L’Alphabet des Femmes (Gospodinov)

Gospodinov © Arléa – 2014
Gospodinov © Arléa – 2014

« Voici vingt récits de Bulgarie qui devraient vous donner l’envie de prendre le train jusqu’à ce pays dont on ne sait rien si ce n’est que le cœur des gens y bat à tout rompre pour des raisons toutes semblables aux nôtres. Car c’est bien l’humanité qui passionne Gospodinov ; mais cet enfant terrible de la littérature Bulgare adore changer de point de vue. Ce sont des histoires naturelles qui à la façon d’un kaléidoscope nous découvrent le monde dans les divers mouvements de la vie : la douleur de l’amour (une rencontre de passagers dans un hall de gare), les états d’âme d’un cochon – sacrifié – le jour de Noël, la distorsion d’un regard (l’œil gauche voit dans le passé et le droit dans l’avenir), la conversation entre deux étrangers, l’enfance, bien sûr, bref toutes les inquiétudes et les fous rires d’une vie » (extrait du synopsis éditeur).

Cet ouvrage s’ouvre sur une préface rédigée par Marie Vrinat – traductrice – qui revient sur le parcours de Guéorgui Gospodinov et présente la démarche ainsi que les objectifs de la traductrice.

« Le parti pris adopté, ici, est de trouver des jeux de mots en français qui permettent d’une part de garder les images et métaphores filées dans lesquelles ils sont enserrés, d’autre part de ne pas s’éloigner trop de la culture étrangère, d’en préserver l’étrangeté et le rythme autant que possible (…) ».

Le résultat permet au lecteur de profiter d’une lecture fluide. Le style littéraire s’appuie sur une ambiance dans laquelle on s’installe facilement, faisant appel à une culture qui nous est familière. Pour autant, les métaphores employées sont totalement atypiques, faisant ainsi souffler un vent nouveau sur la tonalité de ces récits. Il n’y a aucune aspérité sur laquelle on buterait durant la lecture ; le travail de traduction est remarquable.

« Quand le monde matériel nous déçoit, nous écrase de sa banalité et nous ennuie, il nous reste les mots et les histoires qui invitent au rêve, au voyage, à l’imaginaire… » (extrait de la préface rédigée par Marie Vrinat).

Quant au contenu des nouvelles en tant que tel, la variété des histoires renouvelle à chaque fois le contexte, les personnalités en présence, leur façon d’interagir et d’orienter le dénouement de chaque récit vers quelque chose d’unique. Pas de redondances ici, tant sur le fond que sur la forme.

Un petit tour au cœur de l’ouvrage ?

L’Alphabet des femmes est la première nouvelle de ce recueil. Le narrateur, un romancier, est contacté par un ami d’enfance qu’il n’avait pas vu depuis de nombreuses années. Ce dernier sollicite l’auteur en vue d’obtenir de l’aide dans la construction d’un récit qu’il est en train d’écrire. « Toute ma vie, je n’ai eu qu’une passion : les lettres et les femmes ». Son travail d’écriture consiste à affecter le prénom d’une de ses amantes à chaque lettre de l’alphabet. Une quête insensée, un dilemme, une amitié forte seront les trois éléments fondateurs de cette rencontre surprenante.

Pivoines et myosotis, seconde nouvelle de l’ouvrage, met en scène un homme et une femme âgés d’une trentaine d’années. Ils ne se connaissent absolument pas. Elle part s’installer aux Etats-Unis. Apprenant cela de la part d’une connaissance commune, l’homme la contacte pour savoir si elle accepterait de lui rendre un service : il aimerait faire passer un colis à un de ses amis qui s’est expatriés quelques années plus tôt aux Etats-Unis. Elle accepte de l’aider. Leur rencontre a lieu à la terrasse d’un café de l’aéroport. Elle doit embarquer dans une heure. Autour d’un café, l’un comme l’autre constatent leur forte attirance. Coup de foudre. Ils vont alors s’inventer des souvenirs communs pour faire un pied-de-nez au destin. Ils imaginent ainsi cinquante années de vie commune, avec les joies et les peines inhérentes. Puis arrive l’heure à laquelle elle doit passer les contrôles pour atteindre la salle d’embarquement. Une heure de leur vie a suffi à les transformer de manière définitive.

Il se sentit terriblement vieilli et bougeait ses jambes avec peine. Il ferma les yeux à dessein en passant devant les vitres de la salle d’embarquement pour ne pas voir subitement dans leur reflet ses cheveux devenus blancs ainsi que ses épaules rentrées, des épaules de vieillard. A chaque pas il comprenait plus clairement qu’il lui était impossible de rentrer chez lui, auprès de sa femme à la jeunesse inaccessible. Et qu’il ne pourrait jamais lui raconter ce qu’il avait fait durant ces cinquante années d’absence.

PictoOKPictoOKJ’ai eu un réel coup de cœur pour cette nouvelle.

Pour le reste, nous faisons la connaissance d’un meurtrier, d’un couple en voyage qui s’amuse à imaginer le destin d’un paysan qu’ils aperçoivent sur leur trajet, quelques légendes urbaines, des petites anecdotes amusantes, la théorie de la mouche gravée dans le fond des pissotières allemandes, des amitiés, une perception particulière qu’une femme développe à l’égard de sa grossesse…

PictoOKCertes, on peut noter que les nouvelles ici présentes sont d’intérêt variable. Cependant, sur la vingtaine que contient le recueil, seules deux d’entre elles m’ont laissée de marbre. Malgré le côté succinct des récits, l’auteur parvient tout à fait à installer son lecteur dans des univers très riches, lui permettant ainsi de se représenter l’environnement immédiat de ses personnages principaux et d’investir ces derniers. L’écriture est fraîche et fluide. Une très belle découverte de cet auteur bulgare… en espérant avoir trouvé les mots justes pour vous donner l’envie de plonger à votre tour dans cet Alphabet des femmes.

Pour en savoir plus sur le romancier : http://litbg.eu/gueorgui-gospodinov.html.

Du côté des challenges :

Le tour du monde en 8 ans : Bulgarie

Tour du Monde en 8 ans
Tour du Monde en 8 ans

L’Alphabet des Femmes

Roman [Recueil de nouvelles]

Editeur : Arléa

Collection : Arléa-poche

Auteur : Guéorgui GOSPODINOV

Traduit du bulgare par Marie VRINAT-NIKOLOV

Dépôt légal : juin 2014

ISBN : 9782363080615

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5 commentaires sur « L’Alphabet des Femmes (Gospodinov) »

    1. Joli titre oui. Une très belle découverte me concernant. Je suis assez réticence habituellement à me tourner vers ces recueils. Je sors souvent de ces lectures en étant sur la réserve. Ici en revanche, je n’ai pas eu ce ressenti. L’auteur est encore peu traduit mais je chercherais à le lire encore

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    1. Cela fait deux belles occasions de te tourner vers cet ouvrage. Et puis, égoïstement, j’aimerais vraiment connaître le ressenti d’autres lecteurs sur ce titre. Je n’en ai pas trouvé sur internet… un seul partagé sur Babelio mais ça ne me suffit pas 🙂

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