Chroniks Expresss #12

Autobiographie d’une courgette – Gilles Paris © Piment – 2003

Autobiographie d’une courgette – Gilles Paris © Piment - 2003
Autobiographie d’une courgette – Gilles Paris © Piment – 2003

« Icare dit « Courgette », petit garçon de 9 ans, est né du mauvais côté de la vie. Depuis tout petit, il veut tuer le ciel, à cause de sa mère qui dit souvent: « Le ciel, ma courgette, c’est grand pour nous rappeler que dans la vie on n’est pas grand-chose ». Depuis son accident, la mère d’Icare ne travaille plus, boit de la bière en regardant la télévision et ne s’occupe pas de son fils. Un jour Courgette, à défaut de tuer le ciel, va tuer accidentellement sa mère. Le juge le déclare « incapable mineur ». Placé en maison d’accueil, Courgette découvre enfin l’amitié, les fous rires, les larmes, les émotions et l’amour… » (présentation de l’éditeur).

Ouvrage sympathique que j’ai découvert cet été. Le lecteur partage ici le quotidien du narrateur et le fait que ce dernier soit un enfant a tendance à rendre les descriptions plus douces que ce qu’elles ne sont dans la réalité. Quelques tournures de phrases sont un peu gauches, ceci tient au fait que les descriptions sont formulées avec des mots d’enfant et que l’enfant en question est totalement ignare à l’égard de la plupart des sujets (violences, sexe, sentiment, abandon…). Pourtant, le jeune narrateur ne se démonte pas et « ose » poser les questions à ses pairs. Les réponses formulées sont souvent abruptes dans leurs descriptions et même si le langage est assez imagé, il n’en reste pas moins crédible pour la majeure partie des explications (ce pourrait effectivement être la vision que partagent des enfants de cet âge). Ensuite, il faut bien reconnaître que Gilles Paris a tenté un exercice périlleux. S’il explique rapidement qu’il s’est inspiré de faits réels pour construire l’histoire de Courgette, il ne cache pas non plus que sa part d’imaginaire a largement nourri son histoire.

Le premier reproche que je ferais à ce livre est de proposer une vision un peu simpliste de la vie en Institution. Pour connaître « un minimum » le milieu, je trouve que le quotidien décrit ressemble plus à celui d’une colonie de vacances qu’à celui d’une M.E.C.S… Ça gâche un peu la lecture tout de même, les choses y sont trop simples, quelques scènes sont difficilement crédibles. En revanche, la bonhommie du personnage sympathique le rend tout bonnement très sympathique. Je n’ai eu aucune peine à le suivre tout au long de ce roman.

PictoOKLe dénouement en revanche me laisse dubitative ; je n’ai pu m’empêcher de penser au monde merveilleux de Casimir en refermant cet ouvrage. Dommage, mais même vis-à-vis d’un lecteur qui ne travaille pas dans le secteur social, il est tout de même difficile de faire croire que la vie fait d’aussi jolis cadeaux… Un grief important mais le plaisir que j’ai eu durant la lecture reste malgré tout.

La présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

 

Muléum – Erlend Loe © 10/18 – 2008

Muléum – Erlend Loe © 10/18 – 2008
Muléum – Erlend Loe © 10/18 – 2008

Après la disparition de ses parents et de son frère dans un accident d’avion, Julie se retrouve seule. Tout juste majeure, la jeune norvégienne va devoir s’assumer et prendre la responsabilité de certaines décisions qu’elle n’avait jamais eu à prendre jusqu’alors. Tout aurait été plus simple si elle n’avait reçu cet ultime texto de son père. Ce dernier, juste avant le crash, a trouvé le moyen de lui transmettre « on va s’écraser. Je t’aime. Fais ce que tu veux ».

Julie tente un temps de garder le cap : aller en cours, fréquenter ses amis, suivre sa thérapie avec le « Docteur Dingo » comme elle se plaît à le surnommer, veiller à ce que les derniers travaux de rénovations de la luxueuse demeure familiale correspondent à ce que sa mère voulait… Mais l’envie d’en finir est plus forte que tout. Julie serait prête à n’importe quoi pour parvenir à ses fins. Après une première tentative de suicide qui la couvre de honte par le seul fait d’avoir échoué, Julie prend la poudre d’escampette et parcourt le monde au gré des opportunités.

Le lecteur côtoie ici une jeune femme qui tente de faire face au raz-de-marée qui tente de la submerger. Avec aisance, elle se lance dans la rédaction d’un journal intime. De jour en jour, le carnet va accueillir ses mots, ses humeurs… et à mesure que nous tournons les pages, nous pouvons constater que le narrateur investit réellement ce dialogue intérieur. A mesure que le temps passe, les propos quotidiens sont de plus en plus abondants. Le style « journal intime » permet à Erlend Loe de faire vivre son personnage avec la force des émotions. Sans crainte du regard des autres, elle livre donc ses pensées les plus intimes sans aucune retenue et sans aucun tabou. Très critique sur elle-même et sur ce qu’elle peut entreprendre, Muléum permet également de suivre une jeune femme qui conserve toute sa lucidité malgré les idées suicidaires qu’elle développe.

Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, le personnage choisit littéralement de fuir la dépression en sautant d’un avion à l’autre. Ses escapades la conduiront en Europe de l’Est, en Asie, en Afrique… Au point qu’il devient nécessaire de se demander, passé la moitié de l’ouvrage, si elle court après la mort ou si elle fuit toute vie qui – en apparence – pourrait être « normale ». Après le drame qui l’a privée de toute sa famille, n’y a-t-il pas une culpabilité de vivre qui peut sembler intolérable ?

Erlend Loe tourne donc autour de ces questions avec beaucoup d’humour. Son personnage, parti en quête d’identité, accueille chaque nouvelle situation avec un sang-froid redoutable, ce qui donne lieu à des scènes assez drôles.

La fascination pour la mort que développent les nordistes m’impressionne. Ils peuvent parler du suicide comme on parlerait de la pluie et du beau temps… je les imagine en train de converser avec la Faucheuse et de terminer une tirade en lui donnant une grande tape sur l’épaule. C’est déjà le ressenti que j’avais eue lorsque j’avais lu Petits suicides entre amis (Arto Paasilinna) il y a quelques années et c’est également l’impression que j’ai eu en visitant le Statens Museum for Kunst à Copenhague en 2010.

PictoOKAgréable. Un roman frais et divertissant malgré son sujet.

A lire ! : L’avis de Cuné qui a attiré mon attention sur cet ouvrage.

La fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

Du côté des challenges :

Le tour du monde en 8 ans : Norvège

Tour du Monde en 8 ans
Tour du Monde en 8 ans

Le tunnel – Ernesto Sabato © Points – 1995

Le Tunnel – Ernesto Sabato © Points – 1995
Le Tunnel – Ernesto Sabato © Points – 1995

« Juan Pablo Castel, un peintre, tente d’expliquer la logique insensée qui l’a conduit, presque malgré lui, à assassiner la femme qui était devenue sa seule raison de vivre » (synopsis de l’éditeur).

J’avais beaucoup d’attente à l’endroit de cet ouvrage. Le fait de découvrir la personnalité finement ciselée du narrateur, le fait d’accéder à sa psyché et au travail de mémoire auquel il procède… savourer l’effet de style qui consiste à reprendre la chronologie de façon purement factuelle en tentant à minima de corriger et de juger des faits… je trouvais cela intéressant et prometteur.

Pourtant, à aucun moment, je ne suis parvenue à entrer dans le récit. Le personnage principal m’a de bout en bout été antipathique. Il m’a été difficile de supporter son côté prétentieux et hautain. Cette lecture m’a coûté, l’envie de l’enfouir dans ma bibliothèque m’a brulé les doigts à de trop nombreuses reprises. Lu par petites bribes sur une période anormalement longue, l’ouvrage m’a confronté à l’ennui mortel que seuls certaines lectures sont capables d’apporter. Pourtant, je dois bien reconnaitre qu’Ernesto Sábato sait intriguer. Malgré le peu d’engouement à suivre le parcours de cet homme, j’avais cependant envie de comprendre la raison qui l’a conduit à commettre ce crime, l’arme qu’il a utilisé. Les pages se tournent malgré tout. Mais elles sont trop lourdes et ne m’ont pas permis de trouver dans ce long monologue un gramme de plaisir.

pictobofPas certaine de retenter quelque chose avec cet auteur.

La fiche de présentation de l’ouvrage sur le site de l’éditeur.

Pour finir sur une note positive, je vous invite à lire la chronique de Marilyne en cliquant sur ce lien.

8 commentaires sur « Chroniks Expresss #12 »

    1. Je regarderais cette histoire de « kangourous » ^^ Pour ma part, c’était une pure découverte. Je ne connaissais l’auteur que de nom et je n’avais jamais pris le temps de feuilleter un de ses ouvrages. C’est chouette d’avoir des copains qui lisent… ils te mettent des livres dans les mains, glissent quelques mots sur leur impression… comment faire autrement que de passer à la lecture ensuite ? ^^

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    1. Chaque chose en son temps. Je vais te dire une chose pour te faire déculpabiliser : moi aussi j’ai des scrupules à laisser certains ouvrages végéter dans ma PAL… comme « Un petit goût de noisette » par exemple… 😉

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    1. Je croyais que tu n’étais pas très Gilles Paris en fait ^^
      (ceci dit, c’est peut-être une mauvaise interprétation que j’ai faite en lisant un de tes commentaires déposé quelque part sur la blogo… suite à un ouvrage de Gilles Paris justement)

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