Qu’ils y restent (Lejonc & Mériaux & Reb’s)

Lejonc – Mériaux – Riff Reb’s © La Gouttière – 2016
Lejonc – Mériaux – Riff Reb’s © La Gouttière – 2016

Monstres des contes, figures mythiques de nos peurs les plus primaires. De tous temps, ces créatures imaginaires ont alimenté les récits. Ils reviennent dans cette nouvelle lecture des contes qui nous est proposée par un duo d’auteurs (Riff Reb’s & Régis Lejonc) qui nous avaient déjà gratifiés de l’excellent « La Carotte aux étoiles » (Edition La Gouttière, 2010). Cette fois, point n’est question de société de consommation ou de capitalisme mis à la portée des enfants, mais bel et bien de ces personnages effrayants qui peuplent l’imaginaire. A ce duo s’ajoute Pascal Mériaux que l’on ne présente plus : l’un des neuf créateurs et organisateur du festival d’Amiens (les rendez-Vous de la bande dessinée), fer de lance des Editions de La Gouttière.

De cette collaboration a jailli « Qu’ils y restent », un récit intriguant mettant en scène quatre créatures terrifiantes et affamées…

Au nord, un loup
A l’ouest, un ogre
A l’est, un vampire
Au sud, un sorcier

Leur méchanceté sort par le moindre pore de leur peau. Leur cruauté se voit dès le premier coup d’œil. Les terres sur lesquelles ils vivent sont désormais désolées, dépeuplées… ils les ont pillées, ont grignoté à pleines dents les populations qui vivaient dessus. Il n’y a désormais plus rien pour les rassasier alors… autant partir conquérir de nouveaux territoires et y trouver bonne pitance.

Pour la forme, Riff Reb’s met les petits plats dans les grands. Un unique encart narratif par page laisse le lecteur seul face à des illustrations riches et détaillées. Chaque planche s’impose magnifiquement au lecteur. S’inspirant des travaux d’Ivan Bilibine, Riff Reb’s encadre ses illustrations de bandes ornementales. Aucune impression d’étouffement ou de visuels surchargés, exit le style rococo car les couleurs employées pour camper ces quatre univers fantastiques ont un panache qui rend tout cela terriblement ludique. Le format de l’album (26 par 3 cm) nous permet de profiter de chaque détail. Le plus oppressant est encore ces quatre créatures démoniaques. Les illustrations du dessinateur les font évoluer sur des décors sobres, le dessin est efficace et va à l’essentiel. Riff Reb’s installe une atmosphère humide et collant à la peau lorsqu’on se faufile prudemment dans les bois du nord, il dresse un temple imposant au milieu de nulle part, il fait tomber la nuit sur les terres froides et hostiles de la Transylvanie, et plaque un soleil de plomb sur les huttes africaines.

L’ambiance ne prête pas à rire et incite le lecteur à se nicher dans les creux de son canapé pourtant. Si la peur de voir ces créatures apparaitre n’est jamais loin, on se rassure vite de les savoir pris au piège du papier glacé des pages de l’album. Le talent des deux scénaristes vient poser une pointe d’humour dans la narration. Il réconforte le jeune lecteur en lui rappelant habilement que ce qu’il est en train de lire appartient bien au registre de l’imaginaire et ces petits clins d’œil rassurants font mouche. Ainsi, la lecture de certains passages où « des mères-grand sous leur couette », d’un ogre qui avait « par inadvertance, grignoté son dernier serviteur » ou d’un vampire qui proteste à l’idée de ne plus pouvoir siroter une jeune vierge à l’apéro permet d’éviter que le lecteur ne soit totalement tétanisé face à ces gros méchants qui évoluent sous ses yeux. Le bon équilibre est trouvé, juste à la frontière entre la farce et le thriller pour enfant.

PictoOKConseillé à partir de 8 ans. La taille maousse de l’album, la pointe d’humour tapie dans les mots, la peur qui vient saisir délicatement le lecteur… une bonne recette pour un album jeunesse.

La chronique de Moka.

Qu’ils y restent

One shot

Editeur : La Gouttière

Dessinateur : RIFF REB’S

Scénaristes : Régis LEJONC & Pascal MERIAUX

Dépôt légal : avril 2016

48 pages, 16 euros, ISBN : 979-10-92111-34-7

Bulles bulles bulles…

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Qu’ils y restent – Lejonc – Mériaux – Riff Reb’s © La Gouttière – 2016

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14 commentaires sur « Qu’ils y restent (Lejonc & Mériaux & Reb’s) »

    1. Je pense bien oui !! Comprends pas que tu ne te sois pas encore ruée sur l’album ^^
      Quant à mes petits lecteurs, j’ai Louka qui a un ressenti en demi-teinte vis-à-vis de cet ouvrage alors que Kentin est tombé sous le charme.

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    1. Magnifique oui ! Et le fait que le format de l’album soit aussi grand nous permet vraiment de profiter de l’univers et de plonger complètement dedans. J’aime beaucoup les choix de couleurs… et ces rimes présentent partout dans le récit donnent un petit côté chantant à l’ensemble. Bref, on a peur mais on se sent rassuré 🙂

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    1. C’est la première fois que je tiens en mains un ouvrage de cet taille (pour cet éditeur). Le choix est judicieux, cela en fait un très bel objet

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