Les Insurrections singulières (Benameur)

Benameur © Actes Sud – 2013
Benameur © Actes Sud – 2013

Antoine est à un moment critique de sa vie. Karima, sa compagne, a mis un terme à leur relation. Puisqu’Antoine s’était installé chez elle il y a quatre ans, elle lui demande de partir. Il erre quelques temps d’hôtel en hôtel avant de retourner chez ses parents. Comment pourrait-il, avec sa paye d’ouvrier qualifié, se payer l’hôtel plus longtemps ? D’ailleurs, ça ne va pas fort non plus de ce côté-là. A l’usine, le moral est au plus bas. Les actionnaires cherchent à délocaliser la chaîne de production et malgré la mobilisation d’Antoine et de ses collègues syndicalistes, le processus est enclenché. Les ouvriers ont été contraints de poser leur RTT et, au terme de cette période de vacances forcées, aucun n’a la certitude de pouvoir retrouver son poste. Les chaînes de productions vont être transférées à João Monlevade, au Brésil.

Antoine est dans une impasse. Depuis longtemps, il a l’impression de ne pas être à sa place. Aussi loin qu’il se souvienne, cette impression domine. A l’école ou à la Faculté, à l’usine ensuite… et même dans les bras de Karima. Il se vit comme un imposteur

Mais en chemin, au milieu de ses doutes, Antoine fait la connaissance de Marcel, un ami de ses parents. C’est par lui que tout commence, que d’une chose à l’autre, les évidences apparaissent, timidement au début, jusqu’à l’évidence. Antoine prend sa vie en main et ce qu’il ressent alors n’a pas de comparaison avec ce qu’il a vécu avant. Il se sent vivant, il se sent devenir vivant, il est « Devenu » un homme.

Jeanne Benameur. Je ne compte plus le nombre de chroniques que j’ai vu fleurir sur la toile, parlant avec fougue de ses romans, donnant envie de s’y plonger, de découvrir cette plume qui émeut, qui touche, qui réchauffe.

A mon tour, j’ai eu envie de partager l’accueil que j’ai réservé à ce roman… dire le plaisir que j’ai eu de le découvrir. Le personnage central porte ses incertitudes avec peine, il se cherche, piétine, hésite, doute, se laisse dériver jusqu’à risquer de se noyer dans ses incertitudes. Pourtant, il est persuadé qu’il y a un moyen d’agir sur sa situation. Reste à savoir comment prendre cette pelote de nœuds existentiels, comment voir le fil qu’il faut tirer pour comprendre… se comprendre. Et comme rien n’est jamais simple, comme chacun d’entre nous est pris dans des interactions qui nous dépasse, au travail, en famille, entre soi… Jeanne Benameur ajoute à la narration des considérations dans lesquelles son narrateur se perd : une réflexion sur la valeur du travail, sur l’investissement dans des actions militantes (le syndicalisme), sur le monde ouvrier, sur la notion de couple, de capitalisme, de mondialisation… sur l’amitié, la fratrie, la filiation, la fraternité, l’identité.

Contre toute attente, elle donne à son personnage l’élan de vie nécessaire pour insuffler dans les pages de ce roman la bouffée d’air à laquelle on s’accroche, sur laquelle on se pose et on se laisse porter durant la lecture. Aucune lutte ici, les pages se tournent avec gourmandise et curiosité. On s’attache, on s’identifie parfois aux personnages, on ressent de l’empathie pour chacun d’eux. Beaucoup d’humanité dans ce récit, une chaleur que de trop nombreux romans ne sont pas capables de créer. Mais ici, le courant passe.

PictoOKPictoOKUne découverte que je dois à une poignée d’amis. Noukette (sa chronique sur le roman), Framboise, Julia et Jérôme… merci pour ce précieux moment de lecture.

Les Insurrections singulières

Roman

Editeur : Actes Sud

Collection : Babel

Auteur : Jeanne BENAMEUR

Dépôt légal : janvier 2013

230 pages, 8 euros, ISBN : 978-2-330-01450-6

Extraits :

« J’aurai dû lui crier qu’elle était ma femme, celle que j’attendais depuis longtemps, toutes ces niaiseries qui sont de vraies paroles quand on les sens comme je les sentais. Ma femme. La seule qui me tienne la tête si près du ciel » (Les Insurrections singulières)

« Pendant longtemps tu sais, Antoine, j’ai cru que la révolution, c’était tout le monde ensemble, à la même heure, au même endroit. Le grand soir ou le grand matin. Et puis j’ai compris que c’était solitaire, ce qui se passait vraiment. A l’intérieur de chacun. Et ça, ça ne peut pas se faire tous ensemble, à la même heure. C’est dans chaque vie quelque chose de possible, on y va ou on n’y va pas. Après, si on peut, on se rassemble avec les autres… » (Les Insurrections singulières)

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