Ardalén – Vent de mémoires (Prado)

Prado © Casterman – 2013
Prado © Casterman – 2013

Après un licenciement et une procédure de divorce en cours, Sabela ressent le besoin de s’éloigner. Elle profite donc de cette période d’inactivité professionnelle pour revenir sur les traces de son passé ou plus exactement, sur les traces de son grand-père.

Sa destination est un petit village de Galice niché au pied de la montagne où elle espère retrouver un ami de Francisco, l’aïeul qu’elle n’a pas connu. Ce dernier a migré vers Cuba dans les années 1930 et les femmes de la famille (sa mère, sa grand-mère maternelle) ont fait tout leur possible pour effacer les traces de son existence.

L’accueil méfiant que les habitants de la bourgade catalane réservent à Sabela ne décourage pas la jeune femme. Des quelques indications qu’elle parvient à leur arracher, elle retient l’existence de Fidel, un vieillard solitaire qui vit à la périphérie du village. Certains le disent fou, d’autres sénile… Sabela verra en lui un vieil homme dont les pensées sont perdues dans le passé, un nostalgique des paysages et des rencontres croisés à l’occasion de ses multiples voyages.

Miguelanxo Prado est un auteur qui m’est inconnu si ce n’est que j’avais lu Pierre et le loup il y a quelques années et son étrange atmosphère m’avait fait forte impression. Pour le reste, sa bibliographie est assez éclectique mais jusque-là, je n’avais jamais été tentée par la lecture d’un autre ouvrage de cet auteur.

Je me suis pourtant facilement laissée tenter suite à la lecture de la chronique d’Yvan et à l’invitation de Jérôme de partager une nouvelle lecture commune. J’étais donc conquise par cet album avant même de plonger dans le récit pourtant, j’ai vite déchanté et je n’ai eu de cesse de m’accrocher à l’album de peur de le reposer hâtivement… et définitivement.

Prado © Casterman – 2013
Prado © Casterman – 2013

Une fois n’est pas coutume, je commencerais par parler de la partie graphique. Si les paysages et les couleurs choisies pour camper l’ambiance sont superbes, les visages sont absolument hideux. Les traits grimaçants des personnages m’ont gênée durant la majeure partie de la lecture et ce n’est qu’à quelques pages de la fin que je suis enfin parvenue à passer outre leur aspect.

Ensuite, on est face à un ouvrage (d’environ 250 pages) qui se découpe en une petite dizaine de chapitres qui nous font naviguer entre présent, passé et passé lointain des deux personnages principaux que sont Sabela et Fidel. Ici aussi, j’ai mis un bon moment à accepter le récit morcelé… aussi morcelé que ne l’est la mémoire de Fidel. Ces à-coups narratifs sont également provoqués par les nombreux non-dits des villageois ; on sent ces derniers à la fois suspicieux à l’égard de l’étrangère (à qui ils prêtent des intentions peu louables) et soucieux de laisser le passé (et ses fantômes) loin de leur quotidien. De plus, l’histoire nous échappe régulièrement et fait des digressions vers des passages qui touchent de près (la mémoire) ou de loin (les poissons volants) notre sujet. Certes, ces moment sont didactiques… mais assez rébarbatifs.

Malgré tout, j’ai fini par m’attacher au personnage de Fidel et grâce à lui, je me suis immiscée dans cet univers qui mélange réalité et onirisme. J’ai accepté sa mémoire défaillante et joué le jeu imposé par cet album qui consiste à revenir en arrière pour reprendre – en connaissance de cause – la lecture d’un passage et lever ainsi quelques incompréhensions. Ce personnage nostalgique et fragile m’a touché.

« Tu ne fais que boire de la tristesse à pleines gorgées ».

Le scénario délaisse peu à peu l’image brute du vieillard et développe un univers fantastique très riche. On ne sait pas si le vieil homme rêve, s’il est sénile, fou ou visionnaire. De même, le fait que la forme des caractères (dans les phylactères) varie d’un personnage à l’autre permet d’entendre leurs accents respectifs (comme dans Asterios Polyp de D. Mazzucchelli).

