Chauve(s) (Desprez)

Desprez © La Boîte à Bulles – 2015
Desprez © La Boîte à Bulles – 2015

« C’est l’histoire de la femme que j’aime (et elle a un cancer) ».

Benoît Desprez raconte, par bribes, le quotidien qu’il partage avec sa compagne. Cela tient en quelques anecdotes glanées entre la maison et le cabinet du médecin.

Les propos de l’auteur parlent avec tendresse de sa femme, en veillant à ce que son regard ne soit pas biaisé par la maladie qui l’affecte. Un crâne chauve qui n’est même pas dissimulé sous une perruque ou un chapeau, une féminité qu’elle revendique. Elle ne nie rien, reconnaît sa fragilité et apprend à vivre avec. Quant à lui, il ne cache pas l’admiration qu’il voue à celle qui partage sa vie. Au travers des bribes d’existence qu’il nous présente, on voit la force de caractère de cette femme, sa combativité.

Comment la maladie rythme leurs vies ? Modifie-t-elle leurs rapports conjugaux ? Leur rapport aux autres ?

Avec une tendresse identique à celle que Frederik Peeters avait partagée dans « Pilules bleues », nous retrouvons-là le témoignage d’un homme balloté par la situation, impuissant face au diagnostic mais décidé à soutenir sa compagne. Cependant, le lecteur met moins d’entrain pour tourner la page. Ce témoignage ne m’a pas captivée, je l’ai lu sans ressentir d’empathie. Le propos ne dépasse pas le stade du factuel et j’ai eu la désagréable impression de m’immiscer dans un quotidien qui n’est pas le mien.

On reste ici sur de l’anecdotique. Le lecteur n’a que trop de distance avec les souvenirs personnels qui sont abordés. Ce que cet ouvrage contient, ce sont des choses intimes, un regard tendre sur une réalité mais finalement, un regard assez nu. Je ne me suis pas saisie des questions et des quelques embryons de réflexion contenus dans le récit. Cela ne me concerne pas, cela concerne l’auteur, son couple et leurs proches mais rien ici ne nous permet de nous décaler du simple rôle de spectateur.

Je conçois qu’une charge émotionnelle trop importante peut noyer le propos ou le rendre « tape à l’œil ». Mais finalement, ce récit de vie ne nous apprend rien. Il ne fait que confirmer le fait qu’on ne peut pas se préparer à vivre avec une maladie qui engage le pronostic vital d’un être cher… Un ouvrage de sensibilisation, un support pour engager une dynamique dans un groupe de parole de patients atteints du cancer et/ou de leurs proches.

Les chroniques de Sabine et de Noukette.

Chauve(s)

One shot

Editeur : La Boîte à Bulles

Collection : Contre-Cœur

Dessinateur / Scénariste : Benoît DESPREZ

Dépôt légal : mai 2015

ISBN : 978-2-84953-224-9

Bulles bulles bulles…

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Chauve(s) – Desprez © La Boîte à Bulles – 2015

19 commentaires sur « Chauve(s) (Desprez) »

    1. Il te donnera certainement du grain à moudre cet album. En tout cas, le fait que le propos soit assez neutre permet de laisser libre court à sa réflexion. Il permet de prendre du recul aussi. Comme je le disais sur Facebook – en réponse à une question que l’on me posait – je trouve que cet ouvrage peut servir de support pour amorcer un échange dans un petit groupe de parole (composé de patients et/ou de leur entourage). Déformation professionnelle certainement, car je suis travailleur social et convaincue par l’intérêt de partager son expérience, de s’enrichir de l’expérience d’autrui. Voilà (petite réflexion matinale 🙂 )

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        1. J’ai une page FB et je suis sur deux autres communautés de lecteurs mais j’ai eu l’idée saugrenue de prendre des pseudos différents à chaque fois 😀 (esprit de contradiction certainement :mrgreen: )

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    1. Celui-ci m’est un peu trop hermétique, même si effectivement, j’y retrouve des éléments que j’ai déjà lus ou entendus par ailleurs

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    1. Oui, je n’avais pas tellement envie d’y aller par quatre chemins. J’ai hésité, parce que ce témoignage est précieux et courageux. Mais voilà, je l’ai lu d’une traite et suis restée très passive… Curieuse d’avoir ton ressenti 😉

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  1. pas une BD pour moi, trop gens autour avec cette maladie, trop de tristesse et d’angoisse, préfère tout donner à des ptits riens légers légers !

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    1. L’ouvrage ne « plombe » pas. Au contraire. Car même si le contexte est douloureux, l’auteur s’appuie pour beaucoup sur l’admiration qu’il voue à l’égard de sa femme (et il est vrai qu’elle traverse tout cela avec beaucoup de force)

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      1. vouiiiiiiiii mais nan ! je passe ma route ! et m’en vais me plonger dans la dernière BD de Lupano, recommandée avec verre de vin rouge et bon gros bout de fromage, voilà qui est parfait dans ce mercredi matin mouarf !

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        1. Parfait oui ! Ah, la dernière de Lupano… j’ai bien hésité à la prendre mais bon… budget pas extensible alors j’ai jeté mon dévolu sur autre chose… Bonne journée Madame 😉

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    1. Disons que je pense que c’est moi qui suis passée à côté. Si je regarde l’accueil que Noukette et Sabine ont réservé à cet ouvrage, je me dis quand même que je suis un peu sèche dans mon ressenti de lecture. L’auteur quant à lui et on ne peut plus sincère ; il se livre totalement.
      Le mieux serait que tu le lises pour te faire ta propre idée :mrgreen:

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  2. Je comprends tous tes arguments, pour en avoir déjà discuté pas mal avec toi. Moi je le trouve très fort cet album, justement parce qu’il n’en fait pas des caisses et dit la vie (et le reste) dans toute sa simplicité. Je ne me suis pas sentie en position de voyeur je dois dire…

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  3. Pas facile de passer après une œuvre comme Pilules Bleues. D’autant plus que Peeters a de réelles qualités d’écrivains.
    C’est marrant ta remarque finale, on sent le côté pro qui ressort. Et comme souvent avec ce genre d’albums, tu es très dure 🙂
    En tout cas, je trouve la couverture rayonnante de vie. Si c’est dans l’esprit de la BD je trouve ça plutôt positif.

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    1. Je ne sais toujours pas si j’ai « bien fait » de faire le parallèle avec « Pilules bleues ». A vrai dire, la lecture d’un passage m’y a fait penser et je ne suis plus parvenue à m’en décoller. Mais la finalité de ce travail n’est pas la même, j’en suis bien consciente.
      Alors je liste les points communs : un homme (l’auteur) parle de sa femme malade et de l’impact de la maladie sur leur quotidien… En revanche, la pagination de « Chauve(s) » est très modeste comparée à celle du témoignage de Peeters. Logiquement donc, Desprez n’a pas forcément la place pour développer davantage, c’est donc logique que le lecteur s’investisse moins… La supposition que cet ouvrage serait un bon support tient donc à cela : le propos est dépourvu de jugements et de colères, donc ça devrait être un bon support pour les groupes de parole au boulot 😀
      Dernier point, et pas des moindres : l’esprit de l’ouvrage est à l’image de sa couverture 😉

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