Les filles de Montparnasse, tome 1 (Nadja)

Nadja © Olivius – 2012
Nadja © Olivius – 2012

« À quoi rêvent les jeunes filles des années 70 ? Amélie, Garance, Élise et Rose-Aymée partagent le même appartement, à Montparnasse. La Commune de Paris vient à peine de se terminer – car nous sommes en 1873 – et le monde de demain s’annonce déjà. Amélie écrit, Garance peint, Élise veut devenir chanteuse, Rose-Aymée est modèle. Nadja raconte les quatre saisons de leurs destins entrelacés, dans ce Paris de la bohème littéraire et artistique à la fois si lointain et si proche de nous » (extrait du Quatrième de couverture).

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par les remerciements et saluer Jérôme qui m’a offert cet album après m’avoir mis l’eau à la bouche avec sa chronique.

Ce n’est pas la première fois que j’ai l’occasion de lire Nadja. En 2010, les conseils de mon libraire m’avaient permis de découvrir L’homme de mes rêves, un album aussi sensuel que troublant. Forte de cette expérience, je m’étais attaquée aux trois tomes de La Forêt de l’oubli que je n’ai malheureusement pas partagé sur mon blog (mais heureusement, Noukette l’a chroniqué !).

A chaque fois, j’avais été saisie par la maîtrise de Nadja, son style, son trait et l’angle d’attaque retenu pour déplier l’univers. C’est étrange à dire mais lire cette auteure équivaut à ressentir tout un panel de sensations, du moins en ce qui me concerne. Les contours épais posés au pinceau donnent l’impression que ses personnages sont contenus dans une enveloppe charnelle que l’on pourrait presque palper. Et même lorsque l’illustration n’est pas très précise, nous forçant à deviner l’émotion d’un personnage et à imaginer les détails manquants d’une expression de visage, cela ne me gêne pas. Dans ces moments, j’ai l’impression qu’un voile de sensualité est volontairement posé entre mon regard et le tableau vivant décrit par le livre.

Et puis, dans les albums de Nadja, il y a ces moments où les personnages s’enlacent, se dénudent, se caressent… Justement, cela me fait penser à une question que Marilyne posait récemment : savoir si l’on pouvait « écrire d’une lecture qu’elle est vivante »… C’est exactement le sentiment que j’ai quand je regarde les peintures de Nadja.

Cela me fait aussi penser à un autre débat. On a souvent tendance à chercher un point commun dans les œuvres d’un même auteur. A ce sujet, Lunch et David avaient débattu mercredi suite à ma chronique du dernier album de Renaud Dillies où on retrouve des thèmes récurrents à tous ses travaux (l’amitié, la quête, la musique…). Cette redondance lasse-t-elle le lecteur ? Cette constance est-elle une garantie pour le lecteur qui sait ainsi exactement ce qu’il va trouver dans tel ou tel univers artistique ? J’ai été confrontée aux deux cas de figure mais concernant les œuvres de Nadja, c’est précisément  cette constance qui m’a fait plonger dans la lecture dès que j’ai été en possession de ce tome. Je me savais conquise d’avance.

Quel long préambule je vous ai imposé ! 🙂 Alors venons-en aux faits : ce tome à répondu à mes attentes. Pour la troisième fois, je retrouve donc avec satisfaction cette veine graphique dont je viens de vous parler. Nadja donne du relief au moindre détail narratif, c’est captivant. Je retrouve également non pas un mais quatre personnages qui débordent de féminité malgré les situations difficiles qu’elles traversent. Je retrouve aussi cette utilisation particulière de la métaphore. En effet, Nadja décroche régulièrement de l’intrigue principale et développe de courts passages qui nous immergent totalement dans un monde onirique très intriguant. L’auteure aborde ces moments de telle manière que j’ai toujours l’impression d’être au cœur de l’intimité du personnage, comme s’il s’agissait de fantasmes. D’ailleurs, l’album s’ouvre sur un de ces passages, c’est donc par ce biais que l’on « rencontre » le personnage d’Amélie (l’écrivain qui, comme le titre de ce tome l’indique, sera le personnage qui sera le plus mis en avant durant cette lecture).

