Palestine, dans quel état ? (Le Roy & Prost)

Le Roy – Prost © La Boîte à Bulles – 2013
Le Roy – Prost © La Boîte à Bulles – 2013

Février 2012.

A l’occasion de son troisième voyage au Proche-Orient, Maximilien Le Roy revient sur des lieux qui lui sont familiers. Il sollicite son réseau relationnel pour faire, cette fois, le bilan d’une réflexion amorcée dans ses précédents albums : Gaza décembre 2008 – janvier 2009 un pavé dans la mer, Les chemins de traverse et Faire le mur.

Ce nouveau voyage est d’ailleurs l’occasion de retrouver Mahmoud Abu Srour, jeune palestinien et ami de l’auteur que nous avions rencontré dans Faire le mur. Il sera l’hôte de Maximilien Le Roy et d’Emmanuel Prost, dessinateur qui s’associe à Le Roy pour ce séjour et le projet d’album qui y est associé. Mahmoud s’emballe pour la démarche des auteurs qui ont un objectif majeur : « raconter et relayer la réalité palestinienne par des récits concrets et quotidiens ».

Cette fois, outre l’objectif de sensibiliser l’opinion au conflit israélo-palestinien, Maximilien Le Roy propose surtout une prolongation – sorte d’état des lieux – d’une réflexion qu’il avait déjà fortement impulsée dans ses travaux précédent.

Palestine, dans quel état ? Un Etat ? Deux états ? Qu’est-ce qui est souhaitable ? Envisageable ? Crédible ?

Il ouvre cet album à l’aide d’une préface dans laquelle il effectue tout d’abord un récapitulatif concis des événements internationaux qui ont entachés la fin de l’année 2011 (demande officielle de Mahmoud Abbas à l’ONU pour que la Palestine obtienne le statut d’Etat membre, véto des Etats-Unis, positionnement de l’UNESCO…). Puis, c’est le voyage en tant qu’il relate. Les auteurs débarquent à Tel Aviv où ils passeront la première nuit puis, place au contraste, « les talons hauts et les jupes courtes des Israéliennes de la  ʽʽ ville qui ne dort jamais ʼʼ laissent place aux chapeaux noirs des juifs orthodoxes de la ʽʽ capitale éternelle ʼʼ, avant de pénétrer en territoire palestinien. Leur point de chute se trouve à Bethléem puisque Mahmoud réside dans le camp de réfugiés d’Aïda. Chaque soir, de retour chez Mahmoud après leurs excursions de la journée, un repas convivial précède une soirée durant laquelle les discussions se prolongent jusque tard dans la nuit.

Drapeau de la Palestine
Drapeau de la Palestine

L’ouvrage propose également d’autres échanges, comme ceux menés avec ces palestiniens rencontrés dans le cadre d’une journée de manifestations à Ramallah où les militants de deux mouvements réclament respectivement la libération de Marwan Barhouti et de Khader Adnan. Les auteurs y rencontrent Hamza qui les invite à prendre un café chez lui. Les discussions prennent très souvent un caractère politique. Maximilien Le Roy intègre également des extraits de de notes qu’il a prises en 2008, des comptes rendus d’interview et de rencontres, ainsi que de nombreuses références à une littérature du conflit israélo-palestinien né en 1948 (date de la création d’Israël).

Bethléem, Ramallah… ce séjour nous conduira également à Hébron, N’il’in, Bayt Nattif, Jérusalem…

Les croquis et aquarelles d’Emmanuel Prost viennent donner de la chaleur aux propos, comme si nous ouvrions des fenêtres sur une réalité que nous ne mesurons pas, à moins d’avoir eu la possibilité d’aller soi-même en ces lieux.

L’ouvrage ne cherche pas à polémiquer. Il est essentiellement question du quotidien des Palestiniens même si les discussions prennent quasi-systématiquement une tournure politique ou du moins un échange sur un aspect du conflit :

« – Il vient d’Israël ? demandé-je à Mahmoud.
– Évidemment. Israël est même allé jusqu’à s’accaparer tout le ciel.
– Dis-moi : on peut passer une journée en Palestine sans prononcer le mot « Israël » ?
– C’est difficile ! répond-il en souriant. »

Sauf erreur de ma part, j’en arrive à la conclusion que les personnes rencontrées à l’occasion de cet ouvrage sont plus favorables à la constitution d’un Etat unique plutôt que deux états distincts (Israël et Palestine), que nombre de ces personnes font part d’un grand respect à l’égard de Yasser Arafat et de ce qu’il a engagé pour la cause palestinienne, qu’ils ont le soucis d’insister sur le fait que le conflit n’est pas religieux, qu’ils espèrent qu’un jour qu’Israël sera sanctionné pour les exactions commises à l’égard du peuple palestinien, qu’ils ne nourrissent pas de haine à l’égard des Israéliens car le responsable est le Gouvernement israélien…

Outre les rencontres avec des civils palestiniens, l’ouvrage propose également des interviews avec différentes personnalités régulièrement amenées à intervenir pour traiter du sujet : Anne PAQ (n’ayant pu la rencontrer durant ce séjour de février 2012, Le Roy renvoie à son blog), Michel WARSCHAWSKI (voir également Les chemins de traverse), Frank BARAT et Dominique VIDAL.

