La Lune est blanche (Lepage & Lepage)

Lepage – Lepage © Futuropolis – 2014
Lepage – Lepage © Futuropolis – 2014

« L’Antarctique. Le sixième continent. 14 millions de kilomètres carrés. Un dôme de glace enchâssé dans un socle rocheux. Le continent le plus sec, le plus froid,  le plus difficile d’accès. Le continent des superlatifs. Le monde des extrêmes. »

En 2011, Yves Frenot, directeur de l’Institut polaire français, invite Emmanuel Lepage et son frère François, photographe, à intégrer une mission scientifique sur la base française antarctique Dumont d’Urville, en Terre-Adélie. Le but ? Réaliser un livre qui témoignerait du travail des savants. Yves Frenot leur propose, en outre, de participer, comme chauffeurs, au raid de  ravitaillement de la station Concordia, située au cœur du continent de glace à 1 200 km de Dumont d’Urvillle. Le Raid, comme on l’appelle, c’est LA grande aventure polaire ! Pour les deux frères, ce serait l’aventure de leur vie, mais rien ne se passera comme prévu ! » (synopsis éditeur).

L’Antarctique et toute sa part d’ombre. Le sixième continent et tout ce qu’il impose de sensations extrêmes. Emmanuel Lepage introduit son témoignage en rappelant ces quelques « principes » de base. Il nous met déjà en « condition » pour accueillir ce qui va suivre. Ah ! Mais cela est bien facile d’imaginer à quelle point la vie peut être rude dans un lieu aussi glacial… pourtant, si inconnue soit le cette destination, il parvient à nous donner suffisamment d’élément pour matérialiser ce que peut-être la vie là-bas. Il était déjà parvenu à réaliser un tour de magie identique lorsqu’il avait partagé son expérience en terres australes avec son album Voyage aux Iles de la Désolation (fruit d’une première collaboration avec son frère François Lepage, photographe).

Cette sortie d’album coïncide avec la parution simultanée du coffret Australes (réunissant Voyage aux Iles de la Désolation et La Lune est blanche). Ce projet est donc né en septembre 2011 suite à la proposition d’Yves Frenot qui souhaitait qu’Emmanuel embarque suive une expédition scientifique afin d’en rendre compte, ensuite, via le medium bande dessinée. Plus d’un an de préparatifs avant d’embarquer en décembre 2012 pour la « TA 63 » (soixante-troisième mission en Terre Adélie) : destination Station Concordia via Dumont d’Urville. De rencontre en rencontre, Emmanuel Lepage côtoie durant cette expédition des scientifiques de tous horizons, des hommes d’expérience (comme Patrice Godon). Emmanuel Lepage partage avec beaucoup d’émotions sa fascination pour le voyage qu’il est amené à entreprendre, émerveillé par ses lectures passées, impatient de fouler le sol antarctique. Puis, c’est le départ.

La Lune est blanche – Lepage – Lepage © Futuropolis – 2014
La Lune est blanche – Lepage – Lepage © Futuropolis – 2014

L’auteur commence tout d’abord par situer le contexte : objectif de la mission scientifique qu’il va couvrir, récapitulatif historiques des différentes expéditions réalisées depuis le XVIIIe siècle… avec en ligne de mire : la conquête du Pôle Sud.

De nouveau, Emmanuel Lepage propose à son lecteur de plonger corps et âme dans de splendides illustrations qui s’étalent en double page et décrivent des paysages somptueux et imposants. Le blanc à perte de vue, entêtant et inquiétant. L’auteur retranscrit ce voyage, il nous envoute et nous hypnotise via ses aquarelles où le blanc est décliné dans toutes ses variations, à l’infini… Durant un mois, dans des conditions climatiques que l’on a du mal à se représenter, si froid qu’un pastel gras éclate en poussière… pourtant, on est là avec eux, on se représente concrètement ces hommes qui évoluent dans des conditions hostiles.

La Lune est blanche – Lepage – Lepage © Futuropolis – 2014
La Lune est blanche – Lepage – Lepage © Futuropolis – 2014

Les photos de François Lepage donnent la réplique et viennent renforcer l’impression que l’on est face à une aventure humaine unique en son genre… du genre de celles qu’on ne peut vivre par procuration. Les « frères Jacques » (tel est le surnom donné aux frères Lepage par les membres de cette expédition) nous donnent cette chance de profiter de l’aventure humaine qu’ils ont eu l’opportunité de vivre. Avec générosité, leurs dessins et leurs photos font revivre cette expédition. Tout au long de l’album, les correspondances que François Lepage destine à sa compagne nous accompagnent ; elles décrivent le quotidien de l’équipage, l’environnement, le froid, l’ambiance… les mots sont sereins, généreux et imprègnent l’album d’une poésie inattendue dans un tel contexte.

En bonus, un cahier graphique majoritairement composé des photos de François Lepage illustre des propos qui présentent l’histoire et l’actualité de Concordia.

