Ma Révérence (Lupano & Rodguen)

Lupano – Rodguen © Guy Delcourt Productions – 2013
Lupano – Rodguen © Guy Delcourt Productions – 2013

Cette révérence, c’est celle de Vincent. Il a la trentaine et il a déjà mis sa vie dans une belle impasse. Issu d’une famille modeste, il n’a pourtant manqué de rien, pas même les révélations posthumes de sa grand-mère sur ce qu’elle a eu à endurer. Je n’en connais pas une qui lui envierait sa vie et son mari. Quant à Vincent, son parcours se résume à bien peu de choses. Après une adolescence insignifiante de banalités, il hérite de sa grand-mère paternelle. Il utilise cet argent pour voyager et découvrir l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ? Ça, il ne le comprendra que plus tard.

Sauf que là-bas, il rencontre Rana, l’amour de sa vie. Mais comme beaucoup d’hommes, l’idée de s’installer en couple finit par l’angoisser. Il prend la fuite, rentre en France où il noie ses pensées dans toutes les substances qui passent à sa portée. Il est tellement défoncé que la question du travail en est secondaire. Il squatte où il peut. Et puis c’est l’overdose. Intervention du SAMU et placement forcé en psychiatrie. Contraint à un sevrage forcé, il sort de sa vie de débauche par la petite porte, revient un temps chez ses parents avant d’enchaîner les petits boulots qui lui permettent de louer une piaule. Mais son cœur est resté en Afrique mais pour y retourner, il a besoin d’argent. Une rencontre fortuite avec un convoyeur de fonds va faire naître l’idée qu’un casse pourrait l’aider à résoudre ses problèmes.

Pour se faire, il s’associe avec Gaby, un looser qui traine sa carcasse depuis 50 ans sans en avoir fait grand-chose non plus. Santiags aux pieds, banane défraichie sur la tête et « Gabrielle » de Johnny en guise de sonnerie de téléphone, Gaby est un pur et dur, un parasite, alcoolique et raciste de surcroît.

Maintenant que vous avez une petite idée de l’histoire, laissez-moi vous expliquer pourquoi on accroche aussi bien avec les personnages. Déjà, il faut noter que Wilfrid Lupano parvient très rapidement à coincer le lecteur dans un tête-à-tête avec le personnage principal. Ce dernier, sur le chemin du repentir, est enclin à la confidence mais il la fait à sa manière, un brin éparpillée… En fait, il ne sait pas trop par où commencer. Alors il commence à raconter plein de choses avec un œil assez lucide finalement sur son parcours. Et puis après quelques pages d’explications, et alors que le lecteur a déjà l’œil et l’oreille aux aguets, c’est le couperet. « Mais ça, on y reviendra » comme il dit. Alors forcément, on a envie de savoir la suite. Tourner la page. Continuer à l’écouter pour comprendre. Accéder à « cette suite » tant promise.

Dans un premier temps, c’est donc un scénario qui choisit de nous livrer des morceaux de choix sur la vie de cet homme. Progressivement, on le cerne. Inconsciemment, on l’adopte ! Et puis il y a ce Gaby, personnage haut en couleurs. Le genre d’anti-héros qu’on a déjà croisé, que ce soit au cinéma, dans la littérature ou en BD. Sauf qu’ici, l’énergumène a cette particularité c’est qu’on ne nous le présente pas de manière frontale mais par le biais du regard de Vincent, le narrateur. Donc le lecteur voit autre chose que l’image du beauf dans toute sa splendeur puisque le narrateur n’est pas avare et explique, à chaque anecdote sur Gaby, tout ce qu’il voit dans cet homme. On a donc toute la charge affective qui vient donner de la rondeur à l’image du rockeur. Avec une pointe de cynisme, beaucoup d’humour et de tendresse, le personnage principal va nous aider à décoder son acolyte que progressivement on va cerner… et adopter !

Drôle de duo en tout cas mais regroupant des personnalités parfaitement complémentaires. Et puis le rythme de l’intrigue s’appuie sur l’idée tacite que leur projet fonce à 200 à l’heure dans une impasse. On les voit déjà en taule alors qu’on ne les a même pas vus à l’œuvre ! Charge à eux de nous surprendre et en cela, le scénario de Lupano a de la ressource. Qu’on me dise que tout cela est bien convenu, je me charge de balayer ces arguments.