PictoOKUn ouvrage sérieux, didactique et réflexif.

Le constat reste le même : les Politiques ne parviennent pas à sortir de l’impasse de ce conflit, que ce soit au niveau local ou international. En revanche, les populations semblent moins acerbes – du moins du côté palestinien. Beaucoup rêvent d’un pays unifié, avec une mixité entre Juifs et Arabes.

Extraits :

« Deux États, l’un palestinien, l’autre israélien, sur la base des frontières de 1967 ; voilà qui fait consensus depuis nombre d’années. J’ai longtemps souscrit sans réserve à la proposition. Mais la coquille diplomatique, lissée, polie et homologuée cent fois l’an par toutes les instances en présence, s’est quelque peu fissurée dans mon esprit, au fil des rencontres, des voyages et des lectures. Sur place, je ne voyais guère de traces de cet État palestinien : un mur de séparation haut de plusieurs mètres, oui ; des zones interdites aux Palestiniens, aussi ; des routes réservées aux seuls colons, bien sûr ; des implantations coloniales toujours plus nombreuses, assurément ; Jérusalem-Est judaïsé chaque jour davantage, naturellement ; la bande de Gaza isolée à l’autre bout du pays, évidemment. Mais d’État palestinien, point » (Maximilien Le Roy – préface – dans Palestine, dans quel état ?).

« La notion d’État spécifiquement juif doit disparaître : c’est une idée stupide. Un âne n’y penserait même pas. L’idée d’un État entièrement conçu pour une race ou une religion, c’est du même acabit que les idées d’Hitler. S’ils apprenaient à leurs enfants la paix, tout serait réglé depuis longtemps. » Ses sourcils se froncent et ses mâchoires se serrent. « Ils sont arrivés il y a soixante-dix ans alors que moi, mes arrière- arrière-grands-parents sont nés ici ! Et ils disent que tout leur appartient ? Avant Israël, il y avait des Juifs ici, des Juifs de Palestine, et nous vivions en paix ! Notre lutte n’est pas religieuse, Youssef a raison. Notre lutte est pour la terre. Ils sont venus de loin pour tuer nos enfants et ils viennent expliquer qu’ils sont pacifistes et que nous sommes les terroristes ! » (Mahmoud dans Palestine, dans quel état ?).

« Nous sommes tous nés ici ; nous nous battons pour la liberté mais nous ne connaissons pas son goût » (Saed dans Palestine, dans quel état ?).

« Le terrorisme, c’est l’arme du pauvre » (Michel Warschawski dans Palestine, dans quel état ?).

« Les bases d’un État Laïc mettront tout le monde sur un même pied d’égalité » (Frank Barat dans Palestine, dans quel état ?).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Lieu : Palestine

Challenge récit de voyage : Cisjordanie

Challenge PetitBac Voyage

Palestine, dans quel état ?

[Carnet de route] en Cisjordanie occupée

Récit complet

Editeur : La Boîte à bulles

Collection : [Les Carnets] de la BàB

Dessinateur : Emmanuel PROST

Scénariste : Maximilien LE ROY

Dépôt légal : mai 2013

ISBN : 978-2-84953-167-9

Bulles bulles bulles…

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Palestine dans quel état – Le Roy – Prost © La Boîte à Bulles – 2013

11 commentaires sur « Palestine, dans quel état ? (Le Roy & Prost) »

    1. Je risque de te rabattre encore les oreilles avec des titres de ce genre ^^
      Maximilien Le Roy est un auteur que j’apprécie beaucoup. De même, les ouvrages qui abordent ce conflit m’attirent. J’aimerais pouvoir m’investir plus pour la cause palestinienne mais en l’état actuel de mon budget… ce n’est pas possible. Quoiqu’il en soit, je finirais bien par te tenter un jour et te donner envie de découvrir un peu plus cet auteur 😉

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    1. Oups, désolée pour la « fausse » notification de réponse… mes lunettes étaient mal réglées et je t’ai posté la réponse que j’avais rédigée suite au comm de Jérôme. J’espère que vous ne m’en voudrez ni l’un ni l’autre 😛
      En tout cas… j’ai finalement bien envie de te faire la même réponse que celle que je viens de mettre en ligne pour Sieur Jérôme ^^

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  1. la page est un peu vieille mais moi j’ai très envie de connaitre cet auteur donc je vais commander ses livres
    je reviens de Palestine et j’ai encore du mal à réaliser ce que j’ai vu et entendu
    et puis un auteur qui vient d’être interdit de poser le pied sur le sol d’Israël pendant 10 ans ne peut être que bien !

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    1. L’article est un peu daté oui pourtant le sujet reste d’actualité. Triste constat…
      Max Le Roy est un auteur que j’apprécie, notamment pour son travail de témoignage sur la Palestine. « Les Chemins de traverse » ainsi que le collectif « Gaza, décembre 2008-janvier 2009 » sont à ne pas rater.
      Sur ce sujet, il y a également Sacco qui a réalisé des ouvrages très intéressants 😉

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