Castilla Drive (Pastor)

Pastor © Actes-Sud – L’An 2 – 2012
Pastor © Actes-Sud – L’An 2 – 2012

« – Allo Ray ?

– Oui j’écoute.

– On a un homicide au 1547 Castilla Drive… Une bagarre qui a mal tourné.

– OK, j’y vais. Je ne suis pas loin »

Dans une petite ville américaine de banlieue.

Sally Sallinger tente difficilement de joindre les deux bouts. Son mari l’a quitté, la laissant seule avec deux adolescents à élever et un prêt immobilier à régler. Sally n’a toujours pas retiré la plaque de détective privé de Robert ni fait le tri dans le petit local que Rob louait pour ses affaires.

« Je suis plutôt spécialisée dans les adultères ou les arnaques à l’assurance… pas d’armes à feu ».

C’est pourquoi, quand Osvaldo Brown se présente à elle et lui demande d’enquêter sur la tentative d’assassinat dont il a été victime, elle commence par refuser. Mais l’hiver est très froid cette année-là, les clients se font rares et elle n’a aucune épargne qui lui permette de fêter Noël comme il se doit. Et Noël, c’est dans moins d’une semaine. L’histoire d’Osvaldo l’intrigue. Malgré elle, elle veut en percer les mystères et afin d’avoir plus d’éléments qui lui permettraient de refuser définitivement le contrat de son client, Sally contacte Ray, un homme multiple. Outre le fait que Ray en pince méchamment pour Sally, il est aussi le meilleur ami de son ex et un flic de la Criminelle…

Son troisième album, Las Rosas, avait été nominé à Angoulême en 2010. Ce « western tortilla à l’eau de rose » pour reprendre les termes de l’éditeur, offrait au lecteur l’occasion de se plonger dans un thriller prenant. Avec Castilla Drive, Anthony Pastor revient une nouvelle fois sur un registre narrative qu’il affectionne : le polar.

On plonge très facilement dans cet univers et dans le quotidien de l’héroïne. L’auteur nous permet rapidement d’accéder à une vision assez précise de sa vie et de son état d’esprit, sans trop en faire. De quoi avoir des bases solides avant de se frotter à l’intrigue qui démarre dès qu’Osvaldo raconte l’événement qui a fait basculer sa vie. J’ai ressenti de l’empathie pour cet homme qui nage entre deux eaux, ne sachant pas le situer clairement : pervers ou pathétique ? Victime ou dangereux déséquilibré ? Enfin, et malgré tous ses défauts, Ray, le flic de la Crim’ ; on investit également ce personnage antipathique qui vient fausser le jeu. C’est par lui que Sally accède à de nouveaux éléments pour mener son enquête et c’est finalement vers lui que convergent beaucoup de choses… mais n’est-ce pas Sally qui tire les ficelles et le manipule ??

J’ai apprécié les interactions entre chaque protagoniste et les rebondissements car au final, Anthony Pastor tire son épingle du jeu en utilisant moins d’une dizaine d’individus. Je me suis laissée prendre au jeu des fausses pistes, influencée en cela par les variations de teintes qui nous accompagnent tout au long de la lecture. Un rose-rouge vient régulièrement exciter nos nerfs mais la plupart du temps, on navigue dans des teintes douces jaunes, verdâtres et bleu-violacées nous traînant entre langueur et mélancolie. De plus, les gros plans et angles de vue très cinématographiques nous empêchent régulièrement d’avoir une vue d’ensemble de la scène, nous forçant à supposer les éventuelles intentions malveillantes de la gente masculine. Sally est-elle en danger ? Osvaldo est-il un mort en sursis ?

PictoOKUn dénouement un poil prévisible, c’est peut-être ce que l’on pourra reprocher à cet album. Pourtant, l’utilisation des jeux narratifs et tension qui s’installe dans ce récit auront raison du lecteur. Enfin, Anthony Pastor utilise avec justesse les sentiments amoureux de chacun pour fausser un peu plus les interactions entre chacun… Un très bon moment de lecture.

Les chroniques de Jean-François, Frédéric Prilleux, k-libre et PlaneteBD.

A lire sur Sceneario, un entretien avec Anthony Pastor réalisé à l’occasion de la sortie de Castilla Drive.

Une lecture que je partage avec Mango

Logo BD Mango Noir

Du côté des challenges :

Roaarrr Challenge : Fauve Polar 2012

Roaarrr Challenge
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Castilla Drive

One Shot

Editeur : Actes Sud / L’An 2

Dessinateur / Scénariste : Anthony PASTOR

Dépôt légal : mai 2012

ISBN : 978-2-330-00507-8

Bulles bulles bulles…

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Castilla Drive – Pastor © Actes-Sud – L’An 2 – 2012

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20 commentaires sur « Castilla Drive (Pastor) »

  1. Et tu as tenté la lecture de Las Rosas ? C’est également un très bon moment de lecture ^^
    Pour infos, Anthony Pastor est annoncé au FIRN à Frontignan ! (dernier week end de juin)

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    1. Cela fait un bon moment que j’ai lu « Las Rosas » (d’ailleurs, ne vois-tu pas le petit lien inséré sous le titre de cet album ?). Cela m’avait permis de partir dans une vraie discussion avec l’auteur lorsque je l’avais rencontré à Angoulême avec David. L’aisance avec laquelle il dessine m’avait d’ailleurs fait forte impression ! ^^

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  2. Ai-je déjà lu des polars en BD? Je ne crois pas ou je ne m’en souviens plus. Ce serait l’occasion si je le trouve, cet album,bien que les dessins ne me séduisent pas tellement!

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    1. Si tu es tentée par un ouvrage de Pastor, je t’orienterais plus vers « Las Rosas » que je trouve plus aboutit 😉 Sinon en polar, il y a de bons Tardi 😉

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  3. Ta critique m’a donné envie de découvrir ce livre, même si ce n’est pas le genre de BD que je lis d’habitude. Peut-être l’occasion de découvrir un nouveau genre…

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    1. Je serais tentée de te faire la même remarque que celle faite à Mango : je te conseille plutôt de commencer par « Las Rosas ». En tout cas, j’en garde de bons souvenirs… j’ai plus de doutes concernant « Castilla Drive » que j’ai déjà commencé à oublier ^^

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    1. C’est vrai que j’ai pris de mauvaises habitudes avec Mango : le mercredi, je présente très souvent des titres qui soit m’ont fait passer un bon moment, soit on été un coup de cœur. Je vais tenter de changer mon fusil d’épaule… mais pas ce mercredi qui vient ^^

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  4. De prime abord, je suis assez sceptique sur le dessin, ces tons de bleus me donnent mal au crâne… L’histoire par contre je dis pas, même si tu l’auras compris je ne déborde pas d’enthousiasme non plus ! 😉

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    1. De mon côté, ne débordant pas d’enthousiasme plus que cela, j’aurais du mal à t’en vouloir 🙂 J’ai bien aimé, mais je trouve certains points un peu trop convenus (la fin notamment)

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    1. J’avais trouvé « Las Rosas » beaucoup plus original en fait. Cela tenait peut-être au fait que je découvrais Pastor à cette occasion ?? J’ai noté d’autres titres de cet auteur et je pense que je me laisserais tenter malgré tout quand l’occasion se présentera

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