Benigno, Mémoires d’un guérillero du Che (Réveille & Géliot)

Réveille – Géliot © La Boîte à Bulles – 2013
Réveille – Géliot © La Boîte à Bulles – 2013

Dariel Alarcón Ramirez, alias Benigno, est l’un des guérilleros qui a combattu aux côtés de Fidel Castro, du Che et de Camilo Cienfuegos. Rien pourtant ne le prédestinait à cela. Bâtard d’un riche propriétaire terrien, sa mère est contrainte de fuir avec l’enfant suite au décès de son conjoint.

L’enfant est ainsi malmené jusqu’à l’adolescence. A 16 ans, il vit déjà en couple et s’apprête à devenir papa. Début janvier, il aide des guérilleros en leur vendant un cochon et quelques vivres. Mais le destin s’acharne contre lui lorsque, deux mois plus tard, des hommes de Batista font irruption sur ses terres et le sanctionnent pour sa promiscuité temporaire avec les troupes ennemies. Ils assassinent sa femme et incendient sa maison. Il se réfugie dans la Sierra Maestra où il incorpore rapidement la guérilla castriste. Son courage et sa bravoure lui permettent de s’illustrer rapidement.

Outre l’entrainement aux techniques de combat, Benigno apprend à lire et à écrire. De mois en mois, les liens d’amitié se resserrent entre Benigno et le Che. Après avoir chassé Batista du pouvoir, les deux hommes combattront côte-à-côte ensemble à plusieurs reprises et notamment en Bolivie pour tenter de faire tomber Barrientos.

Sorti le 6 juin dernier, en même temps que Printemps noir, ces deux albums sont réellement complémentaires. Lorsque l’un deux témoigne de la réalité actuelle des cubains, l’autre se penche sur les prémices de cette situation et revient sur des éléments historiques connus de tous.

En 96 pages,  » Benigno  » revient sur son parcours et témoigne avec force et émotions de ses années de combat. Aujourd’hui, il vit à Paris depuis plus de 10 ans. Avec recul, il raconte chronologiquement les événements et s’interroge malheureusement sur les dérives du régime qu’il a contribué à mettre en place.

« Non… je ne regrette pas mes actes car tout ce que j’ai fait, je l’ai entrepris en mon âme et conscience. J’ai lutté contre les différentes formes de l’oppression pour la vérité, la justice, la raison, et la liberté. S’il fallait recommencer, je le ferais, car je considère que je n’ai jamais agi contre les principes de l’humanité. Je reste fidèle à l’idée de la Révolution, non au régime qui se l’est accaparée, qui nous a dérobé la victoire. Castro a trahi notre Révolution, pas moi ».

Des coupures de presse sont régulièrement insérées au milieu du récit et permettent ainsi de se représenter la perception qu’avait l’opinion publique (internationale) de la situation cubaine. Intéressant également le point de vue donné par le témoin quant à la compréhension des événements. De la libération de La Havane au discours du Che à Alger (1962), en passant bien sûr par l’embargo décrété par les Américains et la crise des missiles, nous revenons pas à pas sur les événements majeurs qui ont eu lieu après la prise de pouvoir de Fidel Castro. Benigno aborde également comment, progressivement, il a pris conscience de l’orientation politique que prenait son ancien compagnon d’armes. Pour ne pas être gêné dans son ascension politique, ce dernier l’a stratégiquement positionné sur différentes missions qui l’ont régulièrement éloignées de Cuba. A chacun de ses retours, Benigno n’avait d’autre choix que de tenter de récolter des preuves concrètes afin d’étayer ses suppositions (notamment en ce qui concerne la disparition de Camilio Cienfuegos) tout en se sachant en permanence sur le fil, à la merci d’un homme d’Etat en mesure de le faire disparaitre – lui et ses proches – à tout moment. Quoiqu’il en soit, le travail de recherche réalisé par Christophe Réveille est impressionnant. Mêlant la petite histoire et la grande, il propose un scénario qui place – avant toute chose – l’homme au cœur de ce scénario historique. Sans jugement et sans militantisme exacerbé, il confie au lecteur la charge d’en tirer les conclusions qui s’imposent.

Simon Géliot réalise ici son premier album en tant que dessinateur. Le travail qu’il a produit sur ce projet est abouti, les dessins servent parfaitement les propos et portent parfaitement les émotions et la ferveur de ces hommes. Le trait, légèrement imprécis, renforce le côté charismatique des protagonistes tout en faisant profiter le lecteur du caractère intimiste inhérent au témoignage de Benigno. Son style de dessin est fluide, direct, expressif… un auteur à surveiller de près. L’album se clôt sur une postface de Benigno et un cahier regroupant de nombreuses photos d’archives.

