Terra Australis (Bollée & Nicloux)

Bollée – Nicloux © Glénat – 2013
Bollée – Nicloux © Glénat – 2013

1782, Angleterre.

La misère et la surpopulation carcérale sont les principaux fléaux que la couronne britannique tente de résorber. Le roi Georges III se remet difficilement de la défaite cuisante de ses armées aux Amérique et cherche à ancrer son hégémonie sur de nouveaux territoires.

11 navires de « colons » anglais prennent la mer durant l’hiver 1786-1787 pour rejoindre le cinquième continent et suivent la trace de James Cook qui découvrit, quelques années plus tôt, la Terra Australis au cœur de l’Océan Pacifique.

Le commandement de cette flotte est confié à Arthur Phillip qui endosse ainsi la responsabilité de mener à bon port près de 1 500 hommes et femmes (dont la grande majorité d’entre eux étaient des bagnards), de poser les fondations d’une nouvelle colonie en terres australes et de penser intelligemment la cohabitation avec les indigènes.

« Les miens vivent ici depuis le début des temps. Vérité première et finale. Je ne sais même pas si mon pays a des frontières » (Terra Australis).

Cinq années de réalisations ont été nécessaires pour permettre à Terra Australis de voir le jour. Pour se faire, Laurent-Frédéric Bollée a eu recourt à une documentation importante qu’il partage avec nous en fin d’album.

Cet album diffuse en permanence des relents d’épopée que l’on perçoit dès la première page. Pourtant, j’ai temporairement souffert durant le long passage nécessaire à la mise en place des différents protagonistes. En effet, une bonne centaine de pages seront nécessaires pour nous permettre de faire la connaissance des personnages principaux ; en une vingtaine de pages, Laurent-Bollée brosse les différents traits de leurs personnalités respectives et nous permet de comprendre par quel concours de circonstance ils en sont venus à faire partie de cet équipage. Si cela n’avait tenu qu’à moi, je me serais engouffrée sans sourciller aux côtés de chacun… les bonds abrupts que nous effectuons pour les découvrir à tour de rôle m’ont donc mise à mal. Mais cette longue introduction est nécessaire, elle nous renvoie en permanence au fait que l’Histoire s’est construite grâce à une somme d’individualités célèbres et anonymes, un choix narratif qui s’avère pertinent pour ce genre de récits.

On entre donc progressivement dans le récit et on finit par se laisser porter par cette épopée retranscrite sur environ 500 pages. Le prologue nous permet d’ailleurs de faire un parallèle intéressant entre les us et coutumes des uns et des autres : cérémonie marquant le passage des jeunes à l’âge adulte pour les Aborigènes et beuverie dans les règles pour les colons. Un choc de cultures qui avait déjà des précédents. Grand humaniste, le Gouverneur Phillip se fera un devoir de ne pas réitérer les erreurs du passé (avilissement des populations locales).

L’ouvrage se découpe en trois parties qui permettront au lecteur d’aborder les préparatifs du voyage, le voyage en lui-même (plus d’un an et demi de traversée avec trois escales seulement) et l’installation de la colonie sur les terres australiennes à Botany Bay. Une fois arrivés sur place, et compte tenu de l’environnement local, les colons décideront finalement de remonter le long de la côte et éliront domicile à quelques kilomètres de là dans une baie plus propice à leur installation… ils poseront les premières fondations de Sydney.

Aux alentours de la page 140, les principaux personnages commencent à se réunir. L’intérêt du lecteur à l’égard de cet album se matérialise, le rythme narratif s’installe et on s’autorise alors à investir chaque protagoniste. Le voyage est encore long jusqu’au dénouement. Certes, quelques passages sont didactiques mais je n’ai pas trouvé qu’ils alourdissaient les propos. Au contraire, c’est un des atouts de cette lecture qui nous permet d’enrichir nos connaissances tout en profitant d’un superbe voyage graphique.

