Vent d’est, vent d’ouest (Buck)

Buck © Le Livre de Poche – 2012
Buck © Le Livre de Poche – 2012

Chine, années 1920.

Issue d’une famille aisée, Kwei-Lan a été élevée dans le respect des traditions issues de la Chine féodale. Dès l’âge de 6 ans, elle a donc été éduquée en vue de se marier un jour, avec le plus jeune fils d’un ami de son père.

C’est lors de la cérémonie de mariage qu’elle rencontre son époux pour la première fois. Elle ne connait rien de cet homme si ce n’est qu’il est de six ans son aîné et qu’il revient d’Europe où il a fait ses études de médecine. A sa grande stupeur, c’est un étranger qu’elle découvre. Sitôt installée en ménage, elle constate que cet homme a tout oublié des rites et des coutumes chinoises, qu’il la délaisse au profit de son activité professionnelle. Lorsqu’il rentre le soir, c’est un homme fourbu, vêtu à l’occidentale et tout affairé à ses lectures qu’elle doit côtoyer.

Tous les enseignements que lui a inculqués sa mère en vue de séduire son époux seront inutiles. Pour lui plaire, elle ira jusqu’à accepter de se débander les pieds…

Suite à ma chronique sur Les pieds bandés de Li Kunwu, Nahe m’a gentiment proposé de l’accompagné sur la (re)lecture de ce roman de Pearl Buck. Il y avait bien longtemps que je n’avais saisi l’occasion de lire cette auteure, ce projet de lecture commune me plaisait donc à plus d’un titre !

C’est donc avec une envie non dissimulée que j’aie entamé cette lecture. J’appréhendais d’avoir déjà lu ce roman ce qui était effectivement le cas. Pourtant, cela doit faire une bonne quinzaine d’années que ma première lecture a eu lieu et j’ai eu grand plaisir à retrouver ce récit.

Le rythme s’envole progressivement et suit l’état d’esprit de la jeune femme. Nous la découvrons tout d’abord affairée aux préparatifs de son mariage, puis l’excitation fait place au désenchantement face à la réalité et à l’étrange personnalité de son époux. Passée la mélancolie, le récit s’envolera vers un nouveau rythme permis par l’étonnement et la découverte quasi-constants dans lesquels se retrouve la narratrice, du fait des nouveaux apprentissages qu’elle est amenée à faire.

Je ne me rappelais pas que ce roman se composait d’une succession d’émotions et d’états d’esprit qui se succèdent aussi naturellement que les saisons, tel le printemps qui succède à l’hiver et qui marque ainsi une nouvelle période de la vie.

« Jusqu’ici, nous semblions n’avoir rien à nous dire. Nos pensées ne se rencontraient jamais. Je me bornais à l’observer, m’étonnant sans comprendre. Lui ne me regardait pas du tout. Nous nous adressions la parole, comme deux étrangers courtois, moi timidement, lui avec une politesse choisie qui m’ignorait. Mais à présent que j’avais besoin de lui, il s’aperçut enfin de ma présence ; il me questionna et s’intéressa à mes réponses. Quant à moi, l’amour qui tremblait dans mon cœur s’affermit, et devint de l’adoration. Je n’aurais jamais songé qu’un homme pût se pencher si tendrement sur une femme ».

Mais ce récit est avant tout une réflexion touchante sur les traditions chinoises. Le changement qui a conduit une génération abandonner les us et coutumes ancestrales pour s’ouvrir à la modernité. Conflit de générations principalement focalisé sur un refus d’entretenir certains rituels, de donner de la crédibilité à de vieilles superstitions… Outre les mariages forcés, Pearl Buck passe également au crible la tradition des pieds bandés. Elle montre avec beaucoup de finesse le difficile renoncement que la jeune femme doit réaliser, renoncement qui lui permettra – elle l’espère – de séduire son mari. Ainsi, en acceptant de se débander les pieds (alors que cette coutume représentait pour elle tant de souffrances et d’attention quotidienne), l’auteure nous permet de mesurer la gravité de la situation et l’importance du sacrifice auquel la jeune femme consent.

Je suis comme un pont fragile, reliant à travers l’infini le passé et le présent.

La narration est chantante malgré la gravité des sujets abordés dans cet ouvrage. La narratrice s’exprime par le biais de lettres qu’elle rédige à l’intention de sa sœur. Elle se livre avec pudeur, veille à soigner aussi bien le fond que la forme de ses propos.

PictoOKSuperbe roman au style raffiné que je vous invite à (re)découvrir. Magnifique témoignage sur les traditions et la rencontre entre deux cultures que tout sépare.

Une lecture que je partage avec Nahe, je vous invite à cliquer sur ce lien pour pouvoir vous régaler de sa chronique littéraire.

Extraits :

« Mais les mots sont des moules trop raides pour contenir l’essence spirituelle de l’amour. Autant emprisonner un nuage rose dans un vase de fer, ou chercher à peindre un papillon avec un dur pinceau de bambou » (Vent d’est, Vent d’ouest).

