Melvile (Renard)

Renard © Le lombard – 2013
Renard © Le lombard – 2013

« Après un premier roman, Samuel Beauclair s’installe à Melvile dans une maison ayant appartenu à son père, lui-même romancier. En proie à une dépression créative et amoureuse, il ne parvient plus à écrire. Il espère trouver dans les lieux de son enfance une nouvelle sérénité, loin des noirceurs du passé. À la suite d’une double rencontre, celle des frère et sœur, Rachel et David, Samuel ouvrira des portes trop longtemps restées closes. Mais c’était sans compter qu’ici, à Melvile, certains démons, certaines légendes prennent chair et corps bien plus facilement qu’ailleurs… » (présentation officielle).

Cristie m’avait mis la puce à l’oreille en publiant une alléchante chronique sur cet album. Ceci c’est ajouté au fait que je voulais découvrir Romain Renard depuis la sortie d’Un hiver de glace que vous aviez été nombreux à encenser.

On plonge très vite et facilement dans cette ambiance automnale et mystérieuse. Les teintes sepia de l’album font immédiatement ressentir une mélancolie ; on mettra du temps à en comprendre la réelle origine. On navigue à vue avec cet homme atteint d’aboulie, un écrivain paniqué par le manque d’inspiration et qui panse ses plaies dans l’alcool. Le poids des non-dits pèse sur lui en permanence et on n’aura de cesse d’en percer les secrets pendant toute la lecture. Quelle est la raison qui le maintient ainsi au bord de la réalité, à l’instar du visuel de couverture ou nous le voyons enfermé dans ses pensées et figé sur le bas-côté de la route ?

Très vite, Romain Renard est parvenu à instaurer une ambiance suffisamment angoissante pour nous tenir en haleine. On profite notamment d’une apparition de l’homme-cerf que d’autres auteurs avaient déjà repris récemment (Les enfants pâles de Loo-hui Phang & Philippe Dupuy ou Les jardins du Congo de Nicolas Pitz). Le mutisme du personnage principal qui jette mécaniquement ces mots « Je suis un monstre » sur sa vieille machine à écrire nous pèse et nous laisse envisager le pire. Mais ce n’est pas la seule ombre au tableau. La présence de sa femme devient de plus en plus oppressante. Et que penser de ce couple – un duo formé par un frère et une sœur – qui emploie Samuel pour faire des travaux de rénovations de leur ferme ? D’où vient le danger ?

Le décor est parfait pour ne tenir en alerte. Il s’agit d’une petite bourgade fictive de Melvile entourée de forêts à perte de vue, légèrement isolée, légèrement dépeuplée mais où un minimum de vie subsiste grâce à une petite supérette au cœur du hameau. L’atmosphère est poussiéreuse lorsque le soleil est à son zénith, le brouillard est tenace et enveloppant aux premières heures de la journée… Enfin, l’auteur nous impose régulièrement de longs passages muets, nous laissant seuls face à de superbes dessins léchés et seul… face à nos suppositions et à nos peurs.

PictoOKChaque élément visuel vient matérialiser l’ambiance à la fois inquiétante et mélancolique, une tension que les non-dits viennent constamment renforcer. Le lecteur est tenu en haleine jusqu’au dénouement de l’intrigue. Un thriller qui prend aux tripes.

Une application (pour Ipad et Androïd) permet de plus de profiter d’une lecture interactive ; en scannant le code QR, il est possible de charger la bande son de l’album et de découvrir d’autres bonus de cet univers (un aperçu dans cette video). C’est vraiment sympa. On accède aux crayonnés, à des vidéos… je regrette simplement de n’avoir pas de tablette car l’écran du portable étrique un peu les visuels.

La bande annonce de l’album.

Le site de Melvile et la page Facebook de l’album.

Je vous renvoie également vers cette excellente chronique de John Kay sur Wartmag mais aussi sur les chroniques de Cristie, Yvan et Lunch.

Melvile – L’Histoire de Samuel Beauclair

One shot

Editeur : Le Lombard

Dessinateur / Scénariste : Romain RENARD

Dépôt légal : octobre 2013

ISBN : 978-2-8036-3292-3

Bulles bulles bulles…

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Melvile – Renard © Le lombard – 2013

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19 commentaires sur « Melvile (Renard) »

  1. J’ai beaucoup aimé cet album, surtout au niveau de l’ambiance et c’est la première fois que je trouve que le numérique apporte quelque chose au neuvième art…

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    1. C’est vrai !! Après, je crois que j’aurais encore plus apprécié avec un écran de tel plus grand. Là, c’était juste un peu frustrant ^^

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    1. Je sais bien que les thrillers et toi… La chronique de Cristie décrit très bien la manière dont on rentre progressivement dans cet univers
      Et ça ne m’étonnerais pas que tu te piques au jeu malgré tout 😛

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    1. C’est assez saisissant oui. J’ai fait fausse route au début, j’ai suspecté les mauvaises personnes ^^ Un moment de lecture d’une rare intensité. Merci pour le conseil ! 😉

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  2. C’est l’une de ms plus belles lectures de l’année, si on exclue la réalité augmentée qui m’a énervé (mais je l’ai lu le jour de sa sortie et l’appli n’était pas encore aboutie/disponible multi-supports).

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    1. De mon côté, je n’aurais pas « rangé » cet album du coté des plus belles lectures de l’année mais par contre, coté sensations fortes, on n’est effectivement pas en reste ! 😀 Il faudra que je lise « Un hiver de glace » aussi, les chroniques que j’avais lues sur ce titre m’avaient bien intriguée ^^

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    1. J’espère que l’ambiance t’envahira complètement. Curieuse de connaitre ton avis, de savoir si tu as suivi une fausse piste ou si tu as compris de suite de quoi il était question. De mon coté, j’ai commencé à me douter des choses au premier tiers de l’album mais il m’a fallu attendre un peu plus pour en avoir la certitude

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        1. Vi 😛
          Mais c’est en tout bien tout honneur ^^ Entre ta chronique, celle de Theoma et la mienne, il y a un beau panel d’accueils qui peuvent être réservés à « Melvile ». Et puis Syl sait très bien que je ne lui veux pas de mal d’abord 😛

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