à la recherche du platane, puis de la clé. Une fois en leur possession, il s’agit pour les jeunes frères de mener l’enquête qui les mènera, ils en sont sûrs, à un fabuleux trésor…

La clé du château rose est un récit autobiographique. Qui plus est, c’est le premier album en solo de Matthieu Forichon. Avant cela, l’auteur a participé au Collectif Projet Bermuda. Il travaille en tant qu’illustrateur.

Avec cet album, il nous fait cadeau de quelques-uns de ses souvenirs d’enfance et, en prime, nous gratifie d’une réflexion sur l’enfance et son importance dans notre vie d’adulte. Le scénario se construit autour de deux périodes dans lesquelles l’auteur puise son inspiration.

L’enfance et ses souvenirs intarissables nous accueillent dès les premières planches avec ses couleurs chaudes et vives. Un sentiment de bien-être et de bonheur se dégagent. C’est le temps de l’insouciance, des jeux que l’on invente sans modération. On court, on se cache, on s’invente des rêves que l’on vit tout éveillé. Par bribes, ces émotions submergent l’auteur-narrateur ; elles reviendront régulièrement dans le récit ce qui donne à ce dernier un côté pétillant très agréable. Et même si ces souvenirs-là ne sont pas les nôtres, on apprécie toute l’énergie qu’ils diffusent et on construit nos propres passerelles vers nos souvenirs les plus chers. J’avais déjà ressenti cela dans Un air de paradis d’Arnaud Quéré.

En parallèle, le présent et sa grisaille contrastent avec l’insouciance initiale. La grisaille est d’autant plus renforcée par le fait que l’épisode décrit a lieu au cours d’une journée pluvieuse. Avec ce fait plus récent de la vie de Matthieu Forichon, on perçoit l’adulte qui pose un regard mature sur les événements. La gravité de l’instant présent (vente de la maison familiale) rend l’auteur nostalgique pourtant, il ne semble pas s’être fait violence pour venir en ce lieu. Ses propos évitent totalement l’écueil du pathos, comme s’il vivait une sorte de rite de passage nécessaire. Il y a une forme d’optimisme dans les propos qu’il tient. Il se saisit des lieux pour nourrir une réflexion sur l’enfance, la famille, les souvenirs, la mémoire familiale. La vie est constituée de différentes étapes. Celle qu’il vit actuellement est une pierre supplémentaire qu’il rajoute à sa vie… dans quelques temps, ce moment deviendra un souvenir important :

« – Vous en avez des souvenirs ici, hein ?
– Y’en a plein la maison… Il y a quelques années encore, je me disais qu’un jour, je la rachèterais pour les garder près de moi. Finalement, je n’ai acheté que Puantor *.
– Moi aussi, j’y ai pensé. Et puis les murs ne seront jamais que de la pierre. Et tous nos souvenirs du papier peint ».

* Puantor est un personnage de Dessin animé.

PictoOKOn profite d’une agréable bouffée de nostalgie durant cette lecture. Le trait sobre et spontané illustre parfaitement les propos de l’auteur et le choix de couleurs nous guide durant ce voyage entre passé et présent.

Un album touchant dans lequel malice et nostalgie font très bon ménage.

Extrait :

« Rester dans la ville de son enfance pour veiller sur sa mémoire ou la quitter pour y revenir un jour. Accepter que la vie de cette ville que l’on a bien connue continue sans nous. Qu’elle change et efface certains de nos souvenirs. On passe une grande partie de notre enfance à fabriquer des souvenirs. Les années passent et on les laisse quelque part en pensant les retrouver plus tard. Ils deviennent des tableaux, des musiques, des parfums. Des morceaux de temps qui nous surprennent au coin d’une rue, en bas d’un escalier… » (La clé du château rose).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Couleur : rose

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

La clé du château rose

One shot

Editeur : Akiléos

Dessinateur / Scénariste : Matthieu FORICHON

Dépôt légal : février 2013

ISBN : 978-2-35574-108-1

Bulles bulles bulles…

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La clé du château rose – Forichon © Akileos – 2013

9 commentaires sur « La clé du chateau rose (Forichon) »

  1. Je crois que ça pourrait me plaire. On arrive à un âge (je dis « on » pour toi Mo’ parce que je sais que l’on est nés la même année^^) où ce genre de récit se retournant sur l’enfance nous parle.

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    1. Oui, c’est le même regard tendre que dans « Chaque chose ». J’avais pensé à Julien Neel et à Alfred durant ma lecture.
      J’ai bien profité d’Angoulême mais c’est passé trop vite ^^ Je rentre avec plein d’images en tête et une bonne dose de fatigue !! 😀

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    1. Une fois la lecture engagée, on perçoit assez vite si on adhèrera au style ou non. Ici, c’est plus le récit qui porte le lecteur… les illustrations campent les ambiances. Si tu n’aimes pas mais que tu as envie d’une petite bouffée de nostalgie similaire, il y a « Un air de paradis » (Quéré) que je citais en référence 😉

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