Une lecture certes difficile mais je referme finalement cet album sur un sentiment de satisfaction, aussi surprenant soit-il.

Un ouvrage que j’ai lu de concert avec Jérôme. Je vous invite à lire la chronique qu’il a rédigée dans le cadre de cette lecture commune.

Une découverte que je partage également avec Mango

Logo BD Mango Noir

Extraits :

« Dans l’océan, il y a aussi des poissons de toutes sortes de formes et de couleurs. Nous en avons quelques-unes par ici aussi. Les baleines d’ici vivent dans les profondeurs des eucalyptus qui font le même bruit que la mer, tu entends ? » (Ardalén, vent de mémoires).

« Il y a quelques mois, j’ai justement lu un article où une scientifique déclarait que nous ne possédions ni notre avenir ni notre présent, et qu’en fin de compte tout ce qui nous reste, c’est notre passé » (Ardalén, vent de mémoires).

Du côté des challenges :

Roaarrr Challenge : Prix du jury Œcuménique de la BD (2014)

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

Ardalén – Vent de mémoires

One shot

Editeur : Casterman

Collection : Univers d’auteurs

Dessinateur / Scénariste : Miguelanxo PRADO

Dépôt légal : mai 2013

ISBN : 978-2-203-02976-7

Bulles bulles bulles…

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Ardalén, vent de mémoires – Prado © Casterman – 2013

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20 commentaires sur « Ardalén – Vent de mémoires (Prado) »

  1. Un album que je qualifierais d’ambitieux. Perso, je suis resté à l’écart de ce labyrinthe de souvenirs dans lequel nous emmène Fidel. Je suis passé à coté, ça arrive, mais je suis d’autant plus déçu que j’étais persuadé d’avoir trouvé un petit chef d’oeuvre. Tant pis, on verra si on fait mieux la semaine prochaine 😉

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    1. Et moi, je n’avais pas prévu de lire cet album au début ^^ J’avais certainement moins d’attentes que toi sur cet ouvrage, cela a dû jouer ! Je voulais aussi relativiser : mon accroche s’est faite dans les dernières pages.

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    1. Entre Jérome, Yvan et moi, tu as une belle palette d’avis qui devrait te permettre de te faire une petite idée de l’accueil que tu pourrais réserver à Ardalén 😉

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    1. Je te comprends !! Si Jérôme ne m’avait pas entraîné dans cette lecture, je pense que j’aurais relégué ce titre tout en bas de ma LAL ! ^^ Je ne regrette pourtant pas de l’avoir lu. Comme je l’explique, ce petit vieux m’a touchée et les voyages qu’il fait grâce à sa mémoire capricieuse sont une très belle métaphore finalement.

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    1. Bon courage dans ce cas 🙂 Ce n’est pas simple de trouver sa place dans cet univers. Pas simple non plus de trouver des repères auxquels se raccrocher. Le voyage diffère réellement d’un lecteur à l’autre. J’espère qu’il te plaira 😉

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    1. Je n’avais pas perçu les choses comme cela mais ta remarque est tout à fait juste ! C’est peut-être cela qui m’a permis de m’attendrir autant pour Fidel et d’investir ce personnage. Curieuse de savoir quelles seront tes impressions lorsque tu feuillèteras cet ouvrage ! 😀

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  2. Dommage que vous soyez tous les deux passés à côté, ça ne peut pas marcher à tous les coups… Pourtant, pour une raison que je ne m’explique pas, je serais assez curieuse de découvrir cette histoire…!

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    1. Je ne suis pas totalement restée spectatrice, le dernier chapitre m’a permis de m’approprier un peu plus cette histoire (ce qui n’est pas une mince affaire ^^). Je serais bien incapable de dire si tu aimeras cette lecture par contre ! 😯

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  3. Pour une fois qu’il ne s’agit pas d’un énorme coup de cœur de la mort qui tue …
    250 pages sans être sûre que je vais aimer : je pense que je vais me concentrer sur autre chose pour les prochaines semaines

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    1. J’imagine ! ^^ Je crois que ça passe ou ça casse avec un récit pareil. Je ne me mouille pas trop en disant cela… je suis lâche sur le coup ! ^^

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