En effet, taire le travail réalisé par Philippe Nicloux serait une grave erreur. Dès la première page, on ne peut qu’être bluffé par la maîtrise dont il fait preuve et la force de ses visuels. Du noir, du blanc et aucun autre accessoire graphique. Le dessin est fouillé, lumineux ; en un mot : superbe. Difficile de ne pas apprécier une ambiance graphique d’une telle qualité.

PictoOKAu final, malgré les difficultés rencontrées dans la première partie de l’album, j’ai apprécié ce récit (sans en faire un coup de cœur). Pourtant, je reconnais que sans l’invitation de Jérôme à découvrir cette histoire, je ne m’y serais certainement pas risquée. L’ouvrage est imposant et de telles épopées ne figurent habituellement pas (ou rarement) dans les récits vers lesquels j’aime me plonger. J’ai acheté l’album sans même le feuilleter, c’est à peine si j’avais lu le synopsis (les quelques éléments que j’avais lu à l’époque m’avaient conduite à faire une légère moue).

Je remercie donc Jérôme, mon compagnon de lecture, pour cette découverte aussi ludique qu’enrichissante. Chaque personnage a droit de parole tout au long de l’album. Du bagnard au gradé, de celui qui subit ce projet à celui qui a la charge de le mener à terme, chacun a son mot à dire. Ainsi, le lecteur dispose de différents points de vue aussi bien sur cet événement historique que sur des notions aussi diverses que celles de la liberté, de l’enfermement, de la colonisation, de l’unité d’une nation… Un album intéressant qui devrait ravir les amateurs du genre.

Une lecture commune que je partage avec Jérôme.
Si vous ne l’avez pas encore lu sur cet album, je vous invite vivement à vous rendre sur sa chronique en cliquant sur ce lien.

Une lecture que je partage également avec Mango

Logo BD Mango Noir

La bande annonce :

La page Facebook de l’album et une interview de LF Bollée sur Auracan.

La chronique d’Yvan.

Extraits :

« Tous les calculs indiquent que notre voyage, si nous allons au bout, va durer environ neuf mois. Alors je suppose que oui, nous pouvons être fiers d’avoir fait naître un nouveau monde. Il y a une fleur là-bas, au loin, de la taille d’un continent, et nous allons être son pollen » (Terra Australis).

« Arrêtez de vous foutre de nous ! On croit plus à rien quand on est orphelin ou esclave, sans parler d’être un bagnard ! Devant tant d’injustice, vos valeurs civilisées sont pour nous insupportables. Mon monde ne sera jamais le vôtre » (Terra Australis).

Du côté des challenges :

Challenge Histoire : la colonisation de l’Australie

Challenge Histoire
Challenge Histoire

Terra Australis

Récit complet

Editeur : Glénat

Collection : 1000 feuilles

Dessinateur : Philippe NICLOUX

Scénariste : Laurent-Frédéric BOLLEE

Dépôt légal : mars 2013

ISBN : 978-2-7234-7257-9

Bulles bulles bulles…

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Terra Australis – Bollée – Nicloux © Glénat – 2013

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

31 réflexions sur « Terra Australis (Bollée & Nicloux) »

  1. C’est vrai qu’il y a quelques longueurs au début et je pense que la troisième partie (l’arrivée sur place) aurait mérité d’être plus développée, notamment la relation entre les arrivants et les autochtones. Pour autant je suis content d’avoir partagé cette lecture avec toi et s’il y a bien un coté un peu scolaire j’ai davantage envie de retenir l’aspect « saga » de cette incroyable odyssée (24 000 km quand même !).
    On remet ça la semaine prochaine, camarade de lecture commune ?

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    1. Je me serais volontiers installée un peu plus avec les Aborigènes. Malgré la présence de Bennelong, on reste du côté des colons dans la façon de parler des « natifs ».
      Je suis très contente d’avoir lu cet album, ça me change un peu des titres que je choisis habituellement…
      … et vivement la semaine prochaine oui ^^ 😉

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  2. Et bien, effectivement, une épopée. Je découvre et j’avoue que je suis plus que curieuse, tentée, même si je sais pertinemment que la disponibilité pour un tel type d’ouvrage manque.

