Chroniks Expresss #13

Vous vous rappelez les vieux jeux électroniques de type « Dictée magique » ou « Les nombres magiques » ? Une erreur et nous avions droit à l’immanquable « Tu t’es trompé ! Essaie encore ! ».

C’est un peu l’impression que j’ai en ce moment côté lectures BD… Pas de coup de cœur depuis quelques temps. Je survole.

Pourtant, j’ai un peu de munitions toutes plus alléchantes les unes que les autres mais dès que la lecture est engagée… c’est morne plaine ! Et je ne vous parle pas de l’exercice d’écriture qui en découle !

Alors plutôt que d’imposer à tout le monde un chapelet de chroniques « entre deux eaux » (au mieux), je vais n’en faire qu’une et espérer repartir du bon pied avec d’autres ouvrages.

La Peau de l’ours

Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012
Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

« La peau de l’ours nous fait voyager de l’Italie contemporaine aux États-Unis de la fin des années 30. Amadeo a pour devoir quotidien de lire à un vieil homme son horoscope. Il est loin d’imaginer que cet aveugle, canne à la main, a été montreur d’ours aux États-Unis, puis assistant d’un chef mafieux ! Une histoire d’amour, de vengeance, de lâcheté… » (synopsis éditeur).

Après un premier essai très réussi dans ma découverte de la bibliographie de Zidrou (voir ma chronique sur Lydie), j’ai souhaité poursuivre mon exploration… plutôt confiante. Au vu des avis partagés çà et là sur la blogosphère – et vu que j’ai eu une belle opportunité de le lire – j’ai donc fait une étape du côté de La Peau de l’Ours.

J’avoue avoir été en manque d’inspiration pour proposer un synopsis « à ma sauce »… mauvais signe… cela tient au fait que je n’ai ab-so-lu-ment pas accroché avec cet ouvrage ! Plat. Ennui. Morosité. Banalité. Manque d’originalité. Pf…

La liste pourrait être plus longue mais je m’en tiens là.

Je pourrais aussi prétexter que « c’est de votre faute… à vous… blogo-lecteurs » car j’avais des attentes fortes à l’égard de cet album. Non, je ne rejetterais la responsabilité sur personne mais j’avais envie que quelque chose me pète à la gueule pendant la lecture (excusez mon vocabulaire de charretier mais c’est ce qui résume le mieux l’état d’esprit dans lequel j’étais quand j’ai eu l’ouvrage en main)… et il n’y a eu aucune onde de choc.

Laissez-moi vous expliquer ce qu’il s’est passé…

Je n’ai pas grand-chose à reprocher au scénario de Zidrou. Propre. Fluide. Il pose les éléments narratifs où il faut et quand il faut. Il laisse légèrement mijoter son lecteur avant de lâcher quelques morceaux choisis… ils sont prometteurs. On a envie de tourner la page pour connaître la suite (ça, c’est une réalité). Quant aux deux personnages principaux : l’ancien puceau de 80 piges (j’ai cru pendant la majeure partie de la lecture être un ancien mafioso) et le plus-puceau depuis très longtemps (si on s’en tient à ce qu’il affirme) font un duo charmant. Ils tapent un brin de causette, se laissent surprendre par leur complicité naissante… Le tout est servi sur un paysage paradisiaque (une île italienne, ciel bleu, mer, villa de luxe…). On profite aussi d’un relent de nostalgie qui vient donner de la consistance à l’ensemble. Le vieil homme – comme tous les vieux dans les BD [malheureusement] – vit dans ses souvenirs. Cette fois, le retour en arrière nous amène dans les années 1930 (version édulcorée des costumes de mafiosos américains, gros cigares, sang qui gicle…). Ça ne gâche rien (personnellement, j’aime beaucoup cette période de l’histoire) mais j’ai trouvé que l’on nous servait un plat froid !