PictoOKPictoOKJ’ai préféré ce témoignage à celui du Voyage aux Iles de la Désolation. Plus dense, plus rythmé, les auteurs étaient certainement mieux préparés à ce qui les attendaient et à la manière dont ils allaient appréhender les choses. Peut-être est-ce dû au fait qu’ils ont aussi participé activement à cette expédition (dans la précédente, ils étaient « simples voyageurs »).

Une fois encore, Emmanuel Lepage et François Lepage réalisent un album splendide et surprenant.

LABEL LectureCommuneJ’ai l’immense plaisir de partager cette découverte avec Marilyne qui, à n’en pas douter, a trouvé les mots juste pour vous convaincre de vivre ce voyage (lisez sa chronique !).

Extraits :

« Autour du bateau, sur une mer indigo, s’accumulent de petits morceaux de glace… pareils à des étoiles. Nous voguons sur une voie lactée » (La Lune est blanche).

« La glace n’est pas blanche mais turquoise, outremer, parfois ocre ou rouge, et la mer d’un indigo profond. Des compositions abstraites, cinétiques, se dessinent, se construisent et éclatent autour de la coque » (La Lune est blanche).

« Nous glissons sans bruit sur le miroir d’une autre réalité, accrochés au bastingage comme à un rêve, sidérés, immobiles dans la beauté des choses. Les icebergs sont comme les dômes d’une ville engloutie, on vient de nous tendre la clef d’un monde inaccessible et lointain. D’une nature gigantesque et confidentielle » (La Lune est blanche).

« Des journées de douze heures de conduite, puis deux heures à tout contrôler, graisser, réparer, vérifier, et jamais une plainte ! Mais toujours le petit geste qui encourage, la blague qui fuse et désamorce tout risque de tension, un éclat de rire, un pouce tendu. Ils ne jugent pas. Ils accueillent les autres, comme ils s’adaptent à la réalité de l’Antarctique. Un fragment d’humanité qui chemine dans cet infini monotone » (La Lune est blanche).

La Lune est blanche

One shot

Editeur : Futuropolis

Dessinateur / Scénariste : Emmanuel LEPAGE

Photographies : François LEPAGE

Dépôt légal : octobre 2014

ISBN : 978-2-7548-1028-9

Bulles bulles bulles…

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La Lune est blanche – Lepage © Futuropolis – 2014

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25 commentaires sur « La Lune est blanche (Lepage & Lepage) »

  1. Encore un beau voyage en ta compagnie, nous allons pouvoir jouer les baroudeuses-louves des mers au bar 😀
    J’ai adoré  » Voyage aux îles de la Désolation « , c’est bien pour ça que j’ai replongé aussitôt. C’est une bonne idée ce coffret, je crois qu’il vaut mieux commencer par ce premier voyage, parce que, comme je te l’ai dit lors de nos échanges, comme toi, j’ai préfère celui-ci, plus fourni, plus précis, plus  » vaste  » et plus  » vivant  » ( j’ai particulièrement apprécié les pages sur l’histoire de la conquête du continent ) ( et celle sur le Raid, évidemment ). Ce qui me semble très fort, c’est que dans cet album, il y a justement toute la partie imagination et rêve qu’inspire un tel voyage alors que tous les aspects réalistes sont très bien expliqués et rendus.

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    1. Oui, je suis d’accord avec toi. Je crois (mais c’est une pure supposition de ma part) que cet album est plus aboutit que le « Voyage aux iles de la Désolation » parce que justement, la première expérience a dû leur permettre de mieux mesurer le décalage et de contenir un peu l’hébétude dans laquelle ce genre d’aventure humaine met un individu. D’autant plus quand l’aventure est la concrétisation d’un rêve d’enfant. Enfin… j’imagine ^^
      Merci d’avoir accepté de te risquer sur ces terres froides avec moi 😉

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    1. « Un printemps à Tchernobyl » a ma préférence dans les reportage de Lepage. Mais ce nouvel album vaut réellement le coup d’œil… 😉

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  2. Je suis totalement fan de son graphisme mais en terme de contenu, « Voyage aux îles de la désolation » ne m’avait pas emballé plus que ça. Du coup j’hésite…

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    1. Beaucoup plus entrainant cet album. Pas du tout le même ressenti. Je pense que cela tient au fait que l’auteur n’est pas seulement spectateur… il est également acteur pendant tout le Raid. Prends le temps de t’arrêter sur ce titre, feuillètes, tu te rendras rapidement compte que cet album-ci est beaucoup plus consistant.

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    1. Cela peut en avoir puisque c’est lors de la première expédition que l’opportunité a été donnée aux frères Lepage de faire cette expédition-ci. Les premières pages de « La Lune est blanche » s’ouvrent d’ailleurs sur cette question. Après, si tu n’as pas lu « Voyage aux Iles de la Désolation », cela ne te privera pas d’éléments de compréhension pour celui-ci 😉

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  3. Celui sur Tchernobyl est dans ma LAL et me tente terriblement… Cela fait bien longtemps que j’ai retenu ce nom ; Lepage…. Maintenant y’a plus qu’à ;0) Je retiens ce titre qui a l’air magnifique aussi et je prends ton lien dans vos billets tentateurs, bises

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