Emmett Till (Floc’h)

Floc’h © Sarbacane – 2015
Floc’h © Sarbacane – 2015

Bryant et Milam, demi-frères inséparables, « copains comme cochon » dans leur commerce comme dans la stupidité.

Ils collent parfaitement à l’image typique du citoyen de race blanche qui pouvait exister dans les années 1950 dans l’état du Mississippi. Racistes jusqu’au bout des ongles, c’est à peine s’ils font la différence entre un Noir et un animal.

Août 1955. Emmett Till arrive à Money (Mississippi) pour passer une semaine de vacances chez son oncle. Emmett est âgé de 14 ans et il vit avec sa mère à Chicago. Cet été 1955 sera son dernier été car entre temps, sa route croisera celle de Roy et Milam.

Le plus grand tort d’Emmett était de méconnaître les règles qui avaient cours dans le Sud. Les « Dont’s » (lois de ségrégation) dont lui parle son oncle.

Ouvrir un album « estampillé » Amnesty International c’est savoir, à la base, que la lecture ne va pas être confortable. On l’a déjà vu à maintes reprises : Noxolo, Le Printemps des Arabes, En chemin elle rencontre… Sujets sensibles, sujets d’actualité qui nous concernent directement à condition que l’on souhaite s’en saisir. « Emmett Till » ne déroge pas à la règle et aborde la question du racisme. Alors certes, la période ségrégationniste est révolue… il paraît… une affirmation que l’on a pourtant apprit à relativiser. Des groupuscules continuent à agir, mus par une haine permanente de l’Autre qui lui est étranger, une haine qu’ils alimentent en permanence, une haine qui existe les extrémistes… Même sur notre propre territoire… mais ne mélangeons pas tout.

Emmett Till fut assassiné le 28 août 1955 à l’âge de 14 ans. Assassiné par deux hommes blancs. L’enfant fut attaché, roué de coups, torturé énucléé, tout cela parce qu’il avait eu l’idée saugrenue de rentrer dans un commerce habituellement fréquenté par des blancs. 1955. Le siècle dernier… hier en fait.

Un procès ridicule bâclé en une heure de délibérations… même une partie de la communauté blanche en a crevé de honte.

Arnaud Floc’h reprend la chronologie des événements à la demande d’Amnesty International. Il a trouvé le rythme narratif, il a su imbriquer les différents témoignages pour en faire un album qui, à défaut de transcender le lecteur, lui donne la volonté de tourner les pages, redécouvrir le drame et assister, impuissant au dénouement morbide de celui-ci. Un album qui dispose d’une certaine force. Une fois encore, je remarque à quel point je suis sensible à la présence d’une voix-off. Enfant à l’époque des faits, le narrateur aurait été le témoin direct des événements. Et c’est justement en décalant un peu son propos, en faisant en sorte que ce témoin soit un de nos contemporains, que l’auteur trouve le moyen de donner force et profondeur aux propos. Aujourd’hui, ce témoin est un homme d’âge mûr. La vie est passée sur le traumatisme qu’il a vécu enfant. Il relativise les détails et met le doigt sur ce qui dérange.

D’après la NAACP, en quelques années, plus de deux mille assassinats ont eu lieu… sans plaintes, sans témoins !

PictoOKPour autant, cette lecture demeure trop sage. On survole malgré tous les événements. Loin d’être verbeux, le scénario s’appuie en grande partie sur les non-dits et c’est justement dans ce qu’il ne dit pas, dans toute la partie suggérée, que le lecteur chemine et sent la colère monter en lui. On attrape les signaux d’alerte posés par le scénariste : les conseils du vieil oncle d’Emmett, la mise en garde que fait le Shérif à Roy Bryant… mais la machine était en marche et rien ne semblait être en mesure de l’arrêter. La douceur et les des dessins contrastent avec la violence de ce qui est raconté. Ça surprend mais c’est grâce à cette veine graphique que cet album pourra aller de mains en mains, lecteur après lecteur, du plus jeune (14-15 ans) au plus âgé.

LABEL LectureCommuneTout l’intérêt d’un tel ouvrage est aussi d’en parler après lecture. Et c’est ce que nous avons fait Valérie et moi. Et pour marquer le coup, nous en avons fait une lecture commune. Sa chronique est en ligne et vous n’avez que deux pas à faire pour la découvrir.

Les chroniques de Jérôme, Noukette et Moka.

Emmett Till

– Derniers jours d’une courte vie –

One shot

Editeur : Sarbacane

Avec le soutien d’Amnesty International

Dessinateur / Scénariste : Arnaud FLOC’H

Dépôt légal : avril 2015

ISBN : 978-2-84865-771-4

Bulles bulles bulles…

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Emmett Till – Floc’h © Sarbacane – 2015

12 commentaires sur « Emmett Till (Floc’h) »

  1. Elle est sage et scolaire cette BD mais c’est un mal nécessaire je pense. C’est un outil pédagogique parfait pour aborder de tels sujets avec les élèves je pense. Et pour beaucoup ce sera une découverte effarante !

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    1. En tout cas, voilà un album que je vais garder précieusement dans ma bibliothèque. J’ai deux petits bonhommes qui pourront ainsi la découvrir dans quelques années

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    1. Fou oui. Et dire qu’il y a encore trop de crimes qui sont commis sous prétexte que la victime a une couleur de peau différente de ses bourreaux…

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  2. Je suis d’accord avec toi, elle est trop sage quand on connaît un peu le sujet mais idéale pour les ados. C’était chouette chouette d’échanger avec toi.

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    1. Moi aussi j’ai réellement apprécié l’échange que l’on a eu après lecture. Support pédagogiques, ligne éditoriale d’Amnesty… jusqu’au visuel de couverture. Il faudra refaire ! 😉 Merci Val ! 🙂

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    1. Je m’attendais à rester légèrement en retrait mais j’ai apprécié cette immersion malgré tout. Valérie et Jérôme ne cessent de rappeler l’intérêt pédagogique de cet album et ils ont raison. Et au regard de cela, l’album atteint ses objectifs d’information et de sensibilisation

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