Chroniks Expresss #9

Le loup qui mangeait n’importe quoi – Donner – Larcenet © Mango – 2013

Donner – Larcenet © Mango – 2013
Donner – Larcenet © Mango – 2013

Un loup affamé plante ses griffes sur tout ce qu’il rencontre… sans savoir qu’il hérite de leurs flatulences intempestives : un mouton qui rote, un cochon qui pète… sans compter les enfants qui plongent les doigts dans leur nez… (synopsis éditeur).

Avouez que lorsque Jérôme et Noukette s’associent pour parler du premier album jeunesse illustré par Manu Larcenet (Blast, Le combat ordinaire…), il y a de quoi être intrigué. Pour l’occasion, il s’est associé à Christophe Donner qui a publié pléthore d’ouvrages jeunesse à L’Ecole des Loisirs. Tout cela me semblait donc de bonne augure.

Effectivement, la compagnie de ce loup affamé est ludique. A l’instar des contes classiques, nous sommes en présence d’un loup glouton. Le comique de situation tient au côté récurrent des mésaventures du canidé obstiné qui ne tire aucune expérience des leçons de la vie. Le mouton l’informe pourtant de ses éructations récurrentes et le met en garde : Ne me touche pas, le loup, ne fais pas ton méchant : tu pourrais hériter de mon vil penchant. Ce tic a gâché ma vie ancienne, pense qu’il pourrait aussi pourrir la tienne ! Qu’à cela ne tienne !! Le loup n’en fait qu’à sa tête et ne pourra que le regretter ensuite. Il en est de même lorsqu’il est en présence du cochon qui l’informe de ses flatulences incessantes etc… De quoi faire rire les enfants à la vue d’un loup caustique qui réunit à lui seul tous les interdits du quotidien…

Alors effectivement, ce loup amuse. Le texte de Christophe Donner est écrit en alexandrin, ce qui donne un rythme très agréable à la lecture. Seul grief : la présence de termes trop alambiqués qui ne font pas partie du vocabulaire courant d’un jeune enfant. Charge à l’adulte d’intervenir et de reformuler et/ou d’expliquer le terme, cassant le rythme de la mélodie narrative pourtant parfaitement huilée. Heureusement, cette histoire a un-petit-goût-de-reviens-y et de lecture en lecture, l’assimilation dudit vocabulaire permettra de profiter pleinement des nombreux rebondissements de cette amusante aventure.

Aâma, tome 3 – Peeters © Gallimard – 2013

Peeters © Gallimard – 2013
Peeters © Gallimard – 2013

« Verloc Nim et son frère Conrad partent en expédition pour récupérer la mystérieuse substance aâma, qui a complètement modifié l’environnement de la planète Ona(ji). Alors que le petit groupe progresse dans un univers aussi hostile que stupéfiant, la vérité sur la nature d’aâma reste inaccessible. Et la réalité a tendance à vaciller… » (synopsis éditeur).

Troisième opus de cette série qui a obtenu un Fauve (Prix de la série) au Festival International de la Bande Dessinée à Angoulême en 2013. Le rythme de publication est réglé comme du papier à musique au rythme d’un album par an. Mais avec le projet d’adaptation en téléfilm de Pilules bleues, Frederik Peeters conservera-t-il la cadence qu’il s’est imposée sur Aâma ?

La quête aveugle dirigée par Conrad (le frère de Verloc) se poursuit sur la planète Ona(ji). En chemin, les protagonistes croiseront différentes formes de vies, étranges et inconnues, hostiles ou bienveillantes. Les situations rencontrées sont troublantes, au point que le réel se confonde avec l’irréel. Où est le vrai du faux ? Qu’est-ce qui est induit par aâma ? Le scénario suit un rythme fou, on profite de quelques rares respirations lorsqu’on retrouve la scène [du tome 1] où Verloc tente de reconstruire sa mémoire en lisant son journal intime. Le lecteur peut se raccrocher à peu de choses pour démêler les fils de cette aventure qui frôle la schizophrénie.