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    1. J’ai profité de la scission en chapitre pour faire des pauses ^^
      Sinon, je pense effectivement que tu risques de te régaler avec l’ambiance graphique. Pour le reste, le récit est entrainant mais effectivement, cette lecture nécessite quelques heures de lecture

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  3. Je viens de voir la BA. Le graphisme est beau. Je suis attirée aussi par le côté historique. J’ai un livre qui raconte cette terre dans ma pal. Je lirai certainement cette BD à la suite. Notée.

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  4. La trame historique me plairait certainement, mais, j’ai honte mais je le dis quand même, la couverture me rebute. Elle ne me donne pas du tout envie d’ouvrir cet ouvrage. Ceci dit, si jamais il atterrit à la biblio… je suis pas gémeaux pour rien, oui mais non mais oui mais non ^^

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    1. 😆
      Je trouve également la couverture assez austère malgré ce bleu électrique. Le visuel me fait penser à celui d’une encyclopédie indigeste (impression d’autant plus renforcée lorsque j’ai soupesé l’album quand je l’ai eu en main la première fois ^^)

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      1. C’est exactement ça ! Heureusement que j’ai lu vos billets à toi et Jerome sinon j’aurais d’office éliminé cet ouvrage de ma liste à lire…

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        1. Jérôme m’avait proposé une LC avant même que l’album soit disponible en librairie. Sans cela, je pense que je serais également passée à côté 😉

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  5. Désolée pour le monopole ce week-end, je suis toute honteuse…
    Globalement, j’ai pas mal aimé, en particulier la petite histoire. On sait tous que les premiers occupants occidentaux de l’Australie sont des bagnards, mais moins que c’étaient pour beaucoup des voleurs de pomme. Leur donner un visage amène pas mal à réfléchir.
    Par contre, c’est clair que la première partie devient longuette au bout de 200 pages, et surtout nettement moins fluide.

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    1. Ah la la ma brave Dame ^^ J’ai pesté en tout cas. J’aime bien prêter mes albums mais j’ai du mal à de pas pouvoir avoir accès à celui que je suis en train de lire. D’autant que quoi… a vu de nez, on doit avoir plus de 1700 BD à la maison ^^ Et puis là, il y avait cette LC dans laquelle j’étais engagée. Bref, l’album est lu et la chro a pu etre faite
      Je suis d’accord avec toi sur la lourdeur de la première partie. Après, ce passage est nécessaire et permet, je pense, de soulager la suite du récit. Chaque personnage est installé et le scénariste n’a pas besoin d’y revenir. Et puis, de mon côté, la superbe des visuels m’a aidé à passer cette « étape » de lecture difficile 🙂

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  6. 5 ans de travail, 500 pages, c’est une somme dis donc ! J’essayerai de le feuilleter pour me faire une idée mais j’avoue que tout ça me semble bien ambitieux…!

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    1. Ambitieux oui ! Bollée explique sa démarche en préface et je dois dire que je l’ai senti passionné par ce projet. La motivation qu’il a eu à mener ce projet à terme est vraiment palpable. Après lecture de ce texte, on n’a qu’une envie : celle d’engouffrer ce volume ^^

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  7. J’ai rencontré Philippe Nicloux en 2010 (à Angoulême, sur le stand des Enfants rouges). Il avait deux BD à son actif : Rashômon et Otomi (deux histoires issues d’un même recueil de contes japonais en fait).
    Déjà, c’était chouette graphiquement… mais là, pour ce que j’en ai vu, c’est encore mieux sur Terra Australis. Dès les premières pages !

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      1. En fait, celle là date de 2009, mais je l’ai revu en 2010 pour Otomi et… hum, j’ai pas fait le compte-rendu de suite et à l’époque je ne notais pas… bref, je me souviens pas du tout de ce qu’on s’est dit !

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    1. Oui, j’ai vu que tu l’as mis en valeur. De mon côté, ça manque d’un petit-quelque chose qui ne m’a pas permis de m’immerger complètement dans cette épopée. Je n’ai pas l’impression d’avoir ressenti beaucoup d’empathie pour les uns et les autres du moins, ça manque un peu de chaleur

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