Chroniks Expresss #19

Courant avril…

BD : L’Aliéniste (F. Moon & G. Bá ; Ed. Urban Comics, 2014).

Romans : Tour B2 Mon amour (P. Bottero ; Ed. Flammarion, 2004), Un lieu incertain (F. Vargas ; Ed. Viviane Hamy, 2008), La Fée carabine (D. Pennac ; Gallimard, 1997).

Bandes dessinées

Moon – Bá © Urban Comics – 2014
Moon – Bá © Urban Comics – 2014

Peut-on rendre quelqu’un fou ? Peut-on le manipuler à ce point et lui faire croire qu’il déraisonne ?

XVIIIème siècle. Simon Bacamarte revient à Itagaï, petit village brésilien où il a vécu avant de s’expatrier à Rio de Janeiro pour y faire ses études universitaires. Il revient diplômé. Eminent médecin, il décide non pas de s’intéresser à la chose somatique mais à la chose psychosomatique. Il parvient à convaincre les notables de Itagaï, récolte les fonds qui lui permettent de faire construire un bâtiment destiné à recevoir les « fous », les « simples d’esprits » et autres originaux de la région. C’est ainsi que quelques mois plus tard, la « Maison Verte » ouvre ses portes pour accueillir ses pensionnaires. L’aliéniste Simon Bacamarte se consacre alors entièrement à sa tâche, recensant, observant, consignant tout ce qui lui permet de comprendre l’origine de la folie. Jusqu’à ce qu’il se mette à interner les gens massivement…

Aux commandes de cette adaptation BD du roman éponyme de J.M. Machado de Assis, les frères Fabio Moon et Gabriel Ba. Le travail d’illustrations est superbe, tout en subtilités, aussi bien dans les jeux d’ombre que dans l’utilisation des angles de vue. On baigne dans une atmosphère couleur sable, sépia sur certaines planches, ce qui donne un cachet vieillot très appréciable. Enfin, cerise sur le gâteau, les costumes d’époque finissent de nous plonger dans le décor. Sans trop avoir d’effort à faire, on s’imagine planté au milieu de la place d’Itagaï à observer les entrées et sorties de la « Maison Verte ».

PictomouiLe scénario en revanche m’a bien moins emballée. Touffues, les répliques ne cessent d’apporter des détails supplémentaires. On est pris dans un tourbillon, on est pris dans la frénésie de Bacamarte. Psychiatre peu avenant, on se rassure que les méthodes qu’il utilise soient d’un autre siècle (quoi que…). Pour autant, le flot narratif continu ne permet pas de s’approprier complètement la démarche de l’aliéniste. On lui reste extérieur et son charisme n’éblouit que les personnages secondaires.

Les chroniques de Jérôme et de Noukette.

 

Romans

Bottero © Flammarion – 2004
Bottero © Flammarion – 2004

Tristan est un jeune de Cité. Son quotidien c’est ses potes, Mourad son ami d’enfance, le lycée qu’il survole d’un œil distrait et sa mère. Quand il avait 4 ans, ses parents sont venus s’installer dans la cité avec des projets plein la tête. Depuis, son père est parti, le laissant seul avec une mère qui s’échine à faire des ménages. Tristan préférerait éviter de tomber dans la délinquance mais compte tenu de son investissement scolaire et d’un certain manque d’ambition, il n’est pas certain d’y parvenir.

Clélia quant à elle vient à peine d’emménager avec son père. Elle est originaire d’un petit village de banlieue. Son père, veuf, a été contraint de vendre la maison familiale, ne pouvant plus faire face aux charges quotidiennes. Clélia ne connait personne et n’a pas idée des codes de conduites à tenir. Elle arrive avec son insouciance, ses yeux ouverts sur le monde et son grand sourire.

« Tour B2 mon amour » parle de la rencontre de deux adolescents. En toile de fond, les banlieues : y vivre, y survivre, s’en sortir.

Pierre Bottero aborde sans drama ces questions de manière frontale sans pour autant enfoncer des portes ouvertes. Ce roman-jeunesse propose calmement de sensibiliser les jeunes au sujet. Quant à ceux qui vivent dans ces quartiers HLML, peut-être leur permettrait-il de prendre un peu de recul ? Je suis très prudente sur cette question, car il me semble tout de même que la présentation qu’en fait Bottero est assez simpliste. Sans parler de la romance entre Tristan et Clélia, on effleure la problématique de l’exclusion et si on prend un minimum le temps de réfléchir, on voit vite les défauts de certains rebondissements.

PictoOKPourtant, cette lecture permet de passer un bon moment. L’ouvrage se lit bien, il ne faut pas compter plus de deux heures de temps pour en venir à bout, on en sort satisfait grâce à cette rencontres avec deux jeunes gens sympathiques, humbles et intègres.