Le marron domine sur cet album. Il donne une impression de mélancolie ambiante sans que cela n’alourdisse les propos. Les héroïnes semblent tourmentées mais cela ne les empêchent pas d’être attentive à l’Autre et d’avoir des projets d’avenir souvent ambitieux, parfois irréels… On devine l’issue dramatique de l’histoire mais ces femmes sont animées par une réelle étincelle de vie qui nous fait croire en tous les possibles. Bien qu’ancrée dans une France aux mœurs démodées (on est au XIXème siècle), les réflexions de fond sont pourtant transposables à certains questionnements actuels : la place de la femme dans la société, la domination des hommes dans les processus décisionnels, la relation amoureuse, le besoin de reconnaissance personnelle et professionnelle, le rôle et la place de l’Art dans la société. Un questionnement pluriel dont on se saisit parfaitement.

PictoOKUn récit qui développe à la fois la question artistique et la quête identitaire. Ce premier tome installe parfaitement le décor et les personnages de la série. Seul bémol : je regrette cependant que les éditeurs aient autant mis en avant – sur leurs synopsis respectifs – l’aspect historique de la série (voir le site des éditions Cornélius et de L’Olivier) ; cela m’a mis en attente inutilement. Le décor parisien des années 1870 n’est présent que de façon accessoire et totalement inexploité dans le scénario.

La suite est en tout cas prometteuse, j’attends cependant que ces quatre destins croisés s’entremêlent davantage. En gros, j’attends de cette lecture qu’elle soit un peu plus charnelle… j’aimerais être troublée comme je l’avais été en lisant L’Homme de mes rêves.

Album nommé dans la sélection 2013 du Prix Artémisia.

Les chroniques de Jérôme, Cathia (A chacun sa lettre), David Fournol, le blog Autour de Montparnasse.

Ecouter le podcast du 1er novembre 2012 de France Culture.

Extrait :

« C’est à ce moment que le plaisir est devenu instrument et que la jubilation a fait place aux lamentations. La jouissance ne me suffisait plus. Il me fallait la reconnaissance » (Les filles de Montparnasse, tome 1).

Du côté des challenges :

Tour du monde en 8 ans : Egypte

Tour du Monde en 8 ans
Tour du Monde en 8 ans

Les filles de Montparnasse

Tome 1 : Un grand écrivain

Tétralogie en cours

Editeur : Olivius (une association entre Cornélius et les éditions de l’Olivier)

Dessinateur / Scénariste : NADJA

Dépôt légal : octobre 2012

ISBN : 978-2-87929-764-4

Bulles bulles bulles…

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Les filles de Montparnasse, tome 1 – Nadja © Olivius – 2012

Auteur : Mo'

Chroniques BD sur https://chezmo.wordpress.com/

13 réflexions sur « Les filles de Montparnasse, tome 1 (Nadja) »

    1. Pareil. Je ne sais pas si ce trait fait le même effet à tout le monde mais en tout cas j’apprécie énormément le rendu. J’ai l’impression d’être face à quelque chose de consistant et d’enrobant 😉

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  1. Quel billet ! On comprend pourquoi tu aimes à ce point l’univers de Nadja. J’espère que tu liras la suite et que tu viendras nous en parler^^

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  2. Comme je l’écrivais à Jérôme, je suis impressionnée par les albums jeunesse de Nadja, et pourtant je ne la connais en BD. Il semble qu’il soit plus que temps !

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    1. J’espère que tu aimeras ! Ta chronique de mercredi a fait écho chez moi. J’étais en pleine lecture de cet album et ton questionnement collait au ressenti que j’avais sur cet album de Nadja. Je pense que les doigts d’une seule main me suffiraient à compter le nombre d’ouvrage qui m’ont fait cet effet.

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  3. Ca donne envie! J’avais entendu parler de ses albums jeunesse, que je n’ai jamais eu l’occasion de lire, mais je découvre chez Jérôme et toi une autre facette de son oeuvre qui a l’air bien tentante.
    J’essaierai de te répondre dans les prochains jours. J’étais à Blois pour les Rendez-vous de l’Histoire le week-end dernier, et ils distribuaient des prospectus pour le festival BD Boum. Ca m’a fait penser à toi.

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