Au dessin, Oriol. Bon. Vif, sec, nerveux… un style dans cette mouvance. Problème : ce travail d’illustration m’a trop fait penser à des lectures antérieures (je me contente d’une référence : Je mourrai pas gibier). Rien de nouveau sous le soleil. La mise en couleurs jure (c’est criard). Je n’aime pas cet effet de style sur les rouges cramoisis qui symbolisent la colère et/ou la méchanceté, j’aime encore moins ces nez « fardés » (???) permanents (et laids et disgracieux et…). Les aplats de couleurs sont complètement… plats, lisses. Le ciel bleu est trop bleu. Y a-t-il besoin que je poursuivre ?

pictobofOn classe. Ça ne vient rien titiller chez l’énergumène que je suis. Rien. Pire encore, pas un soupçon d’empathie pour ces personnages désincarnés. Et puis tout cela est bien trop prévisible… comme si c’était la peine d’en rajouter ! N’en jeter plus… la coupe est pleine !

Lego, Vidi, Vici. Mais je continuerais à lire Zidrou. Comme une teigne, je m’agrippe.

Les chroniques de Noukette, PaKa, Yvan, Oliv, Stephie, La soupe de l’espace,…

La Peau de l’Ours

One shot

Editeur : Dargaud

Dessinateur : ORIOL

Scénariste : ZIDROU

Dépôt légal : juillet 2012

ISBN : 978-2-5050-1137-8

Bulles bulles bulles…

La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012
La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

La peau de l’ours – Zidrou – Oriol © Dargaud – 2012

 

Un peu de bois et d’Acier

Chabouté © Vents d’Ouest – 2012
Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

Les plus jeunes y gravent leurs initiales dans un cœur, les chiens urinent dessus, les badauds l’ignorent la plupart du temps, les plus démunis passent leurs nuits dessus, les amoureux s’y bécotent… Je suis ? Je suis ??? Un banc !

Dans le mile !

Cet album haletant nous propose donc de vivre le quotidien d’un banc public au travers des saisons.

Passionnant.

Pourtant, je connaissais le sujet de l’album. J’ai joué, j’ai perdu… mais on risque de me reprendre encore à ce jeu-là (ce qui est terrible en soi).

Ce qui m’intéressait – comme souvent – c’est le caractère muet de la chose. Le plaisir des images silencieuses. La possibilité de flotter à son rythme sur les illustrations, de mesurer la force de suggestion de chaque détail… [soupir de satisfaction]. Le must en la matière reste pour moi l’album de Shaun Tan (quatre ans après l’avoir découvert pour la première fois, je ne m’en suis toujours pas remise…).

Mais je m’égare. Ahem.

Un peu de bois et d’acier m’a ennuyée, vraiment. La découpe des planches est monotone (certes, la vie d’un banc l’est tout autant). En revanche, j’ai apprécié les séquences en revanche. L’organisation des scènes, petites tranches de vie anodines. Le jeu visuel avec un arrière-plan fixe et des personnages qui avancent d’une case à l’autre, invitant le lecteur à reconstruire le mouvement. Par contre, cette succession de scènes banales sur plus de 300 pages… je n’ai pas cette patience, même si l’ouvrage ne m’est pas tombé des mains. La répétition permanente d’une composition de planche quasi statique rend tout cela bien monotone. A mesure que la lecture avance, j’ai constaté que les pages se tournaient de plus en plus vite ! Signe d’un certain empressement à arriver au bout de ce volume.

Quelques rares occasions de rire (d’un rire franc mais bref) notamment à la vue de cette vieille dame qui revient à deux ou trois reprises et qui n’a décidément pas de chance. Les yeux écarquillés en permanence, le genre de « bonne femme » qui doit être surprise de se réveiller entière chaque matin dans son lit douillet parce que décidément, le monde qui l’entoure est vraiment surprenant ! Ce n’est pas suffisant pour autant…

PictomouiLes ambiances se succèdent, candeur, morosité, joie… je suis restée là, sage spectatrice assise sur le banc d’en face…

Bien trop loin de la claque donnée par Tout seul. Bien trop loin !

Les chroniques de Jérôme, Lunch, Keisha, Gwordia

Un peu de bois et d’acier

One shot

Editeur : Vents d’Ouest

Dessinateur / Scénariste : Christophe CHABOUTE

Dépôt légal : septembre 2012

ISBN : 978-2-7493-0655-1

Bulles bulles bulles…

Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012
Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

Un peu de bois et d’acier – Chabouté © Vents d’Ouest – 2012

 

Appelle-moi Ferdinand

Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009
Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Oscar, un quadra, cadre, en couple, 2 filles.