PictoOKPictoOKGrâce à cet album, l’histoire revit sous nos yeux. Ce n’est pourtant pas la première fois que Dariel Alarcón Ramirez témoigne (Mémoires d’un soldat cubain publié en 1997). Cette nouvelle contribution dans le registre de la BD reportage est la preuve que le medium BD est un support documentaire très pertinent.

La page Facebook de l’album (où vous trouverez notamment la bande annonce de l’album).

Extraits :

« Tu crois que la Révolution c’est quoi ? Des imbéciles avec des fusils ?… L’ennemi, c’est l’ignorance. Ta meilleure arme, ton cerveau !! » (Benigno).

« Tout le monde ici a sa part de souffrance. Mais la haine n’a jamais rien construit de bon » (Benigno).

Du côté des challenges :

Challenge Histoire : La Révolution cubaine

Challenge Histoire
Challenge Histoire

Benigno, Mémoires d’un guérillero du Che

Editeur : La Boîte à bulles

Collection : Contre-cœur

Dessinateur : Simon GELIOT

Scénariste : Christophe REVEILLE

Dépôt légal : juin 2013

ISBN : 978-2-84953-171-6

Bulles bulles bulles…

La preview sur Digibidi.

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Benigno, Mémoires d’un guérillero du Che – Réveille – Géliot © La Boîte à Bulles – 2013

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17 commentaires sur « Benigno, Mémoires d’un guérillero du Che (Réveille & Géliot) »

  1. Je retiens aussi ! Sous un autre angle, le roman « ceui qui n’était pas encore le Che » est intéressant aussi, même s’il est plutôt anecdotique. Tout en dévoilant peu à peu sa découverte des inégalités. A mettre en parallèle avec le film « Diarios de motocicleta ». 😉

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    1. Je note toutes les références que tu a faites ! Vu ma vision étriquée du sujet, je pense aussi que ce ne serait pas un mal que je mette à jour mes connaissances sur ce qui se passe à Cuba !

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      1. Bonne lecture 😉 c’est un roman jeunesse mais c’est en quelque sorte la génèse du Che. Je suis en quelque sorte plongée dans le sujet : ma fille passe un oral d’histoire et on parlait Kissinger et baie des cochons tout à l’heure…

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        1. Et cela prolonge la discussion que l’on avait sur l’autre sujet. Je vais voir mais pourquoi pas embarquer mon petit lecteur dans cette découverte 😉

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        2. Si je me souviens bien, ce titre est destiné aux jeunes ados mais le tout dépend de ta manière d’aborder cette lecture. Comme il s’agit d’un voyage à travers l’Amérique du Sud, pourquoi pas ?

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    1. J’espère qu’ils l’ont déjà commandé en tout cas ! Et j’espère aussi avoir l’occasion de te lire sur cet album ^^ J’ai vraiment apprécié la manière dont les auteurs ont travaillé et mis en forme ce témoignage. Je pensais que la présence des coupures de presse alourdirait le propos mais ce n’est pas le cas.

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  2. Excellent album, il y a un très bon équilibre entre biographie et faits historiques.
    La bibliothèque Louise Michel à Paris accueille les auteurs et Benigno le samedi 22 juin pour une rencontre autour de l’album et de sa vie.

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    1. Merci pour l’information. Je peux la relayer sur ma page FB si vous souhaitez. Avez-vous un site sur lequel vous avez publié cette rencontre ?

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        1. Relayé via mon profil FB
          Merci pour l’info en tout cas. J’espère avoir l’occasion de les rencontrer également ! 🙂
          Bonne journée à vous

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  3. J’avais également repéré celui-là. Je préfère le dessin mais ayant déjà beaucoup lu sur la révolution en elle-même, j’étais plus tentée par Printemps Noir qui aborde l’après-révolution, quand les grands espoirs de changement se dissipent un peu. Mais pourquoi pas enchainer les deux comme tu l’as fait… Au cas où, Feuilleton a publié, dans son numéro de Printemps2013, une très bonne traduction d’un article de New Yorker sur William Morgan, le Comandante Yankee de la révolution cubaine. Si tu lis l’anglais, tu peux lire la version originale ici: http://www.newyorker.com/reporting/2012/05/28/120528fa_fact_grann?currentPage=1

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    1. La Révolution en tant que telle dans « Benigno » ne représente qu’un tiers de l’ouvrage. On passe ensuite à la manière dont Fidel s’est progressivement donné les garanties de rester durablement au pouvoir. Benigno ne divulgue que par bribes son opinion ; dans un premier temps, il fait part de sa désapprobation de façon très ténue puis progressivement, ses opinions seront beaucoup plus tranchées. Il montre aussi comment Fidel Castro a méticuleusement mis à l’écart ses camarades, à quelques rares exceptions. Je ne connaissais pas le parcours de William Morgan. Merci pour le lien 😉

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