En attendant Bojangles (Bourdeaut)

Bourdeaut © Finitude - 2016
Bourdeaut © Finitude – 2016

« Mon père m’avait dit qu’avant ma naissance, son métier c’était de chasser les mouches avec un harpon. Il m’avait montré le harpon et une mouche écrasée ».

Ce gamin-là a eu une vie peu commune. Fils unique, il tentait – le jour – de mener une vie d’élève modèle, faisant de son mieux pour suivre les apprentissages. Sitôt rentré chez lui, il retrouvait un univers fantastique, aux côtés de ses parents. « Sur le sol de l’entrée, les grandes dalles noires et blanches formaient un jeu de dames géant. Mon père avait acheté quarante coussins noirs et blancs et nous faisions de grandes parties ». Il menait d’interminables conversations avec Mademoiselle Superfétatoire, la grue que ses parents ont ramenée d’Afrique. Il faisait des compétitions de sauts sur le canapé du salon – sa mère étant à la fois son adversaire et son entraineur -, des leçons de « chiffre-tease » avec son père, des moments à se picorer d’amour, à manger à pas d’heure… Et que dire des invités constamment présents à la maison pour des soirées endiablées ? des courses dans le couloir de l’appartement ? du vieux téléviseur affublé d’un bonnet d’âne ? des parties de fléchettes sur le poster de Claude François ?… et Mister Bojangles tournait en boucle sur le vieux tourne-disque pendant que lui, admiratif, regardait ses parents danser dans le salon.

Un quotidien difficile à retranscrire tant il est original et atypique, tant l’amour que se vouent les différents protagonistes ajoute une petite étincelle supplémentaire et permet au lecteur de devenir membre à part entière de cette petite famille. Olivier Bourdeaut a créé une ambiance unique, forte, folle et la complicité qui unit l’enfant à ses parents installe dès la première page du roman une convivialité qui va permettre au lecteur de s’installer confortablement à leur côté.

L’histoire nous est racontée par deux narrateurs : le premier est un enfant âgé d’une dizaine d’années. Il raconte parfois assez naïvement – mais avec une tendresse incroyable – la vie de ses parents, sa vie avec eux et la manière dont ces derniers enchantent son quotidien. Grâce au couple parental, il y a quelque chose de magique et de fantastique dans les expériences que l’enfant peut vivre, dans les rencontres qu’il a l’occasion de faire. Tout cela l’influence forcément et forge son identité en devenir. Il s’appuie sur la prestance et le charisme d’un père protecteur, trouve l’amour et le réconfort dans le regard d’une mère totalement excentrique (pour ne pas dire folle).

Le second narrateur est le père. Il a mis fin à son activité professionnelle pour devenir écrivain et, par la même occasion, pouvoir rester chez lui avec sa femme. Des chapitres entiers se glissent ainsi dans le récit de l’enfant, reprenant de-ci de-là des extraits de ses écrits (autobiographiques). Ces longs passages en italiques nous permettent d’avoir une autre vision de la situation, un autre recul sur cette femme/mère/amante qui rythme le quotidien, le rend drôle, attrayant, ludique, surprenant. Georges – le père – témoigne avec humour de cette vie festive et mouvementée qu’ils mènent. Éperdument amoureux de sa femme, il chérit la complicité qui existe entre eux.

Joie, bonheur et insouciance rythment cette vie de famille que la douce folie de la mère épice en permanence. Les deux récits entremêlés (celui du père et celui du fils), les variations d’humeur de l’héroïne et l’imaginaire de l’enfant sont quelques éléments narratifs qu’Olivier Bourdeaut emploie à bon escient. Des moments d’euphorie aux instants de tristesse, de l’amour à la colère incontrôlable, des soirées festives aux déambulations dans les couloirs d’un hôpital psychiatrique… l’histoire est riche en rebondissements et ne manque pas de surprendre le lecteur. Piqué par la curiosité, le lecteur dévore avidement les pages de ce succulent roman.

PictoOKCe livre est un beau pied-de-nez à la routine et diffuse son lot de bonne humeur. « En attendant Bojangles » est le premier roman d’Olivier Bourdeaut.

Les chroniques de Jérôme, Noukette, Véro, Sido, Leiloona, Natiora.

Extrait :

« Ils volaient mes parents, ils volaient l’un autour de l’autre, ils volaient les pieds sur terre et la tête en l’air, ils volaient vraiment, ils atterrissaient tout doucement puis redécollaient comme des tourbillons impatients et recommençaient à voler avec passion dans une folie de mouvements incandescents. Jamais je ne les avais vus danser comme ça, ça ressemblait à une première danse, à une dernière aussi. C’était une prière de mouvements, c’était le début et la fin en même temps. Ils dansaient à en perdre le souffle, tandis que moi je retenais le mien pour ne rien rater, ne rien oublier et me souvenir de tous ces gestes fous » (En attendant Bojangles).

En attendant Bojangles

Roman

Editeur : Finitude

Auteur : Olivier BOURDEAUT

Dépôt légal : janvier 2016

ISBN : 978-2-36339-063-9

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17 commentaires sur « En attendant Bojangles (Bourdeaut) »

    1. Oui moi aussi. J’ai craqué suite aux chroniques de Jérôme et de Noukette. Les chroniques suivantes n’ont fait qu’enfoncer le clou… Alors je me suis organisée pour faire un saut en librairie. Et j’ai aimé (j’appréhendais car du coup, j’avais de sacrées attentes vis-à-vis de l’ouvrage, compte tenu de tous ces avis dithyrambiques que j’avais lus).
      (l’auteur est pas mal oui… mais je préfère quand même son livre 😛 )

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    1. Tu es un peu responsable de mon achat Madame… ta chronique c’était… rhaaa… il fallait que je découvre à mon tour quoi ! ❤
      Merci pour la découverte 😉

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    1. Il fait du bien oui ! J’ai bien aimé ce regard décalé sur les choses, ce quotidien où tout pétille et tout surprend, la vision de ce vieux buffet mangé par le lierre, la présence de Mademoiselle Superfétatoire, l’Ordure, la Sainte Georgette… tout 🙂

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    1. Avec plaisir Sido. Je me suis aussi régalée en te lisant sur ce roman.
      Il apporte une sacrée bouffée de fraicheur qui se prolonge longtemps après la lecture.
      Cette semaine, j’ai eu l’occasion d’entendre Isabelle Carré qui parlait de cet ouvrage (elle était l’invité d’Augustin Trappenard mercredi matin je crois) et franchement, rien que le fait de l’entendre évoquer ce lui lui a plu dans cette lecture, je suis repartie pour un tour et cela m’a collé le sourire aux lèvres ^^

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  1. Je viens d’écrire mon propre article dessus. Je te mets en lien! Je ne sais pas si c’est mon côté rebelle, mais j’ai eu du mal à accrocher à 100%. Ca me fait ça quand tout le monde adore un bouquin et que c’est la pression pour l’aimer aussi…

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    1. Ah oui, on tremble un peu quand on va dans le sens contraire mais cela fait aussi la richesse de nos échanges et c’est toujours intéressant de pouvoir regarder les choses sous un autre angle 😉

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        1. Tout à fait d’accord avec toi 😉 Ça me rappelle un texte que j’avais écrit avec un ami ; cet écrit reprenait notamment cette question de respect lorsqu’on rédige une chronique, respect à l’égard de l’auteur et respect à l’égard de l’internaute qui peut être amené à déposer un commentaire pour signifier qu’il ne partage pas le même ressenti sur un livre. C’était ici : https://chezmo.wordpress.com/guide-du-blogueur-lecteur-responsable/

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