Il est à côté de ses pompes et semble rêver tout éveillé. Il ne réagit pas aux nouvelles habitudes de sa fille aînée qui enchaîne les relations amoureuses et passe de moins en moins de temps à la maison ; l’investissement qu’elle peut consacrer à ses études universitaires ne semble pas être une préoccupation pour Oscar. Chloé, sa cadette, est encore au lycée… R.A.S. pour le moment. Sa femme découche ; l’idée d’être cocu le fait à peine sourciller. Quant à lui, il vient de louer la chambre de bonne du sixième étage qu’il justifie – auprès de sa femme inquiète pour leur avenir financier – par un « j’ai besoin d’avoir un espace à moi ». Alors quand il est seul, il va s’isoler dans sa tanière sous les toits, se fiche le nez dans les étoiles et garde son arme à feu à portée de main…

Un tableau peu reluisant. Un homme en pleine déprime et celle-ci n’est pas due aux raisons que l’on imagine initialement. Pour le coup, ne comptez pas sur moi pour spoiler l’intrigue. Quoiqu’il en soit, son attitude questionne et le scénario, majoritairement en voix-off, nous permet de mesurer rapidement la gravité de ce qui se passe sans trop percevoir de quoi il en retourne. La voix-off, c’est bien évidemment celle du narrateur (« héros » de cette histoire). Héros ? Portrait type d’un anti-héros ressemblant plus à un ours mal-léché, la barbe en bataille, qu’à un matou qui roule des mécaniques. Pour le coup, j’ai bien aimé cette belle barbe en bataille.

La voix intérieure [appelez-la voix-off si vous préférez] d’Oscar se confie. Il fait le point de sa vie. De ce qu’il a acquis, des rêves d’enfance qu’il a pu réaliser, de ce dont il est fier mais surtout, là où il a échoué. Etre un bon père, un mari aimant, un enfant prévenant… le constat est amer. Les tons sépia de l’album renforcent l’impression de mélancolie qui émane de ce personnage.

« C’est difficile de t’atteindre, papa. Tu donnes pas l’impression qu’on compte pour toi »

Dans sa lente descente aux enfers, il va pourtant parvenir à nous surprendre, à nous toucher grâce à ce curieux mélange d’audace et de fragilité qui le rend hésitant et qui tronque un peu la perception qu’il peut avoir de son environnement proche. Certaines scènes donnent lieu à des passages où l’on marque un temps d’arrêt pendant la lecture, où l’on revient en arrière pour reprendre le fil d’une histoire qui nous aurait échappé. Je ne suis pas en train de dire que le récit est saccadé. Je suis juste en train d’expliquer qu’on comprend tant et si bien le personnage principal que l’on perçoit comme lui la réalité de façon déformée (à certains moments). Où s’arrête le réel ? Où commence le délire ? Comme s’il perdait le contrôle de sa vie… qu’il perdait la certitude d’être encore en vie. Quant à la raison de ses hallucinations (du moins, c’est mon interprétation)… ma foi, il vous faudrait lire l’album pour en apprendre l’origine. Et quitte à lire ce titre, poussez la chansonnette jusqu’à partager votre ressenti… que je sache si mon interprétation est dans le vrai ou totalement mal à propos.

PictoOKIci aussi, j’ai gardé en mémoire des traces de chroniques dithyrambiques. L’impact attendu n’a pas eu lieu… mais ce fut un agréable petit voyage malgré tout. Un petit pouce pour l’occasion.

Les chroniques de Lorraine, Mango, Violette

Appelle-moi Ferdinand

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur : Christian DURIEUX

Scénaristes : Hervé BOURHIS & Christophe CONTY

Dépôt légal : août 2009

ISBN : 978-2-7548-0240-6

Bulles bulles bulles…

Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009
Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Appelle-moi Ferdinand – Bourhis – Conty – Durieux © Futuropolis – 2009

Les trois chemins sous les mers

Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013
Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

Les trois chemins plongent cette fois dans les profondeurs sous-marines. A la surface, un marin pêcheur très peu doué pour vivre de la pêche et comble de tout : il a le mal de mer. Au fond, un scaphandrier écolo. Et flottant au milieu, un sympathique petit poulpe rose qui cherche à rejoindre sa mère malade mais la tâche est difficile… petit poulpe est peureux.

