Un temps de Toussaint (Zamparutti & Rabaté)

Zamparutti – Rabaté © Futuropolis – 2015
Zamparutti – Rabaté © Futuropolis – 2015

La vie suit son cours dans un petit village français. Deux hommes viennent de conclure une affaire. L’un est ravi d’avoir trouvé un acheteur pour sa vieille Lada… l’autre se réjouit de sa nouvelle acquisition. Pour fêter ça, le vendeur – patron du bar du village – invite son acolyte à boire un verre.

Dans l’estaminet, les conversations vont bon train entre l’enterrement d’une connaissance et le passage de Dédé, l’idiot du village, qui vient remplir la grille de Loto pour son frère qui est à l’hôpital. Mais les langues se délient et sont pleines de venin.

« Un temps de Toussaint » est une courte nouvelle de 20 pages. Publiée pour la première fois en 1999, elle a été rééditée l’année dernière par Futuropolis. D’une simplicité déroutante, l’intrigue ne fait pas du tout dans le sensationnel en revanche, le dénouement abrupt ne manque pas surprendre le lecteur.

L’univers n’est pas convivial, le ton est plein d’animosité et de rancœur. Très vite, le lecteur opte pour la solution de repli et se réfugie dans un rôle d’observateur passif. On assiste donc de façon méfiante à une scène banale, on voit la routine de gens anodins aux mines patibulaires. Le patron du bar et sa femme ne ratent aucune occasion de se disputer ; entre eux, c’est la guerre des reproches. Le croque-mort (l’acheteur de la Lada) est un homme cupide et, cerise sur le gâteau, un éternel aigri. Quant au benêt, c’est le seul qui semble faire preuve d’un peu d’humanité mais ses ratiches biscornues et son regard globuleux nous invitent à rester sur nos gardes. Dans cette histoire, Angelo Zamparutti met en scène des personnages qui n’ont rien à partager. Rien ne les réunit, ils meublent le temps en parlant de futilités.

Tous ces protagonistes sont antipathiques à souhait. La lecture s’annonce difficile. Pour relativiser, on se dit que les vingt pages seront vite lues… et on compte largement sur le talent des auteurs pour nous faire changer d’opinion. Méconnaissant totalement le travail d’Angelo Zamparutti (scénariste), je me représente davantage ce dont est capable Pascal Rabaté (« Les Petits Ruisseaux« , « Un Ver dans le Fruit« , « Le Petit Rien tout neuf avec un ventre jaune« …) et il suffit parfois d’attendre un peu pour que ses univers nous saisissent. Attendre… mais lorsqu’il n’y a que 20 pages…

Au final, le scénario nous réduit à la fonction de simple spectateur. On assiste, médusé, à ces conversations stériles, au ton que l’on imagine monocorde et détaché. Les propos sont crus. Les personnages ne prennent même pas le soin d’enrober leurs piques avec un peu d’humour ou de second degré. Tout est dit avec la méchanceté et l’amertume comme si les personnages étaient incapables de digérer leur frustration. Les rapports humains sont froids, les échanges sont frontaux. On retrouve l’ambiance électrique développée dans « Un Ver dans le fruit ». L’ambiance graphique renforce le côté incisif des dialogues. Vingt pages d’aquarelles (superbes) en noir et blanc. Les dégradés de gris qui sont obtenus, le sens du cadrage de Rabaté, l’impression que parfois les personnages se meuvent sur la page… tous ces éléments offrent davantage de perspectives au lecteur que les horizons limités de ces petites vies qui sont décrites dans l’album.

La nouvelle survole les personnages, le format ne permettant pas de développer davantage. Cela a pour effet de laisser le lecteur sur la première impression qu’il ressent en découvrant ces individus. En une vingtaine de pages, ils n’ont pas le temps d’évoluer, le lecteur n’a pas le temps de les investir. La rencontre avec eux est fulgurante, on se sépare d’eux tout aussi rapidement et facilement. Pourtant, la lecture interpelle. La présence du « gentil » Dédé y est pour beaucoup. Le dénouement surprenant de cette intrigue étonne et nous fait passer de l’incompréhension à l’empathie. Mais cela arrive tardivement et l’effet de surprise ne suffit pas à donner de l’intérêt à cette lecture.

pictobofCourt récit à l’humour grinçant, l’histoire s’arrête au moment même où elle commençait à devenir intéressante. Dommage. Le scénario ne m’a pas accrochée en revanche, se perdre dans la contemplations des dessins (réalisés au pinceau) fut un réel plaisir.

Un Temps de Toussaint

One shot

Editeur : Futuropolis

Auteur : Angelo ZAMPARUTTI

Dessinateur : Pascal RABATE

Dépôt légal : mai 2015

20 pages, 6 euros, ISBN : 978-2-7548-1139-2

Bulles bulles bulles…

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Un Temps de Toussaint – Zamparutti – Rabaté  © Futuropolis – 2015

10 commentaires sur « Un temps de Toussaint (Zamparutti & Rabaté) »

    1. On passe oui. C’est dommage par contre, l’ambiance graphique est très réussie mais elle ne suffit pas à rattraper le reste. Après, à sa décharge, l’histoire n’a qu’une vingtaine de pages pour convaincre…

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    1. Trop court pour que les personnages aient le temps de réajuster un peu leurs œillères, frustrant parce qu’au final, le seul personnage qui m’a un peu accroché, c’est ce simplet qui vient valider la grille de loto de son frère. Pauvre simplet…

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