J’ai parfois cherché à me rappeler le but de cette expédition insensée (voire les avis précédents : tome 1, tome 2). Les personnages sont sonnés par les obstacles qui jalonnent leur route… J’avoue avoir perdu les quelques repères que je pensais détenir grâce aux tomes précédents. Une relecture de ces trois premiers tomes s’impose avant de découvrir [dans un an] les surprises que nous réserve le tome 4.

Filandreux, vieux clou indigeste – Hureau © Warum – 2012

Hureau © Warum - 2012
Hureau © Warum – 2012

« Filandreux, n’est pas loin de ce que l’on pourrait appeler un vieux grincheux. Il résiste à tout, au temps, aux modes, aux courants d’air. Filandreux est bavard, d’une mauvaise foi exemplaire, il est un peu cynique, un peu méchant.

Un peu vieux con grande gueule très jeune encore dans sa tête et très vert, comme les arbres qu’il aime tant.

De grandes déclarations en combines sournoises, Filandreux traîne se carcasse dans la ville qu’il déteste, vaticinant, tançant, critiquant sans répit » (synopsis éditeur).

Tous aux abris !! Un vieux de mauvais poil erre dans les rues de la ville. Canne à la main, il déambule un peu avant de venir se poser sur son banc, banc sur lequel il cohabite assez mal avec ses congénères humains.

Moins pervers et plus malin que les vieux chnoques de sa génération, Filandreux nous emmène dans des réflexions passionnées sur l’écologie, l’espère humaine, les files d’attentes pour des dédicaces, la vieillesse, l’utilité sociale… Ce recueil contient de courtes nouvelles qui mettent en scène le vieux. Le trait ciselé de Simon Hureau (Hautes-Œuvres, Intrus à l’étrange, L’empire des Hauts-Murs…) renforce l’ambiance cocasse des scènes qui décrivent un énergumène au mode de vie légèrement décalé mais qui témoigne de réflexions très lucides quant aux effets pervers du capitalisme.

Une amusante découverte que je dois à Jérôme. En fin connaisseur de mes habitudes de lecture, il avait repéré que je n’avais pas lu cet album-là de Hureau… merci !! 😉

Extrait :

« Répugnante vie organique, immonde machine humaine, transit intestinal sur pattes… Machines à engloutir, avaler les productions de la nature, végétaux, animaux… Ereintage des ressources… Nature engloutie pour engraisser des corps exsudant, excrémentant, expectorant, urinant, éructant, pétant, et, au final, puant. Puanteur évitée moyennant un lavage quotidien. Lavage qui salit l’eau, déjections qui salissent les fleuves, déchets qui salissent la Terre. Désespérant… Nous sommes des mécaniques à cochonner l’environnement. C’est irrémédiable » (Filandreux – Vieux clou indigeste).

Du côté des challenges :

Petit Bac 2013 / Gros mot : Vieux clou

Petit Bac 2013
Petit Bac 2013
Publicités

6 commentaires sur « Chroniks Expresss #9 »

  1. Je suis d’accord avec toi concernant la difficulté de langage pour les plus jeunes avec le Larcenet. Cela dit, ça n’a pas l’air d’avoir dérangé mes loulous ! Et leur mère s’est régalée !! 😉

    J'aime

    1. Moi j’ai adoré. Je trouve tous ces clins d’œil aux univers de contes très bien amenés. Après, mes bambins faisaient des yeux de merlans frits à la première lecture. Et si le plus jeune (4 ans) y revient régulièrement, le grand par contre à vite classé le sujet et n’a plus aucune envie de relire cet ouvrage. Ça me déçoit un peu d’ailleurs…

      J'aime

  2. Le Larcenet est excellent. Et tu as raison, à force de relectures les enfants finissent par saisir le sens du vocabulaire parfois un peu obscur pour eux. Quand à Hureau, je suis content de t’avoir fait découvrir un album que tu ne connaissais pas même si personnellement je n’ai pas été super emballé, tu le sais^^

    J'aime

    1. Je crois que j’ai adhéré au Hureau parce que j’apprécie foncièrement cet auteur depuis « Hautes Œuvres » et « Intrus à l’Etrange ». Après, j’ai lu en plusieurs fois ce tout petit livre qu’est Filandreux. Le format s’y prête, on se pose facilement le temps d’une petite histoire.

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s