Leurs routes respectives vont se croiser et se décroiser en permanence, sur le même principe que le tome 1 intitulé Les Trois chemins.

A l’instar du premier tome, il y a un quatrième personnage (un homme-poisson) qui cette fois est totalement indépendant du trio principal, même s’il interagit avec chacun d’entre eux.

L’ouvrage est amusant. J’appréhendais de ne pas apprécier (la lecture du premier tome est relativement récente, souhait de ne pas se heurter à une impression de répétition). Cela n’a pas été le cas en revanche, les visuels sont très chargés. Les « chemins » ne sont pas délimités comme dans le premier opus de fait, le regard se perd sur la double page. Ce tome me semble moins accessible à un jeune lectorat que le précédent. En revanche, il y a de jolis petits jeux de mots et la naïveté des personnages les rend touchants.

Le jeune lecteur qui m’a accompagné dans la lecture a bien moins apprécié ce tome que le premier. Il a été dérangé par les apparitions de l’homme-poisson qui le mettent mal à l’aise (point de vue purement esthétique quant à l’anatomie de ce personnage, essentiellement dû à sa tête en forme de poisson). Il émane de ce personnage quelque chose qui lui fait peur, comme une vision cauchemardesque. Il n’a pas eu d’autre envie que celle de survoler l’album.

PictomouiLecture sympathique mais je doute qu’on y revienne régulièrement.

Les trois chemins

Tome 2 : Les trois chemins sous les mers

Série en cours

Dessinateur : Sergio GARCIA

Scénariste : Lewis TRONDHEIM

Dépôt légal : novembre 2013

ISBN : 2-84789-113-7

Bulles bulles bulles…

Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013
Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

Les trois chemins, tome 2 – Trondheim – Garcia © Guy Delcourt Productions – 2013

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11 commentaires sur « Chroniks Expresss #13 »

  1. Je n’ai pas lu la peau d’ours (plus très envie du coup 😉 ) mais j’ai vraiment trouvé le Chabouté excellent. Je lis de bonnes choses en BD en ce moment mais ça ne va jamais jusqu’au coup de cœur. Les temps sont durs…

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    1. Les temps sont durs oui. Je viens de terminer le tome 1 de « La Mondaine » (Zidrou & Lafebre). Lecture agréable mais pareil… sans plus. Je ne sais pas si c’est dû à la construction du récit (je trouve ça trop classique) ou au fait qu’à force de lire, ça devient difficile de se laisser réellement surprendre… Je vais tout de même lire le tome 2 mais je suis déçue, je pensais accrocher bien plus que ça. « Tourne-disque » me tente pas mal (suite à ta chronique).

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    1. Oui alors… oui ^^
      Mais bon, je ne me voyais pas écrire un article spécifiquement sur ce titre. Le fait de faire une petite chro succincte m’a permis de rester soft dans mes propos 😉

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    1. Désolée Marion. Je pense que si tu relis la chronique de Noukette sur « La peau de l’Ours », tu vas retrouver de l’entrain 😉
      Quant au Chabouté… et à bien y réfléchir, mon accueil n’est finalement pas une grande surprise. J’ai beaucoup de mal avec le contemplatif (déjà constaté sur des albums de Taniguchi par exemple, alors que j’apprécie beaucoup ce qu’il fait généralement).

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  2. Han !!! Tu tacles dans le même billet Zidou-chou et Chabouté-chéri ! Han !!!!
    (bon, on reste copines mais c’est bien parce que c’est toi…!) (vilaine !)

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    1. Oui… ahem… pour le Chabouté, je me doutais un peu que la lecture allait être compliquée pour moi mais je pensais avoir laissé décanter suffisamment de temps entre vos chroniques et ma lecture pour justement aborder cet album assez sereinement. Bon… raté.
      Pour le Zidrou par contre, je ne comprends pas (et dire que je viens de finir « La Mondaine » et que j’hésite à rédiger un article… ^^

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