La patience du tigre (Bernard)

Bernard © Casterman – 2012
Bernard © Casterman – 2012

Face à la détermination et à la persévérance de Victoire, le « Strippo » (meuble italien du XVè siècle) rapporté de Cuba révèle un à un ses secrets. Et lorsque la jeune femme trouve le vingt-septième indice caché dans le meuble, il ne reste alors plus qu’à reconstituer le puzzle et résoudre l’énigme qui les conduira à un mystérieux trésor. Mais la tâche s’avère ardue.

Cette effervescence ravive d’autant plus le gout prononcé d’Eugène et de Jeanne pour les grands voyages. Leur décision est rapidement prise : il est temps de repartir pour une nouvelle aventure qui les conduit tout d’abord dans le Yorkshire pour y rencontrer le père d’Eugène. Ce dernier, grand érudit bibliophile, accepte de les aider à résoudre les énigmes du meuble.

Puis, cette quête les emmène aux Indes, un continent qu’ils n’avaient pas exploré jusque-là.

Près de 9 ans après le dernier album de cette série (album intitulé L’Ivresse du Poulpe), Fred Bernard nous gratifie d’un ouvrage de 500 pages venant ainsi faire revivre son héroïne : Jeanne Picquigny.

patiencedutigre01Le plaisir de la retrouver est réel, sa force de caractère est intacte et, comme à l’accoutumée, le tempérament de la jeune femme fait tout le sel de ce récit. De même, le lecteur retrouve également les personnages qui l’accompagnent depuis le début : Victoire (son amie excentrique et exubérante), Eugène avec qui elle partage désormais une vie de couple stable et Louise (sa meilleure amie).

Le groupe va une fois de plus s’étoffer et accueillir de nouveaux protagonistes : Pamela Baladine Riverside et Barberine Love Peacock, deux femmes qui ressurgissent du passé d’Eugène. Elles vont, tour à tour, permettre à cette nouvelle quête insensée d’aboutir.

Comme dans les précédents albums de la série Une aventure de Jeanne Picquigny, nous retrouvons les principaux ingrédients autour desquels s’ordonne le récit : aventure et sensualité. Fred Bernard n’hésite effectivement pas à dénuder ses personnages, essentiellement les femmes, et à les faire évoluer dans le plus simples apparat. Il n’y a là rien de vulgaire ou d’obscène. On assiste généralement à des instants durant lesquels la complicité entre Jeanne et Pamela se consolide. L’auteur profite également de ces moments pour redonner du souffle à l’intrigue en s’appuyant sur les confidences des deux femmes.

On retrouve enfin ce graphisme propre à Fred Bernard. L’ambiance graphique est chargée au point d’en être parfois suffocante, à tel point que l’œil du lecteur peut facilement se perdre dans la contemplation des nombreux détails, la profusion de spirales et d’ornements divers qui s’étalent en arrière-plan sur les murs, les façades… Pour ma part, j’ai choisi de passer outre de façon quasi systématique cette partie des illustrations. Cela m’a certainement permis de gagner quelques heures de lecture et d’éviter de m’égarer davantage dans des dédales déjà nombreux de cette histoire…

… car non content de développer de manière parfois outrancière ses illustrations, Fred Bernard prend le temps de déplier chaque étape de son long (et lent) récit. L’auteur préfère visiblement rendre compte des rapports entre qui se nouent entre chacun de ses personnages. Malheureusement, cela impacte sur le scénario qui manque souvent cruellement de dynamisme. Jeanne a-t-elle vieilli au point d’avoir perdu le goût de l’aventure ?

PictomouiPictoOKRésultat, on s’ennuie légèrement durant la lecture. On fait trainer, on fait des pauses, on reprend le fil pour quelques pages puis on s’endort… En cela, je suis un peu déçue de cette lecture qui m’a permis de passer un bon moment mais le plaisir n’était pas à la hauteur de mes attentes. La patience du tigre clôt la troisième époque de la série dédiée à Jeanne Picquigny. Elle nous laisse en aout 1925… et dans la promesse d’un futur quatrième tome. Il me tarde de le découvrir… en espérant toutefois que la langueur aura quitté la plume de Fred Bernard.

Une interview de Fred Bernard réalisée à l’occasion de la sortie de La patience du tigre.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Animal : tigre

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Extraits :

« En grandissant, les bibliothèques deviennent des êtres vivants. Les livres sont faits de papier et de cuir, de bois et d’animal. Avec le temps, la bête ou le végétal passe d’une pièce à l’autre. Elle envahit lentement, insensiblement tous les murs, grimpe à l’assaut des plafonds. Elle déplace, puis élimine les tableaux, les objets qui la dérangent. Et croyez-moi, je la laisse faire, bien incapable de la tailler ou de la castrer. J’aime ma bibliothèque !!! » (La patience du tigre).

« Je disais que faire des enfants est une étrange expérience. La seule que l’on fasse pour la vie avant même de savoir si cela va nous plaire » (La patience du tigre).