« Ce sont des jours cruels pour les vieux ; aucun compromis n’est possible entre eux et les jeunes ; ils sont aussi nettement divisés que si un couperet neuf avait tranché la branche d’un arbre » (Vent d’est, Vent d’ouest).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Phénomène météorologique : vent d’Est

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013

Vent d’est, Vent d’Ouest

Roman

Editeur : Livre de Poche

Auteur : Pearl BUCK

Dépôt légal : février 2012 (47è édition)

ISBN : 978-2-253-00468-4

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

22 réflexions sur « Vent d’est, vent d’ouest (Buck) »

    1. Lasse de solliciter des souvenirs de lecture qui me confortaient dans l’idée que j’appréciais cette auteure mais sans pouvoir argumenter outre mesure ^^
      Je suis donc très contente de pouvoir de nouveau matérialiser les raisons qui m’avaient conduites à lire plusieurs romans de Pearl Buck il y a… 15 ans ? 20 ans ?? ^^
      En puis j’ai eu la chance d’être accompagnée de Nahe dans ce moment de lecture. Vraiment, cela aurait été dommage que je me prive de ça ! 🙂

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    1. Ah oui !! ^^ Mais contrairement à de nombreux blogs, les romans sont ici contraints de jouer des coudes pour avoir une petite place au milieu de toutes ces BD ^^
      Très bonne journée à toi 😉

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  1. Jamais lu Pearl Buck, ça a pourtant l’air très bien. Joli billet en tout cas, j’espère que le prochain parlant d’un roman ne se fera pas attendre trop longtemps…

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    1. Merci pour les retours Jérôme. Quant au prochain billet littéraire, j’ai la matière première à la maison… reste à savoir si l’envie d’en parler sera là 😉

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  2. Je me souviens avoir bien aimé la lecture de Pearl Buck quand on lisait encore ses livres. J’avais lu celui-ci et  » La mère », si émouvant ce dernier qu’il m’avait fait pleurer! Je suis contente que tu la remettes un peu à l’honneur et je la relirais bien volontiers mais j’ai perdu ses livres et heureusement s’ils sont en Poche!

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    1. La mère m’a beaucoup plus marquée car, beaucoup de lecteurs, c’était avec ce roman que j’avais découvert l’auteur.
      J’ai longuement fureté la dernière fois, je pense que je vais me racheter plusieurs Pearl Buck également ^^

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  3. Merci de m’avoir accompagnée dans ce voyage : on y découvre un monde en ébullition, en changement. Ton billet le rend parfaitement. J’ai retenu comme toi les émotions et la poésie de Kwei-Lan, le passage sur ses pieds aussi. Après les sacrifices de son enfance, elle doit renoncer à nouveau et ensuite, accepter l’aide de son mari. Très fort aussi, l’entretien préalable avec la mère qui se plie également… Faut-il y voir la vieille Chine qui se courbe face à la modernité ? Ou le peu d’importance du sujet puisque Kwei-Lan n’est qu’une fille ?

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    1. Le sujet est tout aussi bien abordé dans « Les pieds bandés ». Cependant, l’héroïne de l’album préférait s’exiler dans son village natal, loin du tumulte urbain, pour continuer à vivre avec les valeurs dans lesquelles elle avait grandi. L’héroïne des Pieds bandés, bien que courageuse, ne serait toutefois pas parvenue à se débander les pieds.
      Ce roman vient parfaitement compléter les propos du mangaka et permet de poser un autre regard, très complémentaire, sur l’acceptation progressive de cette « nouvelle Chine ». J’ai réellement apprécié la manière dont Pearl Buck met en parallèle ces différentes générations d’hommes et de femmes ; entre ceux qui optent pour le changement radical, ceux qui s’accrochent à leurs repères et ceux qui font « transition »
      J’ai apprécié le fait que nous puissions redécouvrir ensemble ce récit. Merci 😉

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    1. Je suis dans le même cas que toi 😉 J’ai lu plusieurs de ses romans pendant mes années lycées mais excepté « La mère », je ne sais plus lesquels j’ai lus 😳
      Pour « Vent d’Est, Vent d’Ouest », je me suis très rapidement rendue compte que je connaissais cet univers.

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  4. J’ai lu pas mal de romans de Pearl Buck quand je suis entrée au collège, et depuis plus rien. Le premier que j’ai lu était celui-ci, dont je me souviens étonnamment bien. Encore un auteur qu’il faudrait que je relise pour voir comment je l’appréhende maintenant, après tant d’années.
    Dans une veine un peu similaire, as-tu lu L’arbre au soleil, d’Osamu Tezuka, sorti il y a quelques années? J’avais beaucoup aimé ce manga.
    Et j’ai noté La voiture d’Intisar, qui me tente bien.

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    1. Comme toi, ma lecture des romans de Pearl Buck date des années collège. J’avais attaqué avec « La mère » (il me semble qu’il était au programme) puis j’avais rayonné ensuite sur le reste de sa bibliographie en faisant des impasses sur certains titres mais je ne parviens pas à savoir lesquels. Bien envie de mettre les vacances d’été à profit pour découvrir et redécouvrir tout cela.
      Concernant le Tezuka, pas lu ! Donc je note 😉

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  5. Merci pour cette chronique bouquinesque ! Je passe souvent à côté de romans de Buck, que je connais seulement de nom. Mais je n’ai jamais su par quel livre attaquer son oeuvre. Voilà qui me donnera une petite idée, je pense que ça pourrait me plaire.

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    1. Un roman très abordable. Aussi étonnant soit-il mais le fait est que ses 150 pages suffisent amplement à Buck pour construire son récit, développer ses personnages, diffuser une douce poésie et retranscrire la difficile transition entre maintien des traditions et passage à la modernité. Après, il y a son incontournable « La mère » auquel tu ne peux pas couper ^^

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    1. Ravie de lire ton retour. J’ai toujours gardé d’excellents souvenirs de ses romans (même si je n’ai pas la mémoire des titres de roman ^^). Ce roman me semble parfait pour commencer. Ni trop long ni trop court (150 pages), il permet de se sensibiliser à son style tout en profitant d’un récit complet. J’espère que tu aimeras 😉

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