A l’instar du duo fictif, le duo Lupano – Rodguen est détonnant. Le dessinateur illustre la farce avec une facilité étonnante. Le coup de crayon est juste, fluide, expressif. C’est un régal. On les voit bouger, on remplit inconsciemment l’espace laissé entre chaque case par tout ce qu’on imagine pour permettre à l’action de se faire en continu (gestes, odeurs, bruits…). Bref, le lecteur est comme au cinéma. On est le troisième protagoniste. Avec Vincent et Gaby, on est un trio. C’est chouette cette sensation quand on la ressent pendant une lecture.

PictoOKPictoOKIl n’y a donc plus qu’à se laisser aller. Finalement, et malgré tous ses échecs, Vincent semble être serein quant à la réussite de son affaire… alors si c’est une histoire qui roule, il n’y a plus qu’à se laisser porter, à leur emboiter le pas et ma foi… on n’est pas déçu par le voyage.

Un album à découvrir de toute urgence si ce n’est pas déjà fait !

Les chroniques de Noukette, Joëlle, Jérôme, Cristie, Sandrine, Mango, Stephie et Moka.

Du côté des Challenges :

Roaarrr Challenge : Fauve – Prix Polar 2014

Roaarrr Challenge
Roaarrr Challenge

Ma révérence

One shot

Editeur : Delcourt

Collection : Machination

Dessinateur : RODGUEN

Scénariste : Wilfrid LUPANO

Dépôt légal : septembre 2013

ISBN : 978-2-7560-4153-7

Bulles bulles bulles…

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Ma révérence – Lupano – Rodguen © Guy Delcourt Productions – 2013

32 commentaires sur « Ma Révérence (Lupano & Rodguen) »

    1. Pour le lien : tout le plaisir est pour moi. Je n’ai fait l’association que cette semaine entre le nom de ton nouveau blog (que j’ai découvert via un billet de L’ivre de lire sur FB) et ton « identité ». J’ai fait une longue pause et j’avais perdu de fil concernant la blogo 😉
      Quant à mon article, je l’ai écrit d’une traite. J’ai posé les choses comme elles me venaient et je n’ai pas cherché à relire pour donner un peu plus de gueule à mon texte. D’où l’écrit un peu parlé, c’est assez cavalier mais je ne voulais pas partir dans des ronds de jambes pour partager mon ressenti 😉

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  1. A découvrir de toute urgence, carrément ! Et puis j’adore le trait de ce dessinateur venu du dessin animé. On avait un peu échangé sur le blog quand j’ai publié mon billet, j’ai trouvé qu’il correspondait parfaitement à ses personnages, simple et humain 😉

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  2. Je trouve l’album pas désagréable mais finalement pas aussi génial que la blogosphère le décrit. Je suis presque jaloux du ressenti de bon nombre de lecteurs à l’égard de cet ouvrage. J’ai le sentiment d’être passé à côté. Snif. Au plaisir de te relire…

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    1. A vrai dire, je ne m’attendais pas à rentrer autant dans l’histoire. Certainement parce que j’ai lu trop de chroniques sur cet ouvrage et que du coup, j’avais mis la barre bien haut par rapport au plaisir que je comptais trouver pendant ma lecture. J’ai bien accroché avec le narrateur et je suis totalement entré dans le jeu, je ne m’attendais pas à à ressentir cette empathie pour ce duo… et encore moi à être touchée par Gaby. Et puis finalement, je m’étais déjà fait une idée du dénouement : ils font le braquage et soit ils se font arrêter, soit ils s’en tirent grâce à une jolie pirouette (le tout était de savoir comment les auteurs allaient faire passer la pilule, c’était le seul hic).
      Après, j’aime beaucoup ce genre d’humour. Un peu de cynisme, un peu d’ironie, beaucoup de tendresse.
      Voilà, quand je fais le bilan… oui, on peut dire que je me suis complètement glissée dans cet univers. D’où le coup de cœur 🙂
      Merci à toi Eric ! Au plaisir de te lire également (mais il n’y a que ton acolyte qui chronique en ce moment chez vous ! ^^)

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  3. Un billet accrocheur d’une BD entrant dans le challenge Roaarrr qui en plus a le bon goût d’être dispo à la médiathèque… Je note de suite le titre pour mon prochain passage !!!!! 🙂

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        1. Je suis certaine que tu as ta petite idée sur le dénouement 🙂 Après, tu as « Les vieux fourneaux » de Lupano qui est pas mal dans son genre… lui aussi 😛

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        1. « Tout vient à point à qui sait attendre » 😀 Je comprends tout à fait cette course contre le temps 😉

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        1. Tu me rassures (c’est que je ne m’éloigne pas trop de ma tanière… alors je vois peu de choses ^^)

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