«  – Et vous vous y connaissez en amour comme en vin, M. Python ?
– Oh que oui ! Le problème est toujours le même ou presque. Ça commence par le bonheur immense ! Soudain, une femme entre dans votre vie sans frapper et tombe brutalement amoureuse ! Forcément, on se demande ce qu’elle nous trouve. On sait déjà bien, ce qu’elle nous reprochera tôt ou tard… On s’en fout ! On fond ! On fonce ! On s’engage et on s’enfonce ! Petit à petit… On cède ici, on concède là, on se laisse polir au lit comme dans le lit d’une rivière. On ne peut pas faire autrement ! Et au final, on finit par ne plus lui plaire, parce qu’on a changé. On s’est laissé faire, on est remodelé. Le travail est achevé. Elle nous reproche ce qu’on est devenu et l’amour s’en va ! C’est comme ça. Toute ivresse passe » (La patience du tigre).

«  Aucune organisation, aucune foi, aucun dogme ne vous aideront à apprécier pleinement la chance qui vous est faite d’être en vie. Toute tentative pour sortir du réel ne sera jamais qu’une fuite ou une évasion » (La patience du tigre).

Une aventure de Jeanne Picquigny

Tome 3 : La patience du tigre

Série en cours

Editeur : Casterman

Collection : Ecritures

Dessinateur / Scénariste : Fred BERNARD

Dépôt légal : août 2012

ISBN : 978-2-203-04900-0

Bulles bulles bulles…

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Une aventure de Jeanne Picquigny, tome 3 – Bernard © Casterman – 2012

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

15 réflexions sur « La patience du tigre (Bernard) »

    1. Les deux premiers tomes m’avaient réellement plus. Le rythme de celui-ci est particulier. Je n’ai pas relu les deux premiers tomes avant de me plonger dedans mais je n’ai pas tout à fait trouvé ce que je venais y chercher ^^

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  1. Désolé de t’avoir lâchement abandonnée sur cette lecture commune mais à te lire je me dis que j’aurais eu beaucoup de mal à aller jusqu’au bout. Quand je pense que je n’ai toujours pas terminé L’ivresse du poulpe…

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        1. Ah mince !Pourtant, j’avais souvenir que les deux premiers tomes de la série étaient plus rythmés. Du moins, ils sont plus directs 🙂

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  2. Tu traduis parfaitement mon ressenti sur cet album qui, à mon avis, est pour les grands fan de la série (j’y inclue Lily Love Peacock).
    Je ne sais pas si ça ne commence pas à être un problème dans cette collection d’ailleurs. Je trouve que Casterman multiplie les pavés mais sans que cette longueur soit justifiée dans l’histoire (je pense notamment à Habibi). Longueur, profondeur et qualité ne font pas forcément bon ménage.

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    1. Bon David, il y a un soucis : tous tes commentaires vont systématiquement dans les « indésirables » ^^
      Sinon oui, ce n’est de toute façon pas par cet album qu’il faut commencer pour découvrir Fred Bernard et je pense également qu’il est destiné aux fans de la série. Mais il n’en reste pas moins que c’est trop lent. Si Jeanne conserve son caractère, je trouve que la fougue qu’elle avait dans les précédents tomes manque un peu. La maternité la rend épanouie mais le côté « grande aventurière » est bien grignoté ^^

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      1. Si c’est comme ça, j’me casse !!!

        Bon, pas avant d’avoir répondu quand même 🙂
        Oui, le personnage a beaucoup évolué. En même temps, elle a vieilli aussi alors bon, disons qu’elle fait un peu plus attention à elle.
        La lenteur à la rigueur, pourquoi pas ? ça peut être un parti pris. Sauf qu’il y a quand même pas mal de passages qui sont très peu utiles (et répétitifs par rapport aux autres).

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        1. Oui, oui oui ^^
          Beaucoup de passages trop lents, trop longs… reste à voir si tous ces détails en apparence superflus auront une quelconque utilité dans le tome 4 (là aussi je suis étonnée, je pensais que cette série était un diptyque ^^)

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  3. Je ne lis pas ton article parce que je n’ai pas encore relu les deux premiers et après quelques pages j’ai bien vu que je ne comprenais pas tout parce que je ne me souvenais pas de tout… J’ai juste vu qu’on s’ennuyait un peu… Mais j’ai vu Fred Bernard en dédicace et il était beaucoup plus enthousiaste que toit!! 😆

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    1. Heureusement qu’il est plus enthousiasme que moi 😛 Combien d’années a-t-il consacré à la réalisation de cette petite brique ?? Deux ? Trois ?? Ne reconnait-il pas qu’il s’est un peu égaré à certains moments ?? 😀

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  4. Aïe, aïe, aïe…Ce n’est pas très encourageant de savoir que tu as trouvé des longueurs dans cette lecture! C’est un gros album et c’est celui que je commence aujourd’hui à moins que je n’aille en chercher un autre, si j’en ai le temps pour m’éviter une désillusion de plus. je les accumule ces derniers temps! 😦

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    1. Si tu veux lire du Fred Bernard et passer un bon moment, il y a « Lily Love Peacock » ou « Ursula… ». Quant à cet album… si tu tiens à le lire, arme-toi de patience ^^ Tu avais lu les tomes précédents de la série ??

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