Au bonheur des ogres (Pennac)

Pennac © Gallimard – 1997
Pennac © Gallimard – 1997

Benjamin Malaussène, Ben pour les intimes, est « frère de famille ». Car quand sa mère est partie conter fleurette à son amoureux du moment, il faut bien quelqu’un pour élever les nombreux enfants. C’est la responsabilité de Ben. De fait, la maison grouille de vie. Clara, Louna, Thérèse, Jérémy et le Petit, voilà tous les membres de la petite tribu Malaussène sans oublier Julius, le chien.

En dehors de la famille, la vie de Ben c’est aussi « Tante Julia », une jeune femme qu’il vient à peine de rencontrer et qui travaille en tant que journaliste au magazine Actuel. Ce sont aussi ses amis Théo, Stojil et Hadouch….

En parallèle, Ben exerce un métier hors du commun. Il est bouc émissaire, emploi qu’il exerce au service du Contrôle technique du « Magasin ». Sa fonction n’a d’autre utilité que celle d’accueillir les plaintes des clients mécontents… et de faire tout un cirque pour que les plaintes soient retirées. De fait, il fait économiser de rondelettes sommes à son employeur. Jusqu’à ce que de retentissantes explosions viennent perturber ce quotidien bien huilé. Le Magasin est victime d’attentats. Comble de tout « la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j’étais là aussi pour l’explosion de la troisième, ils m’ont tous soupçonné. Pourquoi moi ? Je dois avoir un don… » (extrait du quatrième de couverture).

La première édition de ce roman date de 1985. Deux ans plus tard, Daniel Pennac proposera une suite intitulée « La Fée carabine ». La saga Malaussène est lancée, elle compte 7 romans à son actif, le dernier ayant été publié en 1999.

Le monde des Malaussène s’enrichit de tome en tome, accueille régulièrement de nouveaux personnages secondaires et campe les anciens membres de la tribu au rang de piliers fondateurs de cet univers. Sur fond d’enquête policière, l’auteur profite de chaque épisode pour malmener son bouc émissaire avec beaucoup d’humour. Ce dernier n’a que peu de moments pour se reposer compte tenu de l’effervescence à la maison. Il y a Clara qui passe son bac à la fin de l’année, Louna qui est inquiète quant à l’avenir de son couple, Julius qui tombe gravement malade… De fait, pendant une bonne partie de la lecture, l’enquête policière qui est menée – afin de trouver l’identité du poseur de bombes – est reléguée au second plan. C’est à peine si l’on s’en inquiète et ce malgré les auditions régulières de Malaussène. Ce n’est tout bonnement pas ce qui nous intéresse.

L’auteur décrit un personnage dans une petite vie assez banale mais la manière dont le regard est posé sur ce quotidien, l’idée que s’en fait Maulaussène lui-même, donne à ce quotidien quelque chose de décalé. Le bonhomme a notamment pris l’habitude de raconter chaque soir une histoire à ses frères et sœurs. Pas un ne manque à l’appel et Malaussène s’inspire directement de sa journée de travail pour embarquer les enfants dans des aventures plus loufoques les unes que les autres. On y trouvera bien sûr des bombes qui explose mais aussi Jib la Hyène et Pat les Pattes (deux redoutables policiers) et tout autant de métaphores qu’il en faut pour amuser les enfants. Au point que le plus jeune, totalement fasciné par ces histoires, n’en finit plus de dessiner des ogres de Noël.

PictoOKLoin d’être tenu par une inquiétude tenace – dûe à tous ces explosifs qui manquent à chaque fois de faire éclater notre personnage en mille morceaux, le lecteur avance confiant voire « peinard » dans sa lecture. Ce n’est que dans la seconde partie du roman que le personnage principal commence à se poser des questions sur les événements. Jusque-là, l’enquête policière était assez abstraite, reléguée au second plan du scénario. D’un coup, elle se matérialise et l’on prend un peu plus conscience du danger… un nouveau rythme narratif s’installe alors, faisant donc un joli pied-de-nez au lecteur qui croyait s’enfoncer dans une lecture douillette et amusante.

Durant cette lecture, j’ai échangé avec Kikine qui lisait l’ouvrage de l’autre côté de l’Atlantique. Nos agendas étant ce qu’ils sont, elle n’a pas pu proposer d’article. Ce qui a différencié nos lectures : Kikine avait gardé beaucoup plus de souvenirs de ses lectures antérieures alors que de mon côté, j’avais l’impression de découvrir un récit nouveau à chaque page. Mais le plaisir de replonger dans cet univers fut le même.

Extrait :

« Clara! Clara, c’est toi, ma Clarinette! Pourquoi donc aimé-je tant ta voix, me lover dans ta si paisible petite voix, sans jamais un accroc, ton doux tapis de billard où roule la précision de tes mots… Bon ça va, Benjamin, n’inceste pas! Et puis, se lover dans un tapis de billard … )
– Ne t’inquiète pas, ma chérie, je n’ai rien, c’était une toute petite explosion, cette fois-ci, et j’avais mon armure, je ne me trimballe jamais sans, tu sais, je l’enlève juste pour rentrer à la maison et vous serrer dans mes bras. Une petite explosion de rien du tout, vraiment!
– Quelle explosion ?
Silence. (Ce n’est pas pour l’explosion qu’elle m’appelle? Ah! bon.)
– J’ai une bonne nouvelle à t’annoncer, Ben.
– Maman a téléphoné?
– Non, maman doit s’habituer aux bombes.
– Vous avez fini le papier de Tante Julia ?
– Oh! non, on en a pour un bout de temps encore!
– Jérémy n’est pas collé cette semaine ?
– Si, quatre heures samedi, pagaille en musique.
– Thérèse s’est convertie au rationalisme ?
– Elle vient de me tirer les cartes.
– Les cartes disent que tu auras la moyenne à ton bac de français?
– Les cartes disent que je suis amoureuse de mon frère aîné, mais que je dois me méfier d’une rivale, journaliste au journal Actuel.
– Le Petit ne rêve plus d’ogres Noël ?
– Il a trouvé dans mon Robert la reproduction de Goya : Saturne dévorant ses enfants, ça lui plaît beaucoup.
– Louna fait une grossesse nerveuse ?
– Elle revient de l’échographie.
– Mâle ou femelle?
– Jumeaux
Silence.
– Clara, c’est ça, ta bonne nouvelle ?
– Ben, Julius est guéri » (Au bonheur des ogres).

Au Bonheur des Ogres

Premier volume de la « Saga Malaussène »

Editeur : Gallimard

Collection : Folio

Auteur : Daniel PENNAC

Dépôt légal : octobre 1997

ISBN : 978-2-07-040369-1

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10 commentaires sur « Au bonheur des ogres (Pennac) »

  1. j’ai beaucoup aimé cette lecture (le coup du bouc émissaire, c’est génial!) et j’ai vraiment aimé retrouver les personnages au fil des autres romans. Il m’en reste à lire (je me suis arrêtée à la petite marchande de prose) mais un jour je relirai au moins ce premier volume je pense 😉

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    1. « La petite marchande de prose » est le prochain que j’attaque. Je viens de terminer « La Fée carabine » que j’avais déjà lu mais je m’en étais arrêtée là dans la série. Place à la découverte dorénavant 🙂

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    1. Divertissante, drôle et les personnages sont attendrissants. Pas tellement tentée par l’adaptation ciné de cet ouvrage. L’as-tu vue ? Ça vaut le coup ? Parce que je n’ai regardé que la BA et en voyant une girafe courir dans les allées du Magasin… ça ne m’a pas tellement convaincue 🙂

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