Passe-Passe (Cuveele & Dawid)

Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2014
Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2014

Elles sont belles les couleurs diffusées par un coucher de soleil un soir d’été. Un peu d’ocre qui vient faire briller les plantations des champs qui n’ont pas encore été moissonnés. Un peu de carmin qui vient soufrer la terre fraichement labourée. Un peu de jaune qui vient éclaircir la poussière des sentiers. C’est l’heure où les ombres commencent à s’étirer, où le petit vent vient caresser les feuillages.

C’est dans ce décor champêtre qu’une petite fille vient passer ses vacances d’été chez sa grand-mère. Entre elles, c’est la complicité parfaite et tandis qu’en cette fin d’après-midi, elles sont toutes deux assises sur le banc du jardin, un papillon vient voleter nonchalamment au-dessus de la tête de la vieille dame… comme s’il était parvenu à destination… à cet endroit précis où se trouve son âme sœur.

Quelques instants plus tard, la métamorphose commence.

Delphine Cuveele s’attaque à un sujet qu’il est toujours délicat d’aborder avec les enfants. Dans « Passe-passe », il s’agit du décès de la grand-mère. La disparition se matérialise progressivement jusqu’à ce qu’on en ait pleine conscience. L’atout majeur du scénario est que cette perte n’est pas montrée sous son côté le plus triste. Elle nous apparaît ici comme un jeu, comme quelque chose de naturel. La scénariste montre que si les prémices de la disparition nous surprennent toujours, on finit par s’y habituer, que c’est dans l’ordre des choses et que la vie finit par reprendre le dessus. Elle montre aussi que si la mort est douloureuse pour celui qui reste, ce dernier continue malgré tout à posséder les souvenirs d’instants passés avec l’être disparu. Delphine Cuveele est parvenue à rendre compte de cette transition avec une justesse incroyable.

Passe-Passe – Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2014
Passe-Passe – Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2014

C’est à Dawid qu’est revenue la tâche d’illustrer ce récit et son trait rond, doux, aérien se prête parfaitement à cet univers. A son tour, il écarte délicatement tout le pathos qui pourrait venir alourdir ces derniers instants passés entre une petite fille et sa grand-mère adorée. Le dessinateur intègre la métaphore à son jeu de couleurs et retranscrit en douceur cette passation progressive de couleurs qui s’opère entre la vieille dame et le papillon. De fait, le souvenir de l’aïeule se matérialise à l’aide de ce magnifique petit insecte.

Quant à l’ambiance graphique de l’album, les ocres chaleureux dont je parlais en début d’article viennent renforcer la poésie présente à chaque page et prive ainsi l’enfant d’avoir à se heurter à une lecture qui lui serait trop douloureuse. Bien au contraire, le petit lecteur sort satisfait de ce voyage onirique et n’hésitera pas à piocher quelques jours plus tard dans la bibliothèque afin de revivre ce moment. Dans « Passe-Passe », on suit presque joyeusement un instant qui habituellement nous empoigne.

PictoOKUn album à mettre entre toutes les petites mains !

Un récit à la portée de tous les jeunes lecteurs qui pourront l’investir à leur guise, à leur rythme, à leur convenance puisque l’ouvrage s’affranchit de mots… car finalement, ce qui compte, c’est bien que l’enfant qui découvre cet album puisse y poser ses propres mots, réflexions, émotions…

Et le clin d’œil à La Revue dessinée (page 15), vous l’aviez remarqué ?

Les chroniques de Moka, Noukette, Jérôme, Lunch et David.

Passe-Passe

One shot

Editeur : La Gouttière

Dessinateur : DAWID

Scénariste : Delphine CUVEELE

Dépôt légal : avril 2014

ISBN : 979-10-92111-06-4

Bulles bulles bulles…

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Passe-Passe – Cuveele – Dawid © Editions de la Gouttière – 2014

12 commentaires sur « Passe-Passe (Cuveele & Dawid) »

    1. Il est magnifique. Beaucoup de douceur et de poésie. Mes fils le relisent régulièrement sans être heurté par cette histoire qui finalement parle de la mort

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    1. Moi aussi la chronique de Jérôme m’avait fait forte impression ! Tu verras, le lecteur s’installe dans cet univers dès la première page et ensuite, les pages se tournent presque sans qu’on le remarque 😉

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  1. Mimiko en a rapporté un exemplaire dédicacé d’Angoulême (elle était pas peu fière !). La première fois j’ai eu du mal à lui raconter l’histoire, j’ai pas l’habitude des album muet et le sujet me met mal à l’aise, mais finalement, porté par le dessin si doux et tendre j’en suis arrivé au bout et Mimiko a adoré cette histoire, qu’elle a tenu à me raconter tout les soir pendant quelques semaines. Elle y revient régulièrement toute seule

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    1. C’est un ouvrage que l’on reprend avec plaisir. Ça fait un an que je l’ai et je ne compte plus le nombre de fois qu’il a été lu, à voix haute, en solo, petit ou grand lecteur. Il y a là une telle poésie qu’on le reprend toujours avec beaucoup de plaisir, malgré ce sujet un peu dur

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