Merci pour la découverte Miss L. 😉

Vargas © Editions Viviane Hamy – 2008
Vargas © Editions Viviane Hamy – 2008

Des pieds posés dans leurs chaussures, mais dissociés du cadavre auquel ils appartiennent, sont déposés devant le portail du cimetière de Highgate de Londres. Un meurtre impensable à Garches (Hauts-de-Seine) puisque le corps a été retrouvé dépecé en 460 morceaux ; un suspect – Emile, jardinier de la victime – que tout semble accuser. Un autre meurtre signalé en Autriche, les rapports d’enquête décrivent la même boucherie sans nom. Un étau qui se resserre autour du Commissaire Adamsberg et que seul Danglard a su discerner avant que son supérieur ne soit épinglé. Une enquête qui conduit le Commissaire à se rendre en Serbie afin de remonter la généalogie d’une famille qui s’est dispersée aux quatre coins de l’Europe. La mort qui manque de faucher le Commissaire par deux fois et l’étau qui ne cesse de se resserrer autour de ce commissaire hors pair.

Nouvelle enquête du Commissaire Adamsberg, la huitième dans la chronologie de la série. Fred Vargas reprend sa plume pour faire évoluer ce policier nonchalant, pelleteux de nuages et doté d’une intuition ravageuse. Comme à l’accoutumée, sa réflexion s’organise de façon atypique, déstabilisant les membres de son équipe. On retrouve les habitués : Danglard, Retancourt, Estalère, Mordent, Froissy…

De nouveaux éléments viennent compléter l’univers, continuant à enrichir l’histoire de la Brigade et à rapprocher davantage ses protagonistes. De nouvelles trahisons se font jour dans cette intrigue et laissent le lecteur sur le qui-vive. Mais là encore, des soutiens inespérés permettent à Adamsberg de se dépêtrer d’un imbroglio important ou du moins de s’y soustraire, le temps de récolter de nouveaux indices.

Pour la première fois depuis que je lis les enquêtes d’Adamsberg, j’ai découvert le pot aux roses bien avant qu’il ne soit révélé et je me suis légèrement ennuyée pendant la lecture. J’ai poursuivi ma découverte sans pour autant ressentir la moindre contrariété si ce n’est que cette intrigue m’a parue cousue de fil blanc. La sympathie que je nourris à l’égard du personnage principal est réelle et le plaisir de le voir se débattre contre vents et marées, me laissant malgré tout surprendre par certains rebondissements et découvrant, par la même occasion, comment Vargas a placé sur l’échiquier narratif le jeune Zerk, fils d’Adamsberg, dont j’avais découvert l’existence dans « L’Armée Furieuse ».

PictoOKMoins prenant que d’autres volumes de la série, « Un lieu incertain » permet cependant de profiter d’une lecture divertissante. Depuis le mois de mars 2015, la treizième enquête (« Temps glaciaires », publiée chez Flammarion) vient enrichir la série. Lecture prochainement.

Pennac © Gallimard – 1997
Pennac © Gallimard – 1997

« «Si les vieilles dames se mettent à buter les jeunots, si les doyens du troisième âge se shootent comme des collégiens, si les commissaires divisionnaires enseignent le vol à la tire à leurs petits-enfants, et si on prétend que tout ça c’est ma faute, moi, je pose la question : où va-t-on ?»

Ainsi s’interroge Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel, payé pour endosser nos erreurs à tous, frère de famille élevant les innombrables enfants de sa mère, cœur extensible abritant chez lui les vieillards les plus drogués de la capitale, amant fidèle, ami infaillible, maître affectueux d’un chien épileptique, Benjamin Malaussène, l’innocence même («l’innocence m’aime») et pourtant… pourtant, le coupable idéal pour tous les flics de la capitale. » (synopsis éditeur).

Ce bon Julius a gardé des séquelles de sa crise d’épilepsie (voir « Au bonheur des ogres »). Il se trimballe désormais la langue pendante, mais toujours avec sa sale odeur de cabot. « Cataclop, cataclop, il s’amène. Il pue tellement, ce chien, que son odeur refuse de le suivre : elle le précède ».

Nouvelle enquête policière dans laquelle Benjamin Malaussène se retrouve impliqué malgré lui et sans même le savoir. Principal suspect de la Police, Malaussène agit pourtant sans s’inquiéter le moins du monde de ses agissements et pour cause… il ne sait pas que tous les éléments convergent et jouent en sa défaveur. Du grand Malaussène que nous propose une nouvelle fois Daniel Pennac !

PictoOKLe rythme narratif reste un peu lent me concernant, mais cela permet de profiter pleinement des interactions entre les personnages. Un univers enjoué et un plaisir indéniable à retrouver cet univers.

Du côté des challenges :

Petit Bac 2015 / Objet : carabine

PetitBac2015

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6 commentaires sur « Chroniks Expresss #19 »

  1. Le Bottero, c’est une valeur sûre ! Quant à L’aliéniste, je serais curieuse de voir ce que vaut le roman, il semblerait que l’adaptation soit très fidèle…

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    1. Il faut que je mette le Machado sur mes petites listes, histoire d’y penser quand je vais en librairie. Je suis presque sûre d’avoir plus de plaisir à lire le roman que cette adaptation

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    1. Le premier de la série des Adamsberg (« L’Homme aux cercles bleus ») est loin d’être le meilleur de la série mais il permet de bien se repérer dans le microcosme des personnages qui reviendront par la suite.
      Après, je n’ai pas encore lu ce qu’elle a fait en dehors de cet univers polar mais je compte bien